Finances personnelles

Le défi : passer à l’action

5 novembre 2021

On ne devient pas expert de la finance du jour au lendemain. Il faut se donner le temps, se fixer des priorités et des objectifs réalistes afin de progresser de façon constante. Cela dit, en savoir plus ne veut pas forcément dire qu’il est facile de passer à l’action. On a beau comprendre qu’il vaut mieux ne pas vivre à crédit, on peut quand même tomber dans le piège. Pourquoi? Comment expliquer qu’on n’est pas toujours capable prendre des décisions optimales? 

« C’est qu’on se heurte au mur de la complexité, affirme Sébastien Tremblay, professeur à l’École de psychologie de l’Université Laval. L’argent est un domaine complexe. Or, en tant qu’être humain, on a de la difficulté à contrôler ces environnements où interagissent plusieurs variables difficiles à prévoir comme les fluctuations boursières, la mondialisation, le cours du pétrole, etc. Ne pas pouvoir projeter l’impact de nos décisions peut alors être paralysant. » 

On peut aussi être amené à utiliser des raccourcis (ou des biais), soit agir en ne tenant compte que d’une partie seulement de ce que l’on sait. « On prend par exemple une décision financière en fonction d’une information qui est la plus fraîche à notre mémoire. C’est le raccourci de la disponibilité », explique Benoît Béchard, étudiant au doctorat en psychologie à l’Université Laval qui participe aux travaux de recherche de Sébastien Tremblay. C’est ainsi que l’on se lève un bon matin en décidant de liquider ses actions parce qu’aux nouvelles du soir, un expert a parlé d’une éventuelle chute de la bourse. On oublie alors qu’il vaut mieux attendre que la tempête passe. Il y a aussi le biais de confirmation qui nous fait retenir uniquement les informations qui corroborent notre décision pour laisser de côté celles qui pourraient la remettre en question.

Sébastien Tremblay, professeur à l'École de psychologie de l'Université Laval et Benoît Béchard, étudiant au doctorat en psychologie à l'Université Laval

Comment s’en sortir? La clé, c’est d’abord de prendre conscience de cet enjeu de la complexité. « Comprendre nos limites et nos biais dans le traitement de l’information peut nous amener à penser et à agir différemment », affirme Benoît Béchard. Des technologies adaptatives et intelligentes, qui sont en émergence, pourraient aussi venir à la rescousse, selon Sébastien Tremblay qui mène des travaux de recherche sur des outils pour maximiser la performance humaine.

Lever le tabou de l’argent
L’argent est souvent tabou dans nos conversations. Bien des gens refusent de révéler leur salaire à leurs proches, encore moins à leurs amis, d’autres au contraire ne manquent pas de révéler le prix qu’ils ont payé pour tout, leur voiture, leur maison et même la dernière bouteille de vin qu’ils ont achetée. Cependant, cela témoigne plus d’un besoin de s’afficher que de transparence.

Heureusement, les jeunes générations semblent avoir moins de complexes par rapport à l’argent. « Les jeunes ont des discussions plus ouvertes sur le sujet. Cela part du fait qu’en famille, on en parle plus facilement qu’avant. On a désacralisé l’état des revenus ou du patrimoine familial. Le culte du secret est en train d’être levé au sein de la société. Cela dit, cela reste un sujet délicat à aborder pour plusieurs. Probablement un relent de notre éducation judéo-chrétienne qui dit qu’être riche n’est pas une bonne chose », affirme François Delorme, professeur au Département de sciences économiques de l’Université de Sherbrooke. 

Il déplore que les femmes laissent encore trop souvent la gestion financière du ménage aux mains de leur conjoint. En effet, pour bien des couples, il est plus facile de parler de politique et de sexe que d’argent. Pourtant, ne pas aborder le sujet peut avoir des conséquences négatives sur le patrimoine personnel et familial. « Bien des couples ont des façons de faire inéquitables en ce qui a trait au partage des dépenses, explique François Delorme. Plutôt que de payer à parts égales, il vaut mieux opter pour la formule au prorata du salaire quand l’un gagne plus que l’autre. La contribution aux dépenses communes est ainsi calculée de façon proportionnelle en fonction du revenu et de la capacité financière de chacun. Les conjoints de fait ont particulièrement intérêt à utiliser cette méthode puisqu’en cas de séparation, l’un sera plus perdant que l’autre. » 

Bref, quand il est question d’argent, le silence n’est pas d’or!

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Ou après une séparation!

En somme, une relation plus ou moins malsaine avec l’argent, ça se soigne. « Cela demande de l’introspection, de l’ouverture et de la réceptivité face à certains outils et conseils d’accompagnement pour apporter des changements durables », affirme Sébastien Tremblay. Plutôt que d’être contraint par l’argent, on y gagne la liberté de gérer son quotidien de manière durable et de réaliser ses ambitions, que ce soit de quitter un emploi où on n’est pas heureux, de se lancer en affaires ou de partir faire le tour du monde. C’est ça, la véritable autonomie financière. 

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