- Maëlle Boulais-Préseault
Économiste senior
Études régionales
Régions administratives de la Côte‑Nord et du Nord‑du‑Québec
28 avril 2026
Faits saillants
- La forte spécialisation de la Côte‑Nord et du Nord‑du‑Québec dans les métaux primaires et les produits du bois accroît la vulnérabilité de leurs économies aux tarifs sectoriels américains, malgré les exemptions prévues et les efforts de diversification des marchés.
- En dépit d’un contexte commercial plus contraignant et d’une croissance du PIB inférieure à la moyenne québécoise, les investissements miniers demeurent soutenus et continuent d’appuyer l’activité économique ainsi que les perspectives de croissance à long terme des deux régions.
- Le taux de chômage reste très bas, mais la diminution de la population active, liée au vieillissement de la population et à la baisse de l’immigration, accentue les pénuries de main‑d’œuvre dans plusieurs secteurs clés.
- Après deux années de forte croissance, les investissements ont légèrement reculé en 2025, surtout dans le Nord‑du‑Québec, mais les projets miniers demeurent déterminants pour la résilience économique, malgré les défis liés à l’incertitude quant au commerce international et aux contraintes de main-d’œuvre.
Principaux indicateurs économiques
Enjeux régionaux et perspectives
- Les économies de la Côte‑Nord et du Nord‑du‑Québec figurent parmi les plus vulnérables face aux tensions commerciales entre le Canada et les États‑Unis. Bien que la situation se soit révélée moins grave qu’anticipé initialement, en raison des nombreuses exemptions accordées aux produits canadiens conformes à l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique (ACEUM), plusieurs tarifs sectoriels continuent d’affecter directement des secteurs d’activité fortement implantés dans ces régions. Les fabricants de métaux primaires – notamment l’acier et l’aluminium – ainsi que les producteurs de produits du bois sont particulièrement exposés aux droits de douane américains.
- Dans le cas de l’aluminium, même si les alumineries québécoises s’en sortent relativement bien grâce à la faible possibilité de substitution du côté américain, le tarif effectif demeure élevé, avoisinant 50 %. Plusieurs entreprises du secteur ont d’ailleurs amorcé une diversification de leurs marchés en accroissant leurs exportations vers l’Europe, ce qui contribue à renforcer leur résilience. Cette stratégie demeure toutefois plus difficile à mettre en œuvre pour les petites entreprises, qui sont nombreuses dans l’industrie, mais plus accessible pour les quelques gros joueurs présents dans la région. Du côté de l’acier, les risques de substitution sont plus importants, ce qui accentue la vulnérabilité des fabricants de produits métalliques. Ces entreprises doivent composer avec une contraction de la demande américaine découlant de l’imposition de tarifs sectoriels. Le minerai de fer extrait dans la région est cependant largement exporté vers l’Asie, ce qui permet d’atténuer une part importante des effets des mesures tarifaires américaines. Néanmoins, l’évolution du conflit commercial déterminera l’ampleur du choc économique subi par la région en 2026. À cet égard, la révision de l’ACEUM, prévue pour juillet, jouera un rôle déterminant dans les décisions stratégiques des entreprises régionales.
- Le secteur minier occupe une place centrale dans l’économie des deux régions (graphique 3). Par ailleurs, la première transformation des métaux constitue le principal sous-secteur manufacturier en termes de contribution économique, ce qui explique en grande partie la vulnérabilité accrue de l’économie régionale. La production de ce sous-secteur a d’ailleurs été fortement affectée par l’imposition des tarifs partout au Québec (graphique 4). Dans ce contexte, la croissance du PIB nominal régional devrait demeurer inférieure à la moyenne québécoise, y compris en 2026. L’investissement minier demeure toutefois soutenu. Bien qu’en ralentissement dans le Nord‑du‑Québec, les investissements dans le secteur sur la Côte‑Nord ont augmenté de près de 39 % en 2025. Au total, 1,6 G$ ont été investis dans les secteurs de l’extraction minière et de l’exploitation de carrières dans les deux régions nordiques en 2025. Ces investissements devraient continuer de soutenir la croissance économique, le secteur minier demeurant un pilier fondamental de l’économie régionale. Avec plusieurs projets en développement, dont celui de Troilus Gold, qui vise la relance d’une ancienne mine d’or et de cuivre au nord de Chibougamau, dans le Nord‑du‑Québec, l’investissement minier devrait poursuivre sa progression au cours des prochaines années. L’industrie minière restera ainsi un moteur clé de la croissance pour les deux régions.
- À cela s’ajoute l’importance de l’industrie forestière. La foresterie représente un secteur stratégique pour la Côte‑Nord et le Nord‑du‑Québec. En août 2025, les droits compensateurs et antidumping imposés sur le bois d’œuvre ont doublé pour atteindre 35 %, auxquels s’est ajouté un tarif douanier supplémentaire de 10 % en octobre 2025. Les exportateurs québécois de bois d’œuvre doivent donc faire face à une barrière commerciale totale avoisinant 45 %. Le ralentissement de l’activité qui en découle pour les scieries se répercute en amont de la chaîne d’approvisionnement, notamment sur les entreprises d’exploitation forestière. Plusieurs travailleurs se sont tournés vers d’autres secteurs au cours de cette période difficile, ce qui soulève des inquiétudes quant à un possible manque de main-d’œuvre lors d’une éventuelle reprise du secteur.
- Malgré le recul de l’emploi observé l’an dernier, une reprise de l’activité a été constatée au cours des premiers mois de 2026 sur la Côte‑Nord et dans le Nord‑du‑Québec. Pour l’instant, l’industrie manufacturière des deux régions, étroitement liée à l’extraction minière et à la transformation du bois, ne montre pas de signes de pertes d’emplois importantes (graphique 5). Le taux de chômage régional demeure parmi les plus faibles au Québec, s’établissant à 4,2 % en mars 2026. Il devrait rester bas au cours des prochaines années, en raison du recul de la population active amorcé en 2025. Le vieillissement de la population, combiné à une diminution de l’immigration, réduit le nombre de travailleurs disponibles. Les mesures fédérales et provinciales visant à limiter le nombre de résidents non permanents sont toujours en vigueur cette année et devraient freiner la croissance démographique des régions (graphique 6). De plus, la Côte‑Nord est la seule région du Québec dont la population n’a pas progressé entre 2024 et 2025. Cette situation risque d’exacerber les difficultés de recrutement déjà observées. La pénurie de main-d’œuvre demeure prononcée, avec moins d’un chômeur par poste vacant en 2025, comparativement à une moyenne provinciale désormais supérieure à deux. Plusieurs métiers spécialisés, essentiels au dynamisme économique régional, sont particulièrement touchés.
- Le secteur de l’habitation devrait également ressentir les effets de ces tendances. Bien qu’en hausse sur l’ensemble de l’année 2025, les ventes de propriétés existantes ont reculé au premier trimestre de 2026 par rapport à l’année précédente, tant dans le Nord‑du‑Québec que sur la Côte‑Nord. La diminution de la population – du moins sur la Côte‑Nord – pourrait continuer de peser sur le volume des transactions. Malgré cela, la croissance du prix de vente moyen ne montre aucun signe de ralentissement, ce qui nuit à l’abordabilité des propriétés. La construction résidentielle sur la Côte‑Nord (les données n’étant pas disponibles pour le Nord‑du‑Québec) a toutefois affiché une performance remarquable en 2025, avec un nombre de mises en chantier qui a presque triplé par rapport à 2024 (graphique 7). Ce rythme pourrait se maintenir en 2026 alors que la crise du logement continue de toucher fortement la région. La pénurie de main-d’œuvre, la hausse des coûts de construction et certains délais administratifs pourraient toutefois freiner l’élan observé dans les mises en chantier.
Investissements
- Après des hausses marquées des investissements dans les deux régions en 2023 et en 2024, une légère contraction de 0,3 % serait survenue en 2025. Ce repli s’explique principalement par la diminution des investissements dans le Nord‑du‑Québec, alors que les investissements sur la Côte‑Nord sont demeurés relativement stables (graphique 8). À titre de comparaison, les investissements à l’échelle du Québec ont progressé de 1,1 % au cours de la même période (graphique 9). L’investissement privé pourrait demeurer volatil au cours des prochains mois, l’incertitude persistante entourant les relations commerciales entre le Canada et les États‑Unis continuant de peser sur les décisions des entreprises.
- Parmi les projets structurants pour la région figure l’investissement annoncé par l’aluminerie Alouette, qui prévoit injecter 1,5 G$ dans la modernisation de ses installations à Sept‑Îles. Ce vaste projet s’échelonnera sur une période de 20 ans, avec une échéance prévue en 2045. Toujours à Sept‑Îles, les travaux de modernisation de l’hôpital devraient débuter au cours de l’année pour une durée estimée à trois ans, représentant un investissement total de 308 M$.
- Les infrastructures de transport feront également l’objet d’investissements publics importants. Le gouvernement du Québec prévoit consacrer 474 M$ aux infrastructures de transport de la Côte‑Nord et 173 M$ à celles du Nord‑du‑Québec entre 2026 et 2028. Parmi les projets en cours ou à venir figurent la stabilisation de la route 138 à Tête‑à‑la‑Baleine et l’asphaltage de sections actuellement en gravier de la route 389 à Rivière‑aux‑Outardes sur la Côte‑Nord. Dans le Nord‑du‑Québec, les travaux incluent notamment le réaménagement de l’intersection de la route 113 et de la rue Poplar, à l’entrée du village cri de Waswanipi, ainsi que la reconstruction de l’aérogare de Matagami.
Principaux indicateurs économiques par région
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