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Prévisions économiques et financières

Vers une divergence des politiques monétaires dans le monde

16 mai 2024
Jimmy Jean • Randall Bartlett • Benoit P. Durocher • Royce Mendes • Hélène Bégin • Tiago Figueiredo
Francis Généreux • Lorenzo Tessier-Moreau • Hendrix Vachon

Faits saillants

  • La croissance économique mondiale continue de montrer des signes d’amélioration. Après les faiblesses de la seconde moitié de 2023, les PIB réels se sont relevés en zone euro et au Royaume-Uni au premier trimestre de 2024. La bonne tenue des indices PMI suggère que la croissance pourrait se poursuivre modestement au deuxième trimestre de l’année. La poursuite du ralentissement de l’inflation devrait permettre à la Banque centrale européenne et à la Banque d’Angleterre de bientôt commencer à diminuer leurs taux directeurs. De son côté, la Chine affiche encore une très faible inflation, soit seulement 0,3 % en avril.
  • Aux États-Unis, le PIB réel a ralenti au premier trimestre de 2024, avec une croissance de 1,6 % à rythme annualisé. Ce gain le plus faible depuis le début de 2022 cache cependant une bonne progression de la demande intérieure finale (+2,8 %), y compris une accélération de la consommation réelle de services. La création d’emplois a elle aussi ralenti en avril comparativement aux mois précédents. L’inflation demeure cependant très tenace et incite les dirigeants de la Réserve fédérale à la prudence. Les premières baisses de taux directeurs ne devraient arriver qu’après l’élection présidentielle de novembre.
  • Les nouvelles données économiques publiées ce mois-ci au Canada continuent de surpasser les attentes, mais nous prévoyons toujours une croissance plus modérée au cours des prochains trimestres. Même si le marché du travail a rebondi en avril, la création d’emplois demeure bien en deçà du rythme suggéré par la croissance de la population, qui atteint des sommets en plusieurs décennies Lien externe au site.. Combinée au déclin persistant du PIB par habitant Lien externe au site. et à la faiblesse des ventes au détail par personne dans toutes les provinces Lien externe au site., cette situation suggère que l’économie canadienne est plus morose que ce que laissent entrevoir les chiffres globaux. Cette faiblesse devrait persister au cours des prochains mois alors que les ménages et les entreprises seront de plus en plus touchés par les taux d’intérêt élevés. En outre, l’objectif du gouvernement fédéral de réduire le nombre de résidents temporaires Lien externe au site. au cours des deux prochaines années devrait peser sur la croissance. Cependant, nous pensons toujours que la Banque du Canada commencera prochainement à abaisser ses taux directeurs en raison des progrès réalisés pour contenir l’inflation. Des conditions d’emprunt plus accommodantes devraient soutenir une croissance plus forte à l’approche de 2025.
  • À moins d’une rechute imprévue de l’économie du Québec, le creux du cycle actuel a été atteint à la fin de 2023. Le PIB réel a précisément diminué de 1,9 % entre le sommet de février 2023 et le creux de décembre dernier. Plusieurs statistiques récentes indiquent que l’économie québécoise commence à sortir de sa torpeur. Parmi celles-ci, la légère remontée de la confiance des PME et des ménages ainsi que la tendance haussière des mises en chantier d’habitations et des ventes de propriétés existantes. Néanmoins, le relâchement du marché du travail Lien externe au site. n’est pas terminé pour autant, et ce, même si quelques indicateurs semblent se stabiliser. L’emploi évolue en dents de scie, le taux de chômage se maintient autour de 5 % et la hausse du salaire moyen demeure aux environs de 4,5 % par rapport à l’an passé. Le bond annuel de 6,3 % des heures travaillées en avril ainsi que les progrès de l’Indice précurseur Desjardins Lien externe au site. pointent toutefois vers une amélioration prochaine de l’économie du Québec. Le véritable coup d’envoi de la reprise devrait se manifester au cours du second semestre de 2024, entraîné par la baisse à venir des taux directeurs de la Banque du Canada.

Risques inhérents aux scénarios

Bien que l’inflation se modère, elle demeure au‑dessus de sa cible dans la plupart des pays et nous ne sommes pas à l’abri de nouveaux chocs. Les probabilités de hausses de taux d’intérêt supplémentaires restent faibles, mais ceux‑ci pourraient demeurer à leur niveau actuel pour une période prolongée en cas de progrès insuffisants de l’inflation. Il y a aussi une bonne dose d’incertitude entourant l’effet retardé des taux d’intérêt élevés sur la croissance économique. La poursuite des renouvellements hypothécaires à des taux plus élevés que les précédents pourrait se traduire par un trop grand nombre d’emprunteurs en difficulté de paiement au Canada. À cela s’ajoutent les pressions croissantes sur les locataires. Cela est sans compter que le taux de chômage pourrait augmenter plus fortement, ce qui aurait probablement des effets adverses sur le marché de l’habitation et le crédit en général. Aux États‑Unis, l’élection présidentielle de novembre pourrait changer la donne et provoquer davantage d’incertitude. La détérioration des finances publiques, aux États‑Unis comme ailleurs, pourrait entraîner une révision à la baisse des notations de crédit et, possiblement, une hausse des taux d’intérêt à long terme. L’économie mondiale, les marchés financiers et les prix des matières premières pourraient aussi connaître davantage d’instabilité advenant une détérioration de l’environnement géopolitique, notamment à la suite de la confrontation entre Israël et l’Iran ou d’une nouvelle escalade de la guerre en Ukraine. Du point de vue des devises, si l’économie mondiale se détériore fortement, plusieurs investisseurs pourraient préférer trouver refuge auprès du dollar américain, ce qui l’aiderait à s’apprécier. Un élargissement plus marqué des écarts de taux d’intérêt avec les États‑Unis aurait le même effet. Une dépréciation rapide de devise pourrait avoir des effets déstabilisants pour plusieurs économies.


Scénario financier

La tendance haussière des taux obligataires américains s’est modérée après la publication des données de l’emploi un peu plus faible que prévu aux États-Unis. Néanmoins, il en faudra plus pour rassurer la Réserve fédérale (Fed) afin qu’elle amorce une réduction des taux d’intérêt directeurs. La campagne présidentielle est une autre contrainte. Nous croyons que la Fed attendra la fin de celle-ci pour décréter une première baisse en novembre, suivie d’une autre en décembre. La Banque du Canada (BdC) n’a pas besoin d’attendre la Fed pour agir mais, en même temps, elle ne pourra pas trop la distancer. Nous prévoyons quatre baisses de taux d’intérêt pour la BdC en 2024. La forte création d’emplois au Canada complexifie la décision pour juin, mais l’inflation plus faible et d’autres indicateurs démontrant la fragilité de l’économie canadienne rendent encore possible une baisse pour ce mois.

 

Cette baisse en juin au Canada n’est pas pleinement anticipée par les marchés, ce qui limite la dépréciation du dollar canadien. Si notre scénario s’avère exact, le huard devrait se déprécier davantage et possiblement s’approcher de 1,40 $ CAN/$ US durant l’été. Par ailleurs, nous ne nous attendons pas à un grand soutien provenant des prix des matières premières à très court terme. L’appétit pour le risque des investisseurs pourrait aussi subir un nouveau ressac dans les prochains mois. Plusieurs valorisations boursières demeurent élevées, ce qui ne laisse pas présager d’importants gains du côté des Bourses d’ici la fin de l’année.


Tableaux de prévisions





NOTE AUX LECTEURS : Pour respecter l’usage recommandé par l’Office québécois de la langue française, nous employons dans les textes, les graphiques et les tableaux les symboles k, M et G pour désigner respectivement les milliers, les millions et les milliards. MISE EN GARDE : Ce document s’appuie sur des informations publiques, obtenues de sources jugées fiables. Le Mouvement Desjardins ne garantit d’aucune manière que ces informations sont exactes ou complètes. Ce document est communiqué à titre informatif uniquement et ne constitue pas une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente. En aucun cas, il ne peut être considéré comme un engagement du Mouvement Desjardins et celui-ci n’est pas responsable des conséquences d’une quelconque décision prise à partir des renseignements contenus dans le présent document. Les prix et les taux présentés sont indicatifs seulement parce qu’ils peuvent varier en tout temps, en fonction des conditions de marché. Les rendements passés ne garantissent pas les performances futures, et les Études économiques du Mouvement Desjardins n’assument aucune prestation de conseil en matière d’investissement. Les opinions et les prévisions figurant dans le document sont, sauf indication contraire, celles des auteurs et ne représentent pas la position officielle du Mouvement Desjardins.