Diversité et inclusion

Mélanie Paul, la rassembleuse

14 septembre 2021

« Notre identité n'est pas une contrainte, c'est une force. C'est possible de réussir, même si on est autochtone, ou même si on est une femme », clame Mélanie Paul, une entrepreneure innue de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean.

Même si la situation s'améliore, il y a toutefois encore beaucoup de préjugés envers les gens des Premières Nations, constate malheureusement Mélanie Paul.

Or, « les préjugés partent toujours d'une méconnaissance. On juge quand on ne comprend pas, quand on ne connaît pas », déplore celle qui fut elle-même victime de racisme quand elle était plus jeune. Tant dans sa propre communauté, où ses traits autochtones atypiques la faisaient passer pour une Blanche, qu'à l'extérieur où on lui faisait bien sentir que ce n'était pas la place pour des « Indiens ».

Des valeurs d'entraide et de solidarité

Sa vie personnelle et professionnelle a toujours été guidée par sa volonté d'améliorer les conditions de vie des communautés autochtones. Ce sont des valeurs d'entraide et de solidarité qui l'ont d'abord menée à faire un baccalauréat en service social à l'Université Laval.

« J'ai côtoyé les différentes problématiques sociales, comme la pauvreté, la toxicomanie, la violence et le suicide. Des problématiques qui sont bien souvent interreliées », raconte Mélanie Paul qui a travaillé pendant deux ans comme travailleuse sociale dans sa communauté, avant que son père l'invite il y a 20 ans à rejoindre l'entreprise familiale, Groupe ADL, devenue Granules LG, dont elle a été vice-présidente pendant près de 10 ans. Et ce, après s'être longuement interrogée sur le lien entre le travail social et l'entrepreneuriat.

« En créant des emplois, on aide les gens à se sortir de la pauvreté et de la souffrance. On leur redonne une certaine fierté et la possibilité de pouvoir réaliser leurs rêves », dit-elle, en soulignant avoir eu la chance de naître dans une famille à l'aise financièrement.

En 2016, Mélanie Paul lançait également sa propre entreprise, Inukshuk Synergie, qui propose une source d'énergie verte afin de remplacer le diesel utilisé pour la production d'électricité et de chaleur dans les communautés et entreprises du Nord qui ne sont pas desservies par le réseau électrique.

Le nom de l'entreprise rappelle justement l'importance de la solidarité. « Dans un inukshuk, chaque pierre est une entité séparée mais chacune se supporte, prend appui les unes sur les autres. À l'instar des valeurs coopératives, il symbolise l'entraide, la solidarité, la force du travail d'équipe », explique-t-elle.

Il y a un an, elle faisait justement équipe avec une entreprise de Québec, Silicycle, pour lancer une autre entreprise, Akua Nature, spécialisée dans l'extraction, le conditionnement et la transformation de biomasse boréale, notamment des petits fruits et des plantes médicinales, pour en faire des produits cosmétiques et de santé naturels. En innu, le mot akua veut dire prendre soin avec attention.

Mélanie Paul travaille également à la mise sur pied d'un cercle de maillage et de marrainage, appelé Mocassins et Talons Hauts, qui vise à rassembler des femmes d'affaires issues des Premières Nations afin de créer des partenariats qui aideront à propulser leurs entreprises.

Femme d'action, Mélanie Paul s'est impliquée ces dernières années comme vice-présidente de la Société de développement économique ilnu de Mashteuiatsh et comme coprésidente de la Chambre de commerce et d'industrie de Roberval. Elle est actuellement ambassadrice de la Ruche, pour la région Saguenay-Lac-Saint-Jean, une plateforme de financement participatif soutenue financièrement par Desjardins.

Que signifie la journée du 30 septembre pour vous?

« Pour réussir à bâtir un Québec et un Canada fort et uni, il faut passer par cette réconciliation. Et ce n'est pas seulement une journée. Il faut chaque jour poser des gestes pour se remémorer et se rapprocher les uns des autres ».

Une personnalité qui vous inspire?

« Mon père ! Il a été un grand leader et un précurseur dans la communauté. Il a travaillé très fort pour briser plein de barrières et s'assurer que la communauté ne reste pas isolée et dans la misère », souligne-t-elle, empreinte d'émotion et d'un grand respect pour cet homme et entrepreneur qui a notamment participé à la création de la Société de développement économique ilnu de Mashteuiatsh et un des premiers autochtones à diriger une caisse de Desjardins.

Une réalisation, un geste, dont vous êtes fière?

« Avoir réussi à créer et mettre en place des projets qui permettent de rassembler les gens des Premières Nations et les allochtones. Que ce soit dans Akua nature, Inukshuk Synergie ou le Cercle Mocassins et Talons Hauts, chaque modèle d'affaires va permettre de créer des ponts entre les différents peuples, en plus de permettre de cocréer un avenir meilleur pour les générations futures ».