- Nom du rédacteur
- Jimmy Jean, vice-président, économiste en chef et stratège
Marc-Antoine Dumont, économiste senior • Florence Jean-Jacobs, économiste principale
Tendances des matières premières
Le détroit d’Ormuz : rouvert en quelque sorte
21 octobre 2026
Faits saillants
- Les exportations énergétiques du Moyen-Orient se rétablissent. Malgré des tensions persistantes, les plus récentes données montrent un volume équivalent à environ 80 % de celui d’avant la guerre. De plus en plus de navires se risquent à emprunter le détroit d’Ormuz. Les prix actuels semblent justifier ce risque, même si les récentes frappes contre des navires dans la région ont commencé à faire chuter les exportations.
- Le choc pétrolier provoqué par le conflit en Iran change cependant de nature. Après une crise du brut, puis des produits raffinés, c’est maintenant une crise logistique qui émerge : la pénurie de pétroliers. Le manque de navires réduit les chances d’une stabilisation des prix à très court terme. Trop de navires sont immobilisés au Moyen-Orient, coincés dans le golfe Persique ou mobilisés par des transferts de navire à navire très inefficaces pour sortir le brut de la région. Les frais de transport ont d’ailleurs atteint de nouveaux sommets. Le brut lourd s’accumule ainsi en Amérique du Nord par manque de navires, et ce surplus régional a creusé l’écart entre le WCS (West Canadian Select) et le WTI (West Texas Intermediate). Cet écart devrait se résorber, mais l’échéancier demeure incertain. Nous prévoyons que les prix du brut termineront l’année autour de 80 $ US le baril.
- Les pénuries de produits raffinés persistent toutefois, notamment pour le kérosène et surtout pour le diesel. Aux États-Unis, le prix du diesel a bondi de 15,9 % depuis août, soit plus du double de la hausse de l’essence (6,7 %).
- L’activité industrielle mondiale s’est montrée relativement résiliente malgré la hausse des prix de l’énergie. La progression des prix des métaux observée au premier semestre s’est toutefois modérée durant l’été. Le ralentissement de l’activité manufacturière en Asie a freiné la hausse des cours. De plus, une inflation plus forte et plus persistante a amené des hausses de taux directeurs et pourrait inciter les banques centrales à poursuivre les resserrements, en particulier aux États-Unis. Dans ce contexte, les prix des métaux devraient faire du surplace d’ici la fin de l’année.
- Le prix de l’or s’est replié et évolue maintenant autour de 4 200 $ US l’once, sous l’effet du raffermissement du dollar américain ainsi que de la remontée des taux directeurs et obligataires. L’accélération de l’inflation continue toutefois de soutenir le métal jaune, qui sert de valeur refuge lorsque les prix augmentent rapidement. Comme le contexte économique et géopolitique demeure incertain, nous prévoyons un prix de l’or de 4 500 $ US l’once à la fin de l’année.
- Les prix du bois d’œuvre nord-américain ont entamé leur ralentissement saisonnier, après avoir enregistré des hausses en juin et en juillet. La faiblesse du secteur de la construction résidentielle américaine limite la demande de bois. En outre, la hausse des taux hypothécaires à long terme réduit l’abordabilité et décourage les acheteurs potentiels. Ainsi, rien ne laisse présager un net raffermissement des prix dans les trimestres à venir, même si des baisses de production de scieries viendront probablement, ici et là, ajuster l’offre et rééquilibrer le marché. Par ailleurs, les scieries canadiennes profitent d’une réduction des droits antidumping et compensateurs américains sur le bois d’œuvre, passés de 35 % à 25 % le 20 octobre. Les tarifs additionnels de 10 % continuent de s’appliquer en vertu de l’article 232.
- Les inventaires mondiaux de blé, de maïs et de soya paraissent suffisants pour soutenir une stabilité des prix (voire une baisse, dans le cas du maïs), mais les risques de perturbations de l’offre et des chaînes d’approvisionnement demeurent élevés. La hausse observée durant l’été a laissé place à une certaine correction des prix dans le dernier mois. Cependant, un nouvel engagement, le 14 octobre, d’achat chinois de soya américain devrait rassurer le marché et soutenir le prix de la fève. Les cours du blé sont plus imprévisibles, en raison de l’incertitude qui entoure toujours le conflit entre l’Ukraine et la Russie. Les prix du diesel et des engrais sont sujets à énormément de volatilité et exercent de la pression sur les marges bénéficiaires des agriculteurs. Bien que les prix des engrais azotés soient revenus à leur niveau d’avant la guerre en Iran, ceux du phosphate demeurent élevés. Dans les prochains mois, il faudra surveiller l’évolution d’El Niño, qui pourrait affecter les rendements des cultures au Brésil [en anglais seulement] Lien externe au site..
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