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Études régionales

Région administrative de Chaudière-Appalaches

29 septembre 2026
Nom du rédacteur
Maëlle Boulais-Préseault
Économiste senior

Faits saillants

  • Les tensions commerciales avec les États-Unis représentent un risque important pour la région de Chaudière-Appalaches en raison du poids du secteur manufacturier dans l’économie.
  • De grands projets industriels, notamment dans la construction navale, soutiennent les perspectives économiques régionales. Les investissements annoncés devraient atténuer les effets du ralentissement économique à court terme et permettre à la région d’afficher une croissance supérieure à la moyenne québécoise dès 2027.
  • Le marché du travail demeure l’un des plus serrés au Québec malgré le récent recul de l’emploi et de la population active.
  • Le ralentissement démographique et l’incertitude économique tempèrent la demande résidentielle dans la région. L’offre insuffisante de logements continue toutefois d’exercer une pression à la hausse sur les prix et nuit à l’abordabilité.


Principaux indicateurs économiques



Enjeux régionaux et perspectives

L’incertitude entourant les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis continue de peser sur les perspectives économiques. Comme le secteur manufacturier représente 26 % du PIB de Chaudière-Appalaches et constitue le principal moteur de son économie, la région demeure particulièrement vulnérable aux tensions commerciales. Une part importante des exportations manufacturières est d’ailleurs destinée au marché américain, ce qui accroît la sensibilité des entreprises aux changements de l’environnement commercial nord-américain. Certes, les produits canadiens conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) bénéficient actuellement de certaines exemptions tarifaires. Toutefois, deux des principaux sous-secteurs manufacturiers de la région, soit la fabrication de produits en bois et la fabrication de produits métalliques, demeurent exposés aux tarifs sectoriels imposés par les États-Unis. Cette incertitude pourrait également freiner certains projets d’investissement privés à court terme, particulièrement dans les secteurs les plus dépendants des marchés d’exportation. Plusieurs entreprises semblent néanmoins s’adapter en diversifiant leurs marchés ou leurs chaînes d’approvisionnement afin de réduire leur dépendance à l’économie américaine.

À l’inverse, plusieurs secteurs continuent d’afficher une bonne résilience et soutiennent l’activité économique régionale. C’est notamment le cas de la construction navale. Grâce à un contrat de 11 G$ accordé par le gouvernement fédéral, le chantier Davie, à Lévis, construira six brise-glaces au cours des prochaines années. Ce projet générera d’importantes retombées économiques, soutenant une croissance économique régionale supérieure à la moyenne provinciale, et nécessitera l’embauche de nombreux travailleurs spécialisés. Afin de répondre à cette demande, le développement d’un centre d’excellence en construction navale et en robotique au Cégep de Lévis devrait contribuer à la formation de la future main-d’œuvre tout en favorisant l’attraction de talents et le développement de la recherche dans ce secteur stratégique.

Ces initiatives prennent d’autant plus d’importance alors que Chaudière-Appalaches affiche toujours le plus faible taux de chômage au Québec, à 2,1 % en août 2026, comparativement à 5,5 % pour l’ensemble de la province. Malgré un certain relâchement observé récemment, le marché du travail demeure particulièrement serré et il a fait preuve d’une grande résilience en 2025 (graphique 3). L’emploi a reculé au cours des derniers mois dans un contexte marqué par l’incertitude commerciale, mais le nombre de postes vacants a augmenté en première moitié de 2026 (graphique 4), signe que les difficultés de recrutement persistent. Cette situation laisse croire que la diminution du nombre de travailleurs temporaires exerce actuellement une pression plus importante sur le marché du travail régional que le ralentissement économique associé au conflit commercial.


Par ailleurs, le taux de chômage a continué de diminuer malgré le recul de l’emploi. Cette situation s’explique principalement par une contraction de plus de 8 % de la population active entre janvier et août 2026. Ainsi, la baisse de l’emploi reflète non seulement un ralentissement de la demande de travail, mais également un retrait de travailleurs du marché, notamment en raison des départs à la retraite et possiblement d’une migration à l’extérieur de la région. Les entreprises doivent donc composer avec un bassin de main-d’œuvre qui se rétrécit, en plus de faire face à un contexte commercial incertain. Dans ce contexte, les investissements visant à accroître la productivité, notamment par l’automatisation et la robotisation, pourraient gagner en importance au cours des prochaines années.

Le ralentissement démographique a toutefois été moins marqué en Chaudière-Appalaches que dans plusieurs autres régions du Québec. Les migrations interrégionales demeurent soutenues et contribuent à atténuer la faiblesse observée dans les autres composantes de la croissance démographique (graphique 5). La vigueur de la croissance démographique devrait également soutenir une expansion économique plus rapide que celle observée à l’échelle du Québec en 2027. La population régionale demeure néanmoins plus âgée que la moyenne québécoise, ce qui laisse présager que les enjeux liés à la disponibilité de la main-d’œuvre persisteront à moyen terme. L’attraction et la rétention des travailleurs demeureront donc des enjeux stratégiques pour soutenir la croissance économique et répondre aux besoins générés par les grands projets industriels.


Ce ralentissement démographique semble également se refléter sur le marché de l’habitation. Le recul des transactions observé depuis le début de l’année suggère une demande moins dynamique, alors que l’incertitude économique contribue à éroder la confiance des acheteurs. Malgré tout, le prix de vente moyen continue d’augmenter, tandis que le nombre d’inscriptions en vigueur diminue, signe que l’offre demeure limitée et que les enjeux d’abordabilité persistent. Les mises en chantier sont également en baisse depuis le début de l’année. Comme en 2025, les logements locatifs représentent toujours la majorité des nouvelles unités construites, mais ils expliquent aussi une part importante du recul des mises en chantier observé jusqu’à présent en 2026 (graphique 6). Les coûts de construction demeurent élevés et les conditions de financement pourraient rester relativement contraignantes au cours des prochains trimestres, ce qui risque de freiner la reprise de certains projets résidentiels.


Malgré les risques découlant des tensions commerciales, la région de Chaudière-Appalaches peut compter sur des projets industriels majeurs, une économie diversifiée et une capacité d’attraction qui demeure favorable pour soutenir son développement à moyen terme. Les contraintes liées à la disponibilité de la main-d’œuvre continueront toutefois de représenter le principal défi pour les entreprises de la région. Dans ce contexte, la croissance économique devrait demeurer plus faible que la moyenne provinciale cette année, avant de reprendre de la vigueur à compter de 2027. Les prochaines années pourraient ainsi être marquées par une transformation graduelle de l’économie régionale, alors que certains secteurs manufacturiers exposés au marché américain feront face à des défis importants, tandis que les activités liées aux infrastructures, à la construction navale, aux technologies et aux services gagneront en importance.


Investissements

Malgré la résilience de l’économie régionale, les investissements des entreprises pourraient au cours des prochains mois demeurer affectés au cours des prochains mois par l’incertitude entourant les relations commerciales avec les États-Unis. Les tensions tarifaires pourraient notamment inciter certaines entreprises à reporter ou à réévaluer leurs projets, particulièrement dans les secteurs tournés vers l’exportation. Les perspectives d’investissement demeurent restent toutefois favorables grâce à plusieurs projets d’envergure qui devraient soutenir l’activité économique régionale et atténuer les effets négatifs du conflit commercial. D’ailleurs, les investissements totaux en Chaudière-Appalaches auraient progressé de plus de 11,4 % en 2025 (graphique 7), une hausse nettement supérieure à celle de 1,1 % observée à l’échelle du Québec (graphique 8).



Dans le secteur privé, QScale investira 700 M$ dans l’agrandissement de son campus d’intelligence artificielle à Lévis. Du côté public, le gouvernement du Québec prévoit consacrer 640 M$ aux infrastructures routières et ferroviaires de la région entre 2026 et 2028. Parmi les principaux projets figurent la première phase de l’élargissement de l’autoroute 20 à Lévis, la réhabilitation du chemin de fer Québec Central entre Vallée Jonction et Thetford Mines ainsi que la reconstruction de la route 263 dans le secteur urbain de Saint Fortunat. À cela s’ajoute un investissement de 500 M$ destiné à la modernisation de l’Hôtel Dieu de Lévis d’ici 2030.

Ces projets devraient générer d’importantes retombées économiques dans plusieurs secteurs, notamment la construction, les services professionnels, le transport et les technologies. Ils contribueront également à améliorer l’attractivité de la région, à renforcer ses infrastructures et à soutenir sa compétitivité à moyen terme.



Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

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