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Études régionales

Région administrative de la Mauricie

20 juillet 2026
Maëlle Boulais-Préseault
Économiste senior

Faits saillants

  • L’économie de la Mauricie demeure touchée par l’incertitude liée aux relations commerciales avec les États-Unis, surtout dans les secteurs manufacturier, forestier et de la filière batterie. Elles sont toutefois atténuées en partie par les exemptions prévues dans l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) et par la diversification de l’économie régionale.
  • De nouvelles mesures tarifaires, combinées aux difficultés persistantes de l’industrie forestière, pourraient accentuer les pressions sur les exportations et freiner le marché du travail. Malgré ces défis, l’économie mauricienne continue de faire preuve de résilience et devrait maintenir une croissance supérieure à la moyenne provinciale.
  • La migration interrégionale devrait soutenir une croissance démographique plus forte que celle de l’ensemble du Québec au cours des prochaines années, contribuant ainsi à limiter certains effets négatifs du ralentissement économique.
  • Les investissements ont rebondi en 2025 grâce à la vigueur du secteur public et demeurent soutenus par plusieurs projets d’infrastructures et d’investissements privés d’envergure. Ils restent toutefois vulnérables à l’incertitude économique et à l’évolution de la filière batterie.


Principaux indicateurs économiques



Enjeux régionaux et perspectives

  • L’incertitude entourant les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis continue de peser sur l’activité économique, tant au Québec qu’en Mauricie. Le secteur manufacturier et les investissements liés à la filière batterie y sont particulièrement exposés. La Mauricie fait partie des régions modérément vulnérables à ces tensions. L’intensité des tarifs appliqués aux produits régionaux exportés vers les États-Unis demeure légèrement inférieure à la moyenne québécoise, mais reste plus élevée que dans les autres provinces canadiennes.
  • La situation s’est révélée moins défavorable qu’anticipé au départ, notamment grâce aux nombreuses exemptions accordées aux produits canadiens conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Certains tarifs sectoriels continuent toutefois de nuire à des activités clés de la région. La fabrication d’aliments, un secteur important en Mauricie, dépend par exemple d’emballages conçus à partir de dérivés métalliques, ce qui expose partiellement ces entreprises aux tarifs de 25 % sur ces intrants. D’autres sous-secteurs manufacturiers importants, comme la fabrication de produits métalliques, de machines et de meubles, subissent aussi, à divers degrés, les effets de ces mesures. Un décret présidentiel signé en avril 2026 pourrait accentuer ces pressions. Alors qu’auparavant, seuls les intrants métalliques étaient visés, un tarif de 25 % s’applique désormais à la valeur totale de certains produits exportés contenant du métal. Cette mesure pourrait entraîner un recul plus marqué des exportations et accroître le nombre d’entreprises touchées dans la région. Malgré ces défis, l’économie mauricienne demeure résiliente, notamment grâce à la diversification de ses sous-secteurs manufacturiers. Sa croissance devrait ainsi rester supérieure à la moyenne provinciale. La révision de l’ACEUM reste toutefois un facteur déterminant dans les décisions stratégiques des entreprises.
  • Le développement de la filière batterie se poursuit également dans la région, même si ses perspectives sont assombries par les incertitudes entourant la production de véhicules électriques en Amérique du Nord. L’ampleur des investissements en cours devrait néanmoins continuer de soutenir une croissance supérieure à la moyenne provinciale. En revanche, l’industrie forestière traverse une période difficile, ce qui accroît la vulnérabilité de l’économie régionale. Au-delà des effets des tarifs, certaines scieries, dont celles de Parent et de Rivière-aux-Rats, de même que d’autres entreprises du secteur, suspendent temporairement leurs activités en attendant une conjoncture plus favorable. Cette situation devrait ralentir la croissance en 2026. D’autres entreprises tentent plutôt de réduire leur dépendance au marché américain en diversifiant leur clientèle vers l’Europe, un processus qui demeure long et coûteux.
  • Sur le marché du travail, la pénurie de main-d’œuvre reste marquée en Mauricie, qui affichait l’un des taux de postes vacants les plus élevés au Québec au premier trimestre de 2026 (3,7 % dans la région, contre 2,8 % pour l’ensemble de la province). Plusieurs métiers spécialisés liés à la filière batterie sont particulièrement touchés. Après la progression observée l’an dernier, l’emploi a toutefois ralenti au cours des premiers mois de 2026. Pour l’instant, l’industrie manufacturière régionale ne montre pas de signes de pertes d’emplois majeures. En revanche, l’emploi dans la construction a reculé (graphique 3), notamment en raison de l’achèvement ou de la mise en pause de certains projets industriels, une tendance qui devrait se poursuivre en 2026. La Commission de la construction du Québec prévoit d’ailleurs une baisse d’environ 8 % des heures travaillées dans la région de Mauricie–Bois-Francs. La vigueur de la construction résidentielle continue néanmoins de soutenir le secteur et d’atténuer le recul des autres branches. Le taux de chômage dépasse désormais la moyenne provinciale, atteignant 6,5 % en juin 2026. Il devrait toutefois diminuer au cours des prochaines années, compte tenu du recul de la population active amorcé en 2025. Le vieillissement démographique et la baisse de l’immigration contribuent en effet à restreindre le bassin de travailleurs disponibles.

 


  • Sur le plan démographique, les mesures fédérales et provinciales visant à limiter le nombre de résidents non permanents demeurent en place et continueront de freiner la croissance de la population régionale (graphique 4). La Mauricie conserve néanmoins un certain pouvoir d’attraction auprès des Québécois provenant d’autres régions, notamment grâce à un marché immobilier relativement plus abordable. Une décélération graduelle de la croissance démographique est toutefois attendue, ce qui pourrait atténuer la demande immobilière à moyen terme.

  • Après avoir progressé tout au long de 2025, les ventes de propriétés existantes se sont stabilisées au premier trimestre de 2026 par rapport à la même période l’an dernier. L’offre de logements demeure toutefois insuffisante et la croissance du prix de vente moyen ne montre aucun signe d’essoufflement, soutenue par une demande toujours robuste, ce qui continue de nuire à l’abordabilité (graphique 5). Par ailleurs, la construction résidentielle a fortement augmenté en Mauricie au premier trimestre de 2026, portée par les mises en chantier de logements locatifs (graphique 6). Ce dynamisme devrait toutefois s’atténuer au cours de l’année, notamment en raison de la pénurie de main-d’œuvre, de la hausse des coûts de construction et de certains délais administratifs.

  • Malgré les tarifs sectoriels et les difficultés persistantes dans certains secteurs clés, notamment l’industrie forestière et quelques branches manufacturières, la croissance économique de la Mauricie devrait dépasser la moyenne provinciale au cours des deux prochaines années. La diversification du secteur manufacturier et les projets d’investissement toujours en cours dans la filière batterie favoriseront une expansion plus vigoureuse. La migration interrégionale devrait également atténuer les effets du ralentissement démographique observé ailleurs au Québec. L’incertitude entourant l’évolution de l’ACEUM demeure toutefois présente à l’échelle provinciale et continue d’influencer les décisions des entreprises régionales.

Investissements

  • Après un recul de 1,9 % en 2024, les investissements en Mauricie ont renoué avec la croissance en 2025, affichant une hausse de 5,1 %, entièrement attribuable à l’augmentation des dépenses publiques (graphique 7). Cette progression dépasse celle observée dans l’ensemble du Québec (graphique 8). À court terme, les investissements devraient toutefois demeurer sensibles à l’incertitude entourant les relations commerciales avec les États-Unis et à l’évolution du développement de la filière batterie.


  • Les investissements publics continueront néanmoins de soutenir l’activité régionale. Le gouvernement du Québec prévoit consacrer 207 M$ au réseau routier de la Mauricie entre 2026 et 2028. Parmi les principaux travaux figurent l’asphaltage d’un tronçon de la route 159 à Saint‑Séverin, la stabilisation de talus sur la route 155 à La Tuque et sur la route 354 à Sainte‑Anne‑de‑la‑Pérade, ainsi que la poursuite du programme de remplacement de ponceaux dans l’ensemble de la région. La Ville de Trois‑Rivières poursuit également ses investissements en infrastructures publiques, avec 10 M$ prévus pour la réfection de 45 rues au cours de la prochaine année. Le Port de Trois‑Rivières prévoit pour sa part des travaux totalisant 312 M$ d’ici 2027.
  • Dans le secteur privé, plusieurs projets majeurs devraient aussi contribuer à maintenir un niveau d’investissement élevé. Kruger prévoit injecter 333 M$ dans son usine de Trois-Rivières afin d’y ajouter une nouvelle ligne de production, tandis qu’Olymel envisage un investissement de 142 M$ pour agrandir ses installations et automatiser une partie de ses activités.
  • Enfin, plusieurs projets d’envergure sont en développement et pourraient se concrétiser au cours des prochaines années. Outre le projet de TES Canada visant la production d’hydrogène vert à Shawinigan, dont la valeur pourrait atteindre 4 G$, le Groupe Pro‑B prévoit investir près de 1 G$ dans la reconversion de l’ancien site de la papetière Laurentide. Ce projet comprend notamment l’implantation d’un centre de données ainsi que des composantes hôtelières, récréotouristiques et résidentielles. Sa réalisation demeure toutefois conditionnelle à l’obtention d’un approvisionnement énergétique adéquat auprès d’Hydro‑Québec.


Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

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