- Sonny Scarfone
Économiste principal
Québec : deuxième prise pour le marché du travail en 2026
Faits saillants
- En avril, l’emploi a reculé de 43 300 postes au Québec, portant la perte cumulée à 87 000 emplois au cours des quatre premiers mois de l’année (tableau 1).
- Le taux de chômage a bondi de 0,8 point pour atteindre 6,2 % (graphique 1). Il s’agit du troisième taux le plus faible au Canada (6,9 %), derrière le Manitoba (5,0 %) et la Saskatchewan (5,6 %), mais l’écart s’est resserré par rapport à l’Ontario, où le taux de chômage a diminué de 0,1 point pour s’établir à 7,5 %.
- L’examen des composantes révèle une faiblesse généralisée. L’emploi à temps plein a reculé pour un quatrième mois consécutif, portant les pertes à plus de 110 000 postes depuis le début de 2026. Le secteur privé a également enregistré des pertes marquées, l’emploi y ayant diminué de plus de 50 000 postes depuis le début de l’année (graphique 2).
- Parmi les 87 000 emplois nets perdus depuis le début de 2026, près de la moitié proviennent des secteurs de la construction et de la fabrication, tandis qu’environ un quart est attribuable aux services financiers (‑23 300).
- L’emploi est particulièrement en recul dans la région métropolitaine de recensement de Montréal, avec une perte de 56 000 emplois depuis janvier. Le taux de chômage, à 7,7 %, atteint ainsi son niveau le plus élevé depuis près de dix ans (juillet 2016), à l’exception de la période pandémique.
Commentaires
Les différentes enquêtes sur l’emploi racontaient des histoires différentes depuis un certain temps, l’Enquête sur la population active (EPA) dressant un portrait plus favorable pour 2025. Les données récentes au Québec donnent toutefois à penser que c’est l’enquête auprès des entreprises qui reflétait le mieux la réalité. L’EPA présente de nouveau ce matin un bilan très négatif, le deuxième en trois mois, à la suite d’une amélioration temporaire qui n’aura été que partielle.
Et cela va bien au-delà du simple ralentissement démographique. Le taux d’emploi a chuté d’un point de pourcentage depuis le début de l’année. Il est estimé que la population de 15 ans et plus a diminué pour un sixième mois consécutif. La population en âge de travailler, soit les 15 à 64 ans, affiche désormais une baisse de 0,4 % sur un an (graphique 3). Cette dynamique peut expliquer en partie l’attrait accru pour l’emploi à temps partiel, mais difficilement l’ampleur observée depuis le début de l’année. Bref, le ralentissement économique en cours se reflète désormais clairement dans les statistiques d’emploi, et laisse présager une croissance économique anémique pour une deuxième année de suite.
Parmi les rares signaux positifs, la croissance des salaires demeure soutenue, bien que cet indicateur soit moins fiable en période de forte volatilité de l’emploi. D’ailleurs, les mesures qui tiennent compte des changements de composition montrent moins de vigueur. Les heures travaillées affichent également une forte hausse en variation annuelle, mais celle-ci reflète surtout un effet de base, les niveaux ayant été particulièrement faibles à la même période l’an dernier, dans la foulée de devancements de production visant à contrer la menace de nouveaux tarifs américains.
Implications
On pourrait jeter le blâme sur les tarifs pour la contre-performance du marché du travail québécois. La faiblesse liée aux récents changements tarifaires touchant les produits métalliques Lien externe au site., qui pèsent davantage sur l’économie québécoise que sur la moyenne canadienne, a d’ailleurs été abordée cette semaine par notre équipe. Or, sur 12 mois, seuls six secteurs affichent une hausse de l’emploi, généralement modeste, ce qui suggère que les tarifs ne constituent qu’une partie de l’explication. Ainsi, à l’instar des données du PIB, les indicateurs du marché du travail suggèrent un ralentissement plus généralisé au Québec.
Contactez nos économistes
Par téléphone
Montréal et environs :
514 281-2336 Ce lien lancera votre logiciel de téléphonie par défaut.