- Sonny Scarfone
Économiste principal
Québec : le recul d’emplois le plus important hors pandémie en au moins 50 ans
Faits saillants
- En février, le Québec a subi une perte nette de 57 300 emplois, soit l’équivalent des gains cumulés des 14 mois précédents (tableau). Il s’agit du recul mensuel le plus marqué depuis janvier 2021, en pleine période de confinements, et autrement, du plus important depuis le début de la série de Statistique Canada en 1976.
- Malgré une diminution du taux d’activité, qui exerce habituellement une pression à la baisse sur le taux de chômage, ce dernier a tout de même augmenté de 5,2 % à 5,9 % en février (graphique 1). Il demeure néanmoins inférieur à la moyenne canadienne de 6,7 %, et place le Québec au troisième rang des provinces affichant les taux de chômage les plus faibles, derrière la Saskatchewan et le Manitoba.
- L’examen des composantes confirme l’ampleur du repli : l’emploi à temps plein comme à temps partiel a diminué, et ces pertes proviennent entièrement du secteur privé.
- Les reculs étaient par ailleurs largement répartis entre les secteurs, aucun ne concentrant à lui seul la faiblesse observée. Cette diffusion est préoccupante, car elle suggère que les faiblesses apparues dans certains secteurs en 2025 se propagent désormais à l’ensemble de l’économie. Seuls quatre secteurs ont enregistré des gains, totalisant 7 300 emplois : la fabrication, le transport, les services professionnels ainsi que les administrations publiques.
- Sur une base mensuelle, les taux de chômage non désaisonnalisés ont augmenté partout au Québec, à l’exception de la Capitale‑Nationale, de l’Outaouais, de l’Abitibi‑Témiscamingue et de la Gaspésie–Îles‑de‑la‑Madeleine, où ils sont demeurés stables (la variation entre janvier et février est habituellement assez limitée). En somme, la faiblesse observée en février se manifeste tant par secteur que sur le plan régional.
Commentaires
Il n’y a pas à dire, ce rapport surprend fortement à la baisse, et ce, sur l’ensemble de ses composantes. Le secteur privé, souvent considéré comme le baromètre de la confiance envers la conjoncture, a enregistré un recul de 53 100 emplois, dépassant ainsi son précédent sommet historique de pertes de 33 400 emplois avant la pandémie (février 2005).
Un élément incite toutefois à attendre le prochain rapport avant de conclure qu’il ne s’agit pas d’une aberration statistique, ce qui demeure possible dans toute méthodologie reposant sur une sélection aléatoire de répondants (le fameux « 19 fois sur 20 »). En effet, un autre mois a déjà dépassé le record hors pandémie : aussi récemment qu’en septembre 2025, une perte de 42 200 emplois dans le secteur privé avait été observée, avant que ceux-ci ne soient entièrement récupérés au cours des quatre mois suivants (graphique 2).
Autre élément suggérant la prudence : les heures travaillées recensées étaient estimées en baisse de 0,3 % par rapport à il y a 12 mois, une baisse plutôt modeste étant donné le recul plus marqué enregistré le mois précédent (-2,2 %).
Implications
L’évolution du marché du travail québécois, que l’on qualifiait jusqu’ici de surprenante de par sa résilience comparativement à la vigueur suggérée par le PIB, est rentrée dans le rang ce mois-ci. Vaut mieux toutefois user d’une certaine prudence et attendre les données du prochain mois avant de prononcer un verdict sur l’état de l’économie québécoise. D’autres variables concernant le secteur des services (ex. : commerce de détail) aideront également à corroborer ou non le signal du rapport d’emploi. En bref : un seul mois ne fait pas une tendance… mais il sait certainement attirer l’attention.
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