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Nouvelles économiques

Québec : reprise du marché du travail dans le grand Montréal, contraintes ailleurs en province

10 avril 2026
Sonny Scarfone
Économiste principal

Faits saillants

  • En mars, l’emploi a progressé de 9 900 postes au Québec, ce qui marque un léger redressement après la perte de 57 300 emplois du mois précédent (tableau).
  • Combinée à une baisse du taux d’activité, cette évolution a ramené le taux de chômage à 5,4 % (graphique 1). Il s’agit du deuxième taux le plus faible au Canada (6,7 %), derrière la Saskatchewan (5,0 %).
  • L’examen des composantes révèle toutefois une performance mitigée. L’emploi à temps plein a de nouveau reculé, portant les pertes à plus de 50 000 postes depuis le début de 2026. À l’inverse, le secteur privé a renoué avec la croissance, récupérant plus de la moitié des pertes enregistrées en début d’année.
  • Parmi les 43 700 emplois nets perdus à ce jour en 2026, les secteurs des finances, des assurances et de l’immobilier (‑18 000), de l’éducation (‑20 000), de la construction (‑14 400) et de la fabrication (‑8 400) affichent les reculs les plus marqués. À l’inverse, un seul secteur présente une croissance notable, soit les services professionnels, scientifiques et techniques (+18 600).
  • La création d’emplois en mars a été particulièrement vigoureuse dans la région métropolitaine de Montréal, avec un gain de 23 800 postes. Sur un an, les taux de chômage non désaisonnalisés ont reculé dans 11 des régions administratives du Québec (graphique 2). Fait notable, la région métropolitaine de recensement (RMR) de Québec présente le plus bas taux de chômage parmi les 20 principales régions métropolitaines du pays (2,6 %).



Commentaires

Après la vive inquiétude du mois précédent, les données publiées ce matin apportent un certain soulagement. Sans être franchement positives, elles demeurent révélatrices d’une économie sous tension sur le plan conjoncturel, mais également contrainte par la faiblesse persistante de son bassin de main-d’œuvre.

Pour un cinquième mois consécutif, la population âgée de 15 ans et plus estimée par l’Enquête sur la population active est en recul. Si elle affiche une hausse de 0,5 % sur un an, celle-ci s’explique exclusivement par la progression de la population des 65 ans et plus (+0,8 %), alors que celle des 15 à 64 ans, généralement considérée comme la population en âge de travailler, est en baisse de 0,3 % (graphique 3).


D’autres indicateurs suggèrent que la tiédeur des gains d’emplois relève davantage de contraintes d’offre que d’un affaiblissement généralisé de la demande, du moins à l’extérieur des secteurs exposés au conflit commercial en cours. À titre d’exemple, le taux de chômage désaisonnalisé calculé selon la méthodologie comparable à celle des États‑Unis s’établit à 4,4 %, un niveau très proche de celui observé au sud de la frontière (4,3 %), où la croissance de la main-d’œuvre est également limitée dans le contexte des politiques d’immigration actuelles.

Enfin, bien que l’évolution récente de l’emploi à temps plein puisse donner l’impression d’un marché du travail en difficulté, la proportion de travailleurs à temps partiel involontaire et de chercheurs d’emploi découragés demeure relativement faible, à 0,9 %. Cette proportion est comparable à celle observée avant les événements des 15 derniers mois sur la scène internationale.

Il ne faut pas non plus passer sous silence l’accélération de la croissance des salaires, qui a atteint 6,4 % sur un an, soit son rythme le plus rapide en trois ans (des effets de compositions pourraient cependant influencer positivement la moyenne des salaires). Cette progression offrira un certain coussin aux salariés dans un contexte où l’inflation devrait demeurer soutenue en raison du conflit au Moyen‑Orient, maintenant le taux d’inflation au-dessus de sa cible de 2 %. Elle témoigne également d’un marché du travail qui confère encore un pouvoir de négociation appréciable aux travailleurs.

Implications

Sans être particulièrement vigoureux, ce rapport présente des caractéristiques compatibles avec une économie en croissance, bien que toujours sous son plein potentiel. À cet égard, les résultats du mois précédent faisaient figure d’exception, puisqu’ils concordaient mal avec les données administratives, notamment les revenus fiscaux du gouvernement provincial et les licenciements recensés. À plus long terme, il apparaît clairement que la croissance du PIB réel potentiel demeurera contrainte par la dynamique démographique, particulièrement en région.

NOTE AUX LECTEURS : Pour respecter l’usage recommandé par l’Office québécois de la langue française, nous employons dans les textes, les graphiques et les tableaux les symboles k, M et G pour désigner respectivement les milliers, les millions et les milliards. MISE EN GARDE : Ce document s’appuie sur des informations publiques, obtenues de sources jugées fiables. Le Mouvement Desjardins ne garantit d’aucune manière que ces informations sont exactes ou complètes. Ce document est communiqué à titre informatif uniquement et ne constitue pas une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente. En aucun cas, il ne peut être considéré comme un engagement du Mouvement Desjardins et celui-ci n’est pas responsable des conséquences d’une quelconque décision prise à partir des renseignements contenus dans le présent document. Les prix et les taux présentés sont indicatifs seulement parce qu’ils peuvent varier en tout temps, en fonction des conditions de marché. Les rendements passés ne garantissent pas les performances futures, et les Études économiques du Mouvement Desjardins n’assument aucune prestation de conseil en matière d’investissement. Les opinions et les prévisions figurant dans le document sont, sauf indication contraire, celles des auteurs et ne représentent pas la position officielle du Mouvement Desjardins.