- Sonny Scarfone
Économiste principal
Québec : reprise du marché du travail dans le grand Montréal, contraintes ailleurs en province
Faits saillants
- En mars, l’emploi a progressé de 9 900 postes au Québec, ce qui marque un léger redressement après la perte de 57 300 emplois du mois précédent (tableau).
- Combinée à une baisse du taux d’activité, cette évolution a ramené le taux de chômage à 5,4 % (graphique 1). Il s’agit du deuxième taux le plus faible au Canada (6,7 %), derrière la Saskatchewan (5,0 %).
- L’examen des composantes révèle toutefois une performance mitigée. L’emploi à temps plein a de nouveau reculé, portant les pertes à plus de 50 000 postes depuis le début de 2026. À l’inverse, le secteur privé a renoué avec la croissance, récupérant plus de la moitié des pertes enregistrées en début d’année.
- Parmi les 43 700 emplois nets perdus à ce jour en 2026, les secteurs des finances, des assurances et de l’immobilier (‑18 000), de l’éducation (‑20 000), de la construction (‑14 400) et de la fabrication (‑8 400) affichent les reculs les plus marqués. À l’inverse, un seul secteur présente une croissance notable, soit les services professionnels, scientifiques et techniques (+18 600).
- La création d’emplois en mars a été particulièrement vigoureuse dans la région métropolitaine de Montréal, avec un gain de 23 800 postes. Sur un an, les taux de chômage non désaisonnalisés ont reculé dans 11 des régions administratives du Québec (graphique 2). Fait notable, la région métropolitaine de recensement (RMR) de Québec présente le plus bas taux de chômage parmi les 20 principales régions métropolitaines du pays (2,6 %).
Commentaires
Après la vive inquiétude du mois précédent, les données publiées ce matin apportent un certain soulagement. Sans être franchement positives, elles demeurent révélatrices d’une économie sous tension sur le plan conjoncturel, mais également contrainte par la faiblesse persistante de son bassin de main-d’œuvre.
Pour un cinquième mois consécutif, la population âgée de 15 ans et plus estimée par l’Enquête sur la population active est en recul. Si elle affiche une hausse de 0,5 % sur un an, celle-ci s’explique exclusivement par la progression de la population des 65 ans et plus (+0,8 %), alors que celle des 15 à 64 ans, généralement considérée comme la population en âge de travailler, est en baisse de 0,3 % (graphique 3).
D’autres indicateurs suggèrent que la tiédeur des gains d’emplois relève davantage de contraintes d’offre que d’un affaiblissement généralisé de la demande, du moins à l’extérieur des secteurs exposés au conflit commercial en cours. À titre d’exemple, le taux de chômage désaisonnalisé calculé selon la méthodologie comparable à celle des États‑Unis s’établit à 4,4 %, un niveau très proche de celui observé au sud de la frontière (4,3 %), où la croissance de la main-d’œuvre est également limitée dans le contexte des politiques d’immigration actuelles.
Enfin, bien que l’évolution récente de l’emploi à temps plein puisse donner l’impression d’un marché du travail en difficulté, la proportion de travailleurs à temps partiel involontaire et de chercheurs d’emploi découragés demeure relativement faible, à 0,9 %. Cette proportion est comparable à celle observée avant les événements des 15 derniers mois sur la scène internationale.
Il ne faut pas non plus passer sous silence l’accélération de la croissance des salaires, qui a atteint 6,4 % sur un an, soit son rythme le plus rapide en trois ans (des effets de compositions pourraient cependant influencer positivement la moyenne des salaires). Cette progression offrira un certain coussin aux salariés dans un contexte où l’inflation devrait demeurer soutenue en raison du conflit au Moyen‑Orient, maintenant le taux d’inflation au-dessus de sa cible de 2 %. Elle témoigne également d’un marché du travail qui confère encore un pouvoir de négociation appréciable aux travailleurs.
Implications
Sans être particulièrement vigoureux, ce rapport présente des caractéristiques compatibles avec une économie en croissance, bien que toujours sous son plein potentiel. À cet égard, les résultats du mois précédent faisaient figure d’exception, puisqu’ils concordaient mal avec les données administratives, notamment les revenus fiscaux du gouvernement provincial et les licenciements recensés. À plus long terme, il apparaît clairement que la croissance du PIB réel potentiel demeurera contrainte par la dynamique démographique, particulièrement en région.
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