- Francis Généreux
Économiste principal
États-Unis : la croissance a ralenti en fin de 2025
Faits saillants
- Le PIB réel a augmenté de 1,4 % à rythme annualisé au quatrième trimestre de 2025, selon l’estimation initiale des comptes nationaux. Cette variation fait suite à des croissances annualisées de 4,4 % au troisième trimestre et de 3,8 % au deuxième.
- Sur l’ensemble de 2025, le PIB réel a augmenté de 2,2 %, après un gain de 2,8 % en 2024.
Commentaires
Bien que toujours positive, la croissance du PIB réel américain au dernier trimestre de 2025 est tout de même une source de déception. Les consensus tablaient sur un gain de plus de 3 %. Les estimations en temps réel, comme celle de la Réserve fédérale d’Atlanta, tablaient aussi sur une hausse de 3 % en date d’hier, mais s’élevaient à plus de 4 % et même 5 % il y a quelques semaines. L’économie américaine paraît donc moins hot que prévu, comme aime le dire le président Trump. Le résultat publié aujourd’hui s’approche plus des attentes que l’on avait à l’automne dernier.
Notons avant tout que l’effet de l’impasse budgétaire a été nettement plus important que prévu. Alors que la plupart des indicateurs mensuels suggéraient que les conséquences seraient somme toute assez modestes, les comptes nationaux brossent un portrait différent. Le Bureau of Economic Analysis a notamment interprété l’impasse comme une hausse du coût des services octroyés par le gouvernement fédéral. Cela se manifeste en une baisse de 24,1 % des dépenses réelles non militaires fédérales et se reflète dans une contribution négative de 0,7 % à la croissance annualisée du PIB réel. On peut toutefois s’attendre à un rebond de ce côté dès le premier trimestre de 2026.
Excluant le secteur public, la demande intérieure finale a augmenté de 2,4 % à rythme annualisé. C’est moins que les 2,9 % des deux trimestres précédents, mais cela donne un portait tout de même un peu plus flatteur que ce que nous montre le PIB réel. La croissance annualisée de la consommation réelle a ralenti un peu à 2,4 %, notamment à cause d’une baisse du côté des biens durables, voire des automobiles. La croissance de la consommation de services par les ménages est demeurée forte.
Du côté de l’investissement, on remarque encore la faiblesse de la construction non résidentielle, qui en est à un huitième trimestre consécutif de recul, et ce, malgré l’engouement pour les centres de données. D’ailleurs, les investissements liés à l’intelligence artificielle se sont réaccélérés au dernier trimestre de 2025 avec des gains annualisés de 36,1 % en équipements informatiques et de 7,1 % en logiciels. En excluant ces composantes, la contribution de l’investissement non résidentiel au PIB réel serait négative. La variation des stocks des entreprises a encore diminué, et ce, pour un troisième trimestre consécutif. Celles-ci continuent d’écouler les nombreux stocks qu’elles avaient importés en début d’année en appréhension des annonces de tarifs par la Maison‑Blanche.
Justement, du côté des échanges commerciaux, on remarque une baisse des exportations. Jusqu’à tout récemment, un gain était plutôt prévu bien que les données de décembre publiées hier aient changé la donne. Les importations ont aussi diminué, mais un peu moins que prévu. La contribution des exportations nettes s’est avérée plus faible qu’anticipé, ce qui explique davantage la faiblesse de la croissance du PIB réel par rapport aux attentes.
Implications
Les données publiées aujourd’hui montrent à la fois la résilience d’une bonne part de l’économie américaine, notamment la consommation de services, ainsi que les investissements associés à l’intelligence artificielle. On sent toutefois aussi plus de fragilité ailleurs, notamment en ce qui a trait aux autres secteurs de l’investissement. On remarque aussi que les aléas de la politique, y compris la politique commerciale de l’administration Trump ainsi que l’impasse budgétaire, ont eu d’importantes conséquences sur la croissance à la fin de 2025. Pour le début de 2026, certains indicateurs nous montrent un peu plus de faiblesse du côté de la consommation et la mauvaise météo pourrait jouer des tours. En contrepartie, le rebond post-impasse budgétaire et les effets éventuels des changements fiscaux de l’an dernier pourraient être plus positifs.
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