Choisir vos paramètres

Choisir votre langue
Commentaire hebdomadaire

L’IA a dominé l’investissement des entreprises aux États‑Unis en 2025

27 février 2026
Francis Généreux
Économiste principal

La publication, vendredi dernier, des comptes nationaux américains du quatrième trimestre de 2025 a été occultée par la décision de la Cour suprême rejetant les tarifs d’urgence imposés par Donald Trump. Pourtant, les données publiées avec près d’un mois de retard à cause de l’impasse budgétaire nous éclairent un peu plus sur la vigueur de l’économie des États‑Unis au terme d’une année particulièrement mouvementée. Au premier regard, on a surtout remarqué que la croissance du PIB réel s’est avérée nettement plus lente que prévu Lien externe au site.. La consommation de biens, les exportations nettes ainsi que les dépenses fédérales se sont montrées plus faibles qu’anticipé. À l’inverse, on a pu voir que l’investissement des entreprises a été plus vigoureux que ce qui était escompté.

Malgré de nombreux vents contraires, dont l’incertitude plus élevée, l’augmentation du coût des intrants causée par les tarifs douaniers, les aléas du fonctionnement des chaînes d’approvisionnement, l’investissement a donc assez bien tenu la route. La croissance de l’investissement non résidentiel des entreprises a été de 4,2 % sur l’ensemble de 2025, une meilleure performance que les 2,9 % de 2024 (mais tout de même sous les 7,3 % de 2023). Est‑ce que le gain peut être attribuable aux politiques instaurées par l’administration Trump? Il est difficile, sinon trop tôt, pour attribuer cette performance aux politiques réglementaires, fiscales et protectionnistes mises en place en 2025 Lien externe au site..

On note surtout que l’investissement des entreprises a été loin d’être généralisé en 2025. On ne voit pas non plus de poussée propre au secteur de la fabrication, au secteur minier ou à celui des énergies fossiles, tous promus avec insistance par le président Trump. Ces industries ont perdu des travailleurs en 2025 et la croissance de leur production s’est avérée plutôt faible (+0,9 % pour la fabrication, +0,6 % pour le secteur minier et -6,8 % pour l’extraction de pétrole et de gaz). On le remarque aussi dans la baisse de la construction réelle dans ces secteurs. En fait, l’investissement réel en construction n’a augmenté que dans deux catégories, soit les centres de données et les infrastructures d’énergie renouvelable (structures éoliennes, solaires, de déchets secs et géothermiques) (graphique 1). Ainsi, même la construction au sein de la fabrication, qui était sur une excellente lancée entre 2022 et 2024, s’est contractée en 2025.


La construction des centres de données est évidemment une conséquence de la rapide expansion de l’intelligence artificielle (IA). Mais il ne faut pas seulement construire ces centres, il faut aussi les remplir. On remarque ainsi qu’en 2025, l’investissement réel en équipements a surtout progressé grâce à l’acquisition d’équipement informatique par les entreprises (graphique 2). Le contraste est encore plus grand pour le quatrième trimestre de 2025. Sans la forte croissance annualisée de 80,1 % enregistrée par l’investissement réel en équipements informatiques, les investissements non résidentiels en équipements auraient diminué de 10,3 % à rythme annualisé.


Finalement, les ordinateurs demandent aussi d’être nourris, cette fois de logiciels. C’est dans la composante « produits de propriété intellectuelle » des comptes nationaux que l’on retrouve l’investissement en logiciels. Et le portrait est le même que pour la construction ou les équipements… Excluant la hausse de 11,0 % de l’acquisition de logiciels, l’investissement en produits de propriété intellectuelle par l’entreprise privée aurait stagné en 2025 (graphique 3). Et cela ne tient pas compte du fait que l’investissement en recherche et en développement (dont on n’a pas encore de détail précis pour 2025) comporte aussi une importante part liée à l’informatique représentant 27 % de cette composante en 2024.


Ces résultats nous amènent à faire le constat évident que si la croissance de l’investissement des entreprises s’est montrée vigoureuse en 2025 aux États‑Unis, c’est surtout grâce au seul secteur de l’IA. Ce n’est pas mauvais en soi et si l’élan perdure, la progression de l’économie continuera d’en profiter. Il y a évidemment d’autres conséquences de l’engouement envers l’IA. Les répercussions sur le marché du travail, sur la productivité, sur les profits des entreprises, sur la répartition de la richesse, sur la demande d’énergie et l’utilisation des ressources naturelles ainsi que sur les choix de consommation ou d’investissement sont toutes des terreaux fertiles pour des analyses et des commentaires.

On peut également se demander s’il existe un effet d’éviction envers les autres types d’investissement. La place grandissante occupée par l’IA réduit‑elle l’espace disponible pour les autres industries, que ce soit en raison de ressources limitées (incluant financières) ou d’une hausse du coût des intrants? Est‑ce la seule cause de la faiblesse relative des autres secteurs ou y a‑t‑il un essoufflement intrinsèque de l’investissement non lié aux technologies de l’information?

C’est là peut‑être que des facteurs souvent mentionnés depuis un an, à commencer par l’incertitude causée par la politique commerciale de l’administration Trump, prennent plus de sens. Le virage à 180 degrés de la lutte contre les changements climatiques aux États‑Unis et la fin de programmes d’aide issus de l’administration Biden peuvent aussi avoir été des freins. On remarque d’ailleurs la faiblesse de l’investissement manufacturier dans le secteur automobile (-7,8 % en 2025), alors que les fabricants de véhicules et de pièces ont abandonné plusieurs projets liés à l’électrification des transports.

Et les 18 000 milliards?

Lorsqu’on y regarde de plus près, l’investissement privé paraît donc plutôt morne sans l’IA. On peut se demander comment cela est possible alors que le président Trump répète que les nouveaux engagements d’investissement, notamment en provenance de l’étranger, n’auraient jamais été aussi nombreux. Dans le discours annuel sur l’état de l’Union prononcé cette semaine devant le Congrès, il a déclaré : « En quatre longues années, la dernière administration a obtenu moins de [1 000 milliards] de dollars en nouveaux investissements aux États‑Unis. Et lorsque je dis moins, c’est substantiellement moins. En douze mois, j’ai obtenu des engagements totalisant plus de [18 000 milliards] de dollars provenant du monde entier. Pensez‑y : bien moins de [1 000 milliards] sur quatre ans, contre bien plus de [18 000 milliards] sur une seule année. Quelle différence un président peut faire? Il n’y a pas si longtemps, nous étions un pays à l’agonie. »

Malheureusement pour eux, les Américains ne doivent pas trop considérer ce montant pharaonique (qui représente 58 % du PIB nominal annuel des États‑Unis, mais le quadruple de l’investissement annuel nominal non résidentiel) comme quelque chose d’accompli, voire de réaliste. Le site officiel de la Maison‑Blanche compilant ces investissements [en anglais seulement] Lien externe au site. en mentionne pour 9 700 milliards de dollars américains (ce qui est tout de même faramineux). Pour reprendre le thème abordé ci-haut, on remarque qu’environ 40 % des sommes présentées sont liées à l’IA, aux centres de données ou à la fabrication de semi-conducteurs. Il est difficile de voir comment et quand tous ces montants seront alloués au sein de l’économie américaine. Certains de ces engagements semblent aussi liés aux ententes commerciales partielles négociées par l’administration Trump avec divers partenaires. Avec l’évolution erratique de la politique commerciale, il est loin d’être certain qu’ils seront respectés. L’Union européenne a déjà mis un bémol aux 600 G$ US devant être investis aux États‑Unis jusqu’en 2028 par diverses entreprises, comme stipulé dans l’accord d’août dernier. Une analyse du Peterson Institute for International Economics [en anglais seulement] Lien externe au site. sur les engagements étrangers d’investissement en sol américain soulève également plusieurs doutes, notamment sur la capacité de payer des pays impliqués, sur l’éventail des horizons temporels de ces promesses, sur la définition même de ce qui est qualifié d’investissement et sur le manque de clarté générale du processus. Tout cela mine la confiance envers les probabilités de réalisation. Pour le moment, avec les données disponibles jusqu’au troisième trimestre de 2025, on n’a pas encore vu d’accélération de l’investissement direct étranger aux États‑Unis. Il est sans doute encore bien trop tôt pour que ces derniers puissent récolter les fruits de la politique agressive d’investissements du président Trump… si ces fruits poussent vraiment.

En attendant, l’économie américaine devrait encore dépendre de l’élan de l’intelligence artificielle pour espérer enregistrer d’autres fortes croissances de l’investissement privé. Notre scénario de prévisions table sur de nouveaux gains à ce sujet, mais tout de même moins fébriles qu’en 2025. La situation pourrait aussi être aidée par davantage de clarté au sujet de la politique commerciale ainsi que par les effets persistants des allégements fiscaux adoptés l’an dernier. À défaut de ces facteurs, l’investissement des entreprises aux États‑Unis pourrait exposer une situation moins reluisante.

Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

NOTE AUX LECTEURS : Pour respecter l’usage recommandé par l’Office québécois de la langue française, nous employons dans les textes, les graphiques et les tableaux les symboles k, M et G pour désigner respectivement les milliers, les millions et les milliards. MISE EN GARDE : Ce document s’appuie sur des informations publiques, obtenues de sources jugées fiables. Le Mouvement Desjardins ne garantit d’aucune manière que ces informations sont exactes ou complètes. Ce document est communiqué à titre informatif uniquement et ne constitue pas une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente. En aucun cas, il ne peut être considéré comme un engagement du Mouvement Desjardins et celui-ci n’est pas responsable des conséquences d’une quelconque décision prise à partir des renseignements contenus dans le présent document. Les prix et les taux présentés sont indicatifs seulement parce qu’ils peuvent varier en tout temps, en fonction des conditions de marché. Les rendements passés ne garantissent pas les performances futures, et les Études économiques du Mouvement Desjardins n’assument aucune prestation de conseil en matière d’investissement. Les opinions et les prévisions figurant dans le document sont, sauf indication contraire, celles des auteurs et ne représentent pas la position officielle du Mouvement Desjardins.