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Commentaire hebdomadaire

Finances publiques du gouvernement américain : amélioration ou mirage?

1 mai 2026
Francis Généreux
Économiste expert

Alors que les provinces, tout comme le gouvernement fédéral canadien, viennent de faire le point sur leur situation budgétaire et de réviser leurs projections pour les prochaines années, penchons‑nous maintenant sur la situation financière de notre voisin du Sud, qui a lui aussi traversé une année particulièrement mouvementée. Une version plus étoffée de ce texte avec davantage de détails sur la récente proposition budgétaire de l’administration Trump sera prochainement publiée dans un Point de vue économique.

Le portrait actuel

L’exercice budgétaire du gouvernement fédéral américain s’est terminé en septembre 2025 sur un déficit de 1 775 G$ US. Cela marque une amélioration par rapport à l’exercice 2024, où le déficit atteignait 1 817 G$ US. On peut toutefois brosser un portrait plus récent en utilisant les données mensuelles du Trésor américain. Ainsi, la somme sur 12 mois du solde budgétaire fédéral atteignait 1 637 G$ US en mars dernier. L’amélioration s’est donc poursuivie au cours des six premiers mois du présent exercice, qui se conclura en septembre prochain (graphique 1).


La comparaison est encore plus flatteuse si on la fait par rapport au tout début du second mandat du président Trump, soit janvier 2025. À ce moment, le déficit sur 12 mois était de 2 125 G$ US. La réduction entre celui-ci et celui de mars dernier est donc de près de 23 %, ce qui est loin d’être négligeable. Cela dit, la presque totalité de l’amélioration de 488 G$ US de la situation budgétaire est venue du côté des revenus (+527 G$ US) alors que les dépenses ont augmenté de 40 G$ US. Et il faut se rappeler le contexte particulier pour le secteur public américain en 2025, avec la plus longue impasse budgétaire qui a affecté une partie des dépenses fédérales l’automne dernier, avec les coupes budgétaires mises de l’avant par le DOGE d’Elon Musk et avec une administration résolue dans son intention de réduire l’importance de certains départements, comme l’éducation et la santé.

Du côté des dépenses, celles associées aux principaux programmes sociaux ont, depuis janvier 2025, augmenté de 7,4 % et les hausses ont été de 7,5 % pour le service de la dette et de 3,5 % pour la défense. Les dépenses discrétionnaires non militaires ont toutefois subi une baisse de 17,0 %, soit 304 G$ US de moins qu’au début du présent mandat présidentiel. Le changement de régime a eu des répercussions particulièrement lourdes sur certains départements, dont des chutes de 51,4 % en protection de l’environnement, de 58,5 % en aide internationale et de 90,6 % pour le département de l’Éducation. La fonction publique fédérale a évidemment été affectée. Selon les données mensuelles du Bureau of Labor Statistics, il y avait en mars 2 059 400 employés civils fédéraux (excluant le service postal). C’est 346 300 travailleurs de moins qu’en janvier 2025 (-14,4 %).

La hausse des revenus du gouvernement fédéral est surtout venue de l’impôt des particuliers, qui a augmenté de 13,2 %. L’impôt sur le revenu des entreprises a plutôt diminué de 14,1 % depuis janvier 2025. Cette baisse s’est manifestée à partir de septembre 2025 alors que les entreprises ont commencé à incorporer les allégements fiscaux adoptés l’été dernier. La hausse des tarifs douaniers, surtout à partir d’avril 2025, a aussi contribué à améliorer les revenus du gouvernement, amenant une hausse de 243 G$ US dans les coffres comparativement à janvier 2025.

Les conséquences des principales politiques républicaines

Dans ce portrait de la situation depuis janvier 2025, on a pu voir que les tarifs douaniers ont aidé à améliorer la situation financière du gouvernement fédéral. Les revenus générés par la politique protectionniste du président Trump ont atteint un sommet en octobre 2025, avec des entrées mensuelles de 33,1 G$ US. Depuis, ils sont en recul, notamment en raison de certains allégements tarifaires (en particulier sur les produits alimentaires à partir de novembre) et de l’évolution des échanges commerciaux. Le rejet par la Cour suprême des tarifs de réciprocité et de ceux liés à la sécurité frontalière ainsi qu’à la lutte contre le fentanyl a aussi changé la donne. Les tarifs recueillis en mars dernier n’étaient que de 24,0 G$ US, les plus bas depuis mai 2025. De plus, le gouvernement devra rembourser aux entreprises importatrices les tarifs qui ont été déclarés illégaux. Un document [en anglais seulement] Lien externe au site. présenté devant la United States Court of International Trade indique que jusqu’au 4 mars 2026, près de 330 000 importateurs américains avaient versé environ 166 G$ US en droits de douane, avant que la mesure concernée ne soit rayée par la Cour suprême. Ce montant devra tôt ou tard être remboursé et les procédures à cet effet ont récemment été mises en branle. Une partie de l’amélioration budgétaire s’avère donc trompeuse et sera renversée.

L’autre mesure-phare qui a affecté les finances publiques américaines a été le One Big Beautiful Bill Act (OBBBA) promulgué le 4 juillet 2025. Nous avons commenté Lien externe au site. à ce sujet un peu avant son adoption finale par le Congrès. Dès l’exercice 2025, on a pu voir son effet sur une baisse notable des revenus provenant de l’impôt des entreprises. Le Congressional Budget Office (CBO) estime que cette loi a amené une diminution de 100 G$ US de l’imposition des entreprises en 2025 et cela sera suivi par une baisse de 152 G$ US à chacun des exercices 2026 et 2027. L’effet provenant des allégements fiscaux pour les individus est estimé avoir été plus modeste en 2025 (32 G$ US), mais il sera nettement plus grand en 2026 (326 G$ US) et au cours des années subséquentes.

Les nouvelles prévisions du CBO

En février dernier, le CBO a publié ses nouvelles prévisions de la situation budgétaire du gouvernement fédéral. Établies selon les lois en place à ce moment, incluant l’OBBBA, ces prévisions tablent sur une détérioration modeste du déficit au cours des prochaines années. De 1 775 G$ US à la fin de l’exercice 2025, il passerait à 1 853 G$ US en septembre 2026 et à 1 887 G$ US en 2027 (graphique 2). En proportion du PIB, c’est plutôt stable, soit 5,8 % en 2025, 5,8 % en 2026 et 5,7 % en 2027. La dette du gouvernement détenue par le public passerait de 99,4 % du PIB en 2025 à 100,6 % en 2026 pour continuer de grimper jusqu’à 120,2 % en 2036.


Le coût de la guerre

La situation actuelle au Moyen‑Orient pourrait aussi changer la donne pour les projections de très court terme. Le département de la Défense a informé cette semaine les membres du Congrès que jusqu’à maintenant, la guerre avec l’Iran aurait coûté approximativement 25 G$ US au Trésor américain. La majeure partie serait due aux munitions, mais aussi aux opérations et à la maintenance, ainsi qu’au remplacement des équipements. D’autres sommes pourraient évidemment s’ajouter et il était récemment attendu que la Maison‑Blanche demande au Congrès un financement supplémentaire immédiat de 200 G$ US lié à la guerre en Iran. D’autres montants plus modestes ont aussi été avancés.

Les conséquences de la guerre en Iran sur la situation économique ne sont pas encore claires. La confiance a été affectée par la hausse des prix de l’énergie et de l’essence en particulier, mais il ne semble pas y avoir pour le moment d’effets négatifs très importants sur la croissance de l’économie ou sur le marché du travail. Une hausse de 0,50 point de pourcentage de l’inflation sur un an, accompagnée d’une hausse équivalente des taux d’intérêt nominaux, amènerait un déficit annuel plus élevé d’environ 30 G$ US. Une croissance économique moins élevée de 0,30 point de pourcentage augmenterait le déficit d’environ 15 G$ US. Notre scénario de base ne prévoit ni une débandade de la croissance du PIB réel, ni un dérapage de l’inflation. Un conflit prolongé accentuerait toutefois les risques d’une conjoncture économique moins favorable à la situation budgétaire, sans compter une probable volonté du Congrès ou de la Maison‑Blanche de mettre en place de nouvelles mesures de soutien aux ménages ou aux entreprises.

En conclusion : une amélioration bien fragile des finances publiques

Les finances publiques se sont légèrement améliorées entre les exercices 2024 et 2025 ainsi qu’au cours des six premiers mois de l’exercice 2026. Cela dit, compte tenu des efforts de rationalisation, de la longue impasse budgétaire et des revenus tirés des droits de douane, la réduction du déficit demeure relativement modeste. Et la dette publique continue d’augmenter à un rythme rapide. À très court terme, il faudra aussi tenir compte des effets budgétaires et économiques du conflit au Moyen‑Orient ainsi que des changements imposés à la politique commerciale du président. Il n’y a pas non plus de marge de manœuvre dans le cas d’un ralentissement abrupt et imprévu de la croissance économique. La récente montée de l’incertitude à l’échelle mondiale a ravivé l’attrait pour le dollar américain et les titres du Trésor. Néanmoins, le risque d’une nouvelle vague de désengagement de la part des investisseurs étrangers demeure présent.

Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

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