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Commentaire hebdomadaire

Croissance économique américaine : solide, mais loin de «l'âge d'or»

30 janvier 2026
Francis Généreux
Économiste principal

Depuis le début de son mandat, il y a tout juste plus d’un an, le président américain, Donald Trump, promet un nouvel âge d’or pour les États‑Unis. Il a réitéré cette promesse cette semaine lors d’un discours en Iowa : « Nous commençons ce qui sera connu comme les plus grandes années de l’histoire de notre pays. Je le crois aussi. Nous entrons dans une période qui sera appelée l’Âge d’or de l’Amérique. »

Du même souffle, le président Trump décrit la situation actuelle comme ceci : « L’Amérique est de retour. Notre frontière est sécurisée, notre esprit est restauré, l’inflation est stoppée, les revenus augmentent, les prix baissent. Notre économie rugit. Nos travailleurs prospèrent. Et notre pays gagne à nouveau, gagne comme jamais auparavant. »

Comme souvent dans les allocutions de Donald Trump, il faut en prendre et en laisser. Mais il faut tout de même se rendre à l’évidence que certaines de ses observations tiennent la route, en particulier concernant la croissance de l’économie américaine. Malgré toute l’incertitude qui a caractérisé l’année dernière, la croissance demeure au rendez‑vous au sud de la frontière.

Certes, l’année 2025 a mal commencé avec une contraction de 0,6 % du PIB réel à rythme annualisé, qui reflétait surtout un affaiblissement de la consommation réelle en janvier, donc avant que les politiques de la nouvelle administration ne s’appliquent vraiment. Par la suite, l’économie s’est redressée avec des gains annualisés successifs de 3,8 % et de 4,4 % au deuxième et au troisième trimestres. On avait déjà observé des hausses semblables en 2023 ou en 2024, mais ces résultats ont tout de même surpris dans un contexte plus incertain sous fond de guerre commerciale.

Et ce n’est pas fini. Les attentes sont maintenant très élevées pour la croissance du dernier trimestre de 2025 (nous aurons de premiers résultats le 20 février). Les données mensuelles de consommation d’octobre et de novembre pointent vers une bonne progression trimestrielle malgré les effets de l’impasse budgétaire. Présentement, notre prévision est de 3,8 % pour la croissance annualisée du PIB réel au quatrième trimestre. D’autres estimations la placent au‑dessus de 5 %. On s’attend aussi à une bonne hausse du PIB réel au début de 2026.

Pourquoi la croissance est‑elle si forte? Est‑ce grâce aux politiques mises de l’avant par le président Trump? Il faut signaler qu’un vent favorable soufflait déjà dans le dos de l’économie américaine. La moyenne des croissances trimestrielles annualisées entre la mi‑2022 et la fin de 2024 était de 2,9 %, soit 1 % de plus que ce que l’on considère comme la croissance potentielle de l’économie américaine. La Réserve fédérale a amorcé un assouplissement de sa politique monétaire à partir de l’automne 2024. Il y a aussi les effets des investissements liés au développement et à l’implantation de l’intelligence artificielle, ce qui était déjà perceptible avant l’arrivée de Trump à la Maison‑Blanche. La Bourse a connu de bonnes performances en 2023 et en 2024.

Parmi les facteurs qui pourraient être associés de près à l’administration, il y a évidemment la pierre d’assise de la politique économique du président, soit la hausse des tarifs. Le tarif effectif sur l’ensemble des importations de biens se montre moins élevé que ce que l’on pouvait craindre au gré des annonces du président Trump, mais il demeure conséquent, passant de 2,2 % il y a un an à 10,9 % en octobre. Cette politique commerciale nettement plus protectionniste qu’auparavant prendra du temps avant de faire son plein effet sur l’économie américaine, mais, pour le moment, les conséquences sur l’activité demeurent modestes, comme on pouvait l’anticiper Lien externe au site.. La tendance lourde des pertes d’emplois dans la fabrication s’est poursuivie en 2025 avec 68 000 travailleurs en moins. Cela dit, la production manufacturière a repris un peu de tonus en 2025 après deux années de baisse. Le gain annuel de 1,0 % n’est toutefois pas extraordinaire et le tiers de cette croissance provient des technologies avancées (secteur où les importations américaines étaient largement exemptées des nouveaux tarifs).

Un autre élément clé de la politique économique de la Maison‑Blanche en 2025 est l’intention de laisser les coudées franches à l’investissement privé. Le président Trump se vante souvent de ses efforts de déréglementation, mais le nouvel environnement réglementaire reste ambigu. Et un changement de réglementation n’offre pas nécessairement une clarté propice à l’investissement. Le George Washington University Regulatory Studies Center (GW RSC) signale que le nombre de nouvelles réglementations économiquement significatives n’a pas été très différent sous la présente administration (une trentaine) que lors des premières années des précédents présidents (moyenne de 37 depuis Reagan). De plus, la manière de fonctionner, soit par décrets présidentiels plutôt que par des changements de lois, laisse planer un doute sur la pérennité des politiques mises en place. Donald Trump a signé 230 décrets exécutifs depuis son retour dans le Bureau ovale; c’est déjà plus que pour l’ensemble de son premier mandat (graphique 1). Selon les données compilées par le GW RSC, les agences fédérales ont édicté 2 441 règlements comparables à des lois en 2025, tandis que le Congrès n’a adopté que 68 lois proprement dites. Et même dans les secteurs où la déréglementation était plus manifeste, il n’y a pas eu de véritable révolution. L’établissement de nouvelles plateformes de forage de pétrole ou de gaz a diminué de 7,5 % en 2025 et la production minière de charbon a reculé de 0,6 %.


La Maison‑Blanche voit aussi la réduction de la taille de l’état comme un élément stimulant qui laisse davantage d’espace pour la croissance du secteur privé. On a pu observer en 2025 la baisse de 274 000 employés fédéraux. Cela dit, cela a été en partie contrebalancé par 125 000 employés de plus au sein des États et localités. On ne peut pas dire non plus que les dépenses fédérales aient beaucoup diminué malgré ces mises à pied nettes. En décembre 2025, la somme sur 12 mois des dépenses totales du gouvernement était 1,9 % plus élevée qu’en décembre 2024. Si l’on exclut les principales dépenses non discrétionnaires du calcul, soit le service de la dette, la sécurité sociale ainsi que les programmes Medicare et Medicaid, les efforts du gouvernement sont toutefois nettement plus remarquables, avec une diminution de 9,0 %. Les dépenses un peu plus contenues, jumelées à une hausse des revenus provenant de l’impôt des particuliers et des tarifs, ont amené une baisse du déficit au cours des derniers mois. Se situant à plus de 2 000 G$ US il y a un an, le manque à gagner du gouvernement fédéral a diminué à 1 667 G$ US en décembre. Il reste maintenant à voir si le déblocage de certaines dépenses à la suite de l’impasse budgétaire ainsi que les effets plus apparents des allégements fiscaux décrétés l’été dernier permettront aux finances publiques de continuer à s’améliorer.

Si ces facteurs ont pu aider la croissance économique américaine, il est difficile d’y voir ce qui a pu pousser la croissance à se montrer si forte. Surtout que l’élément qui a surpris le plus en 2025 est la résilience de la consommation, entre autres au troisième et présumément au quatrième trimestre. La bonne progression des dépenses des ménages contraste notamment avec leur humeur, la confiance des ménages s’étant montrée plutôt basse durant l’année alors que les consommateurs demeurent frustrés par le niveau élevé du coût de la vie. On remarque aussi que le revenu disponible n’a pas progressé aussi rapidement que le PIB réel ou la consommation. Ainsi, une partie de la croissance des dépenses s’est faite au détriment de l’épargne. En novembre, le taux d’épargne des ménages américains est tombé à 3,5 %, le plus bas depuis octobre 2022 et depuis 2008 si l’on recule avant la pandémie. L’effet de richesse issu de la bonne performance de la Bourse peut en partie expliquer cela. On note d’ailleurs que la confiance est bien plus élevée chez les ménages ayant le plus d’actifs en Bourse (graphique 2). Celle‑ci a toutefois diminué elle aussi au cours de 2025. Une possible évolution en « K » de l’économie où les ménages les plus riches alimenteraient presque à eux seuls la croissance économique est souvent évoquée. Il est difficile d’en avoir des preuves, et les dernières données officielles disponibles provenant du Bureau of Labor Statistics, soit pour 2024, ne confirmaient pas cette hypothèse avant que Donald Trump soit réélu (la donne peut avoir changé depuis). La consommation moyenne des ménages composant le décile de revenu le plus élevé aurait même légèrement diminué entre 2023 et 2024.


En conclusion, le président Trump semble avoir raison d'affirmer que l’économie américaine est forte depuis qu’il est revenu à la Maison‑Blanche. Toutefois, il est difficile, sinon trop tôt, pour donner le crédit de cette performance plus forte que prévu aux politiques qu’il a mises en place. On pourrait aussi croire à un effet de confiance, mais celle‑ci ne s’est pas vraiment améliorée depuis un an, et ce, autant chez les ménages que chez les entreprises. Les sondages d’opinion montrent aussi un mécontentement envers les politiques économiques de l’administration, notamment parmi les répondants se disant indépendants. Peut‑être que les vents favorables sont encore forts, peut‑être que les États‑Unis profitent d’un élan durable de productivité issu de nouvelles technologies, à l’image de ce qui s’est passé au cours des années 1990. Mais peut‑être aussi que la croissance actuelle repose des assises fragiles et qu’elle pourrait vite ralentir une fois que les contributions provenant des investissements liés à l’intelligence artificielle ou des allégements fiscaux se seront essoufflées. 

Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

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