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Commentaire hebdomadaire

Dans un monde en « polycrise », la santé serait-elle le plus grand risque pour la viabilité budgétaire du Canada?

10 avril 2026
Randall Bartlett
Économiste en chef adjoint

L’aggravation des déficits prévus des gouvernements est l’une des tendances les plus frappantes à avoir émergé de la saison budgétaire provinciale de 2026. Dans certains cas, les revenus moins élevés que prévu dans le secteur des ressources ont joué un rôle important. Toutefois, le facteur déterminant reste les dépenses plus élevées que prévu, en particulier dans le domaine de la santé. Bien que les raisons de cette hausse marquée des dépenses planifiées en santé diffèrent d’une province à l’autre, la tendance est manifeste partout.

Que se passe-t-il avec le système de santé public au Canada? Les dépenses en soins de santé ont fortement augmenté pendant la pandémie de COVID‑19. Elles sont demeurées élevées depuis et n’ont toujours pas retrouvé leur tendance prépandémique (graphique 1). Même chose pour les dépenses de santé par habitant. Pendant ce temps, les dépenses publiques en santé au Canada continuent d’augmenter graduellement en proportion de l’économie, puisqu’elles progressent plus rapidement que l’économie canadienne.


Qu’est-ce qui a fait grimper les dépenses publiques en santé au Canada? L’inflation des coûts des soins de santé a joué un rôle majeur, dépassant souvent l’inflation mesurée par l’indice total des prix à la consommation (IPC) (graphique 2), une tendance qui devrait se poursuivre. Et après avoir, dans le passé, peu contribué à la hausse des dépenses publiques en santé, la croissance démographique a été un moteur important au cours des dernières années. Toutefois, cette tendance s’est inversée, la population du Canada ayant commencé à se contracter à la suite d’une forte baisse du nombre de résidents non permanents. Ainsi, la croissance démographique ne devrait pas être un facteur déterminant à l’avenir – son ralentissement pourrait même contribuer à freiner la hausse des dépenses en santé. 


Les gouvernements ont révisé à la baisse leurs prévisions de croissance démographique future et, parallèlement, revu à la hausse leurs prévisions de dépenses en santé. Il s’agit donc d’une augmentation du coût par habitant qui devrait contribuer de façon notable à la progression des dépenses en soins de santé au cours des prochaines années. Selon les données de l’Institut canadien d’information sur la santé, les dépenses publiques par habitant en santé ont dépassé leur sommet pandémique en 2023 et ont continué de progresser depuis (graphique 3).


La hausse des dépenses de santé par habitant s’explique par l’évolution démographique au Canada. L’âge moyen des Canadiens et des Canadiennes augmente, et le resserrement récent de l’immigration ne fera qu’exacerber cette tendance. Selon Statistique Canada, la part des personnes de 65 ans et plus dans la population est passée de 16,0 % en 2015 à 19,5 % en 2025 et pourrait atteindre près de 23 % d’ici 2035. L’effet sur les finances publiques passe à la fois par les dépenses et par les revenus. D’un côté, les dépenses de santé par habitant du gouvernement augmentent de façon presque exponentielle à partir de l’âge moyen (graphique 4). Avec le vieillissement de la population, la situation s’aggrave. De l’autre côté, la part des Canadiens et Canadiennes en âge de travailler et qui financent ces dépenses croissantes diminue.


C’est là le cœur du problème : les coûts de santé devraient grimper considérablement, tandis que la croissance des revenus ralentira. Comme la santé constitue la dépense la plus importante des gouvernements provinciaux, ceux-ci sont les plus à risque de voir ces coûts croissants miner leur viabilité budgétaire. Selon le Rapport sur la viabilité financière de 2024 Lien externe au site. du Bureau du directeur parlementaire du budget (DPB), la situation budgétaire de la moitié des provinces canadiennes n’était pas viable avant le retour au pouvoir du président Trump. Et bon nombre de celles dont les finances étaient viables étaient tout juste du bon côté de la ligne. Depuis, le Canada a dû composer avec les droits de douane à l’importation imposés par les États‑Unis, un choc sur les prix du pétrole et des saisons budgétaires successives qui ont vu, pour la plupart, les déficits prévus s’accroître, non diminuer.

Le Bureau du DPB Lien externe au site. a déterminé que le gouvernement fédéral, contrairement aux provinces, était dans une position financière viable (bien que de justesse) à la suite de son budget de 2025. Le Transfert canadien en matière de santé a diminué en proportion des dépenses de santé des provinces, et cette tendance devrait se poursuivre au cours des prochaines années. Les provinces demanderont donc au gouvernement fédéral de combler le manque. Mais celui-ci n’a plus la marge de manœuvre financière pour le faire tout en maintenant des perspectives d’endettement soutenables. Ainsi, il faut en faire davantage pour améliorer l’efficacité des soins de santé publics au Canada, afin de contenir les coûts dans un contexte de hausse de la demande et de capacité budgétaire limitée. Autrement, des compromis très difficiles pourraient devoir être faits.

Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

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