- LJ Valencia
Économiste
Canada : la demande intérieure a fait preuve de résilience au quatrième trimestre malgré la contraction du PIB réel
Faits saillants
- Le PIB réel a reculé à un rythme annualisé de 0,6 % au quatrième trimestre 2025. Ce résultat est inférieur au consensus des prévisionnistes (-0,2 %) et aux projections de la Banque du Canada (BdC), qui anticipait une stabilité du PIB réel. Le tableau 1 présente des détails supplémentaires sur la publication.
- À 1,7 %, la croissance du PIB réel en 2025 est tombée à son rythme le plus lent depuis la pandémie de COVID‑19, en grande partie en raison des vents contraires liés à la guerre commerciale.
- Le PIB réel mensuel a augmenté en décembre (0,2 % m/m), un résultat supérieur au consensus (0,1 %). Sur une base trimestrielle, le PIB réel par industrie a reculé de 0,5 % en variation trimestrielle annualisée au quatrième trimestre.
- Statistique Canada prévoit que le PIB réel par industrie sera globalement inchangé en janvier 2026, les hausses dans l’extraction de pétrole et de gaz et dans les secteurs de la finance et des assurances étant partiellement contrebalancées par des baisses dans la fabrication et les services immobiliers, locatifs et de location-bail.
Commentaires
La baisse du PIB réel au quatrième trimestre de 2025 a été menée par un déstockage marqué des inventaires non agricoles, principalement dans les secteurs de la fabrication et du commerce de gros (graphique 1).
L’activité commerciale a progressé durant le trimestre : les exportations ont nettement avancé (6,1 %) grâce à la hausse des expéditions d’or et d’aluminium. Cela dit, sur l’ensemble de 2025, les exportations ont diminué (-1,7 %), les livraisons vers les États‑Unis ne s’étant pas redressées complètement après l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs américains au premier trimestre de 2025. À l’inverse, les importations ont augmenté de 1,0 % en 2025, principalement en raison de l’acquisition accrue d’ordinateurs, de vêtements, de chaussures et de minerais métalliques.
L’investissement réel s’est accéléré au quatrième trimestre (3,3 % t/t annualisé), porté par la hausse marquée des dépenses d’investissement publiques (20,4 %), le Canada poursuivant l’achat de systèmes d’armes afin de respecter ses cibles auprès de l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Par ailleurs, la contribution de l’investissement public à la croissance du PIB réel a affiché son rythme le plus élevé depuis le troisième trimestre de 2009 (0,8 %). L’investissement en machines et matériel a également progressé, les achats d’équipement informatique et de logiciels reflétant la tendance observée aux États‑Unis tout au long de 2025. À l’opposé, l’investissement résidentiel a diminué (-4,4 %), l’activité ayant reculé dans le marché de la revente, les rénovations et la construction neuve.
Les dépenses des ménages ont augmenté durant le trimestre (1,7 % t/t annualisé), sous l’impulsion de dépenses plus élevées en loyers et en services. Globalement, la demande intérieure a rebondi avec un solide gain de 2,4 %. La demande intérieure demeure toutefois volatile : elle n’a progressé que de 1,4 % en variation annuelle, un rythme que l’on n’avait pas vu depuis 2023, lorsque l’économie composait avec des hausses de taux. Cela dit, le ralentissement de la croissance démographique joue aussi un rôle, et la demande intérieure se trouve sur des fondations plus solides par habitant. En effet, la croissance du PIB réel par habitant est demeurée nulle au quatrième trimestre malgré la baisse du PIB réel global, la population du Canada ayant diminué (graphique 2).
La rémunération des salariés a ralenti à 2,1 % en variation trimestrielle annualisée au quatrième trimestre. Le taux d’épargne a légèrement reculé à 4,4 %, sous l’effet de revenus de travail et de revenus de placements plus faibles. Enfin, les profits des sociétés ont progressé à un rythme plus lent au quatrième trimestre (7,6 %), les gains dans le secteur minier ayant été contrebalancés par la faiblesse dans le secteur de l’énergie.
Implications
Dans l’ensemble, l’économie a fait preuve de résilience au quatrième trimestre, malgré la contraction du PIB réel global. Nos estimations préliminaires suggèrent que la croissance du PIB réel pourrait se situer entre 1,0 % et 1,5 % à rythme annualisé au premier trimestre de 2026. C’est inférieur à la projection de la BdC de 1,8 %, publiée dans le Rapport sur la politique monétaire de janvier 2026 Lien externe au site..
La trajectoire à venir demeure toutefois incertaine. Comme l’indique notre analyse, un déroulement défavorable de la révision de l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique (ACEUM) pourrait représenter un vent contraire significatif pour 2026. Compte tenu de notre scénario de base Lien externe au site., qui ne prévoit aucune perturbation majeure découlant de la révision, et de la résilience de la demande intérieure mise en évidence dans le rapport d’aujourd’hui, nous maintenons notre point de vue selon lequel la BdC restera en retrait pendant un certain temps.
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