- Kari Norman
Économiste senior
Canada : le recul inattendu de l’emploi en février donne à la Banque du Canada une raison de rester en retrait
Faits saillants
- L’emploi au Canada a reculé en février, en baisse de 84 000 postes.
- Le taux de chômage a augmenté de 0,2 point de pourcentage pour atteindre 6,7 % au cours du mois.
- Le nombre total d’heures travaillées a diminué de 1,1 % en février par rapport au mois précédent, mais a progressé légèrement de 0,2 % sur un an. La croissance du salaire horaire moyen a augmenté de 3,9 % en variation annuelle en février.
- Le tableau présente un résumé des principaux indicateurs du marché du travail.
Commentaires
L’emploi au Canada a diminué de 84 000 en février, après un recul de 25 000 en janvier. Ensemble, ces deux baisses consécutives effacent une bonne partie de la vigueur observée dans les embauches l’automne dernier. Les pertes d’emplois ont été concentrées dans les postes à temps plein (-108 400), tandis que les emplois à temps partiel ont augmenté au cours du mois (+24 500) (graphique 1). Il s’agit de la plus forte baisse mensuelle d’emplois à temps plein depuis janvier 2009, en excluant la période pandémique. Les pertes ont été généralisées, particulièrement dans le commerce de gros et de détail (-18 000), l’information, la culture et les loisirs (-12 000) ainsi que la construction (-12 000). Le Québec Lien externe au site. a été de loin la province la plus touchée, avec une chute de 57 300 emplois (un nouveau sommet hors pandémie), et le taux de chômage y a grimpé de 0,7 point de pourcentage pour atteindre 5,9 %, tout en demeurant inférieur au sommet de 6,2 % observé en juin 2025.
La croissance du salaire horaire moyen a atteint 3,9 % en variation annuelle en février, en hausse par rapport à 3,3 % en janvier. Il s’agit du rythme le plus rapide depuis la fin de 2024. Les gains cumulés du salaire horaire, dans les secteurs tant des biens que des services, ont dépassé l’augmentation de l’indice des prix à la consommation (IPC) total depuis le début de la pandémie (graphique 2). Cela dit, l’accélération observée en février pourrait s’expliquer en partie par un effet de composition lié au recul de l’emploi.
Malgré la forte baisse de l’emploi, le taux de chômage n’a augmenté que modestement, soit de 0,2 point de pourcentage, pour atteindre 6,7 %. Cela s’explique en partie par une baisse de 0,1 point de pourcentage du taux de participation, qui s’est établi à 64,9 %, son niveau le plus faible depuis 2021. Le taux de chômage des travailleurs du principal groupe d’âge a augmenté de 0,2 point de pourcentage pour atteindre 5,7 % au cours du mois. Chez les jeunes, la progression a été beaucoup plus marquée, en hausse de 1,3 point de pourcentage pour atteindre 14,1 %. Cela survient alors même que la population de jeunes au Canada a diminué de 36 000 depuis l’été dernier.
Dans le cadre de la Journée internationale des femmes, Statistique Canada a mis en lumière l’emploi des femmes partout au pays. Le taux d’emploi des femmes en février était le plus élevé à l’Île‑du‑Prince‑Édouard et au Québec, à 86,6 % et 83,6 %, respectivement, et le plus faible en Ontario, à 78,5 %. Ces résultats concordent avec nos analyses récentes Lien externe au site. sur le rôle de l’accessibilité et de l’abordabilité des services de garde dans la participation des femmes au marché du travail.
Implications
En raison des risques de recrudescence de l’inflation liés à la hausse des prix du pétrole Lien externe au site., les attentes des marchés sont passées de baisses de taux à des hausses éventuelles au Canada. Toutefois, la faiblesse des données sur l’emploi en début d’année devrait atténuer la pression sur la Banque du Canada (BdC) afin qu’elle réagisse rapidement à ce choc d’offre très incertain et potentiellement temporaire. La BdC demeure également attentive aux risques baissiers associés à la révision de l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique Lien externe au site. (ACEUM). Ainsi, nous continuons de prévoir que la BdC maintiendra ses taux directeurs inchangés à court terme.
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