- Jimmy Jean, vice-président, économiste en chef et stratège • Marc-Antoine Dumont, économiste senior
Développements au Moyen-Orient et implications pour nos prévisions du prix du pétrole
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La situation au Moyen‑Orient demeure très instable. Les négociations entre les États‑Unis et l’Iran oscillent entre détente et regain de tensions. Les pourparlers du week-end n’ont pas permis de dégager d’avancée décisive : Washington continue de s’opposer à tout contrôle iranien du détroit d’Ormuz, tandis que Téhéran rejette toute restriction à son programme nucléaire.
Le ton s’est durci, alors que les États‑Unis ont indiqué leur intention d’interdire l’accès au détroit. La menace d’un blocus introduit un risque de perturbation supplémentaire de l’approvisionnement dans ce qui demeure la zone la plus névralgique pour les marchés énergétiques mondiaux. La stratégie semble viser à accroître la pression sur l’Iran en ciblant sa capacité d’exportation, tout en cherchant à impliquer d’autres acteurs (notamment la Chine) dans la dynamique des négociations.
Cette approche comporte toutefois un risque élevé. L’Iran dispose de multiples options de représailles, notamment via des attaques sur les infrastructures énergétiques régionales ou les routes maritimes, y compris en mer Rouge par l’intermédiaire de groupes affiliés. Toute escalade pourrait rapidement devenir difficile à contenir.
Les premières estimations suggèrent déjà une baisse de l’approvisionnement en pétrole d’environ 12 millions de barils par jour en mars. Dans ce contexte, et à la lumière des premiers constats sur les dommages matériels, notre scénario de référence préliminaire table désormais sur une perturbation plus persistante que celle envisagée dans nos Prévisions économiques et financières Lien externe au site. de mars.
Les manques à gagner en approvisionnement devraient ainsi se prolonger jusqu’à la mi‑2026 et ne seraient que partiellement compensés par les prélèvements sur les réserves stratégiques et les hausses de production ailleurs (graphique 1). Au total, nous estimons une perte d’approvisionnement cumulée d’environ 550 millions de barils au cours de l’année à venir. La production devrait se redresser graduellement, mais avec un décalage, ce qui implique une période de resserrement des stocks et de prix élevés, même en cas d’apaisement des tensions.
Dans ce contexte, nous révisons à la hausse notre trajectoire des prix du pétrole (graphique 2). Le WTI (West Texas Intermediate) atteindrait en moyenne 100 $ US le baril en avril et en mai (contre 80 $ US à 85 $ US en mars), avant de reculer progressivement vers 83 $ US le baril à la fin du troisième trimestre de 2026, 80 $ US le baril à la fin de 2026 (contre 61 $ US) et 70 $ US le baril à la fin de 2027 (contre 66 $ US).
Ces projections demeurent hautement sensibles à l’évolution du conflit et aux décisions des parties impliquées.
Néanmoins, si ce scénario se matérialise, l’inflation globale au Canada serait tirée à la hausse à court terme, même si les pressions sous-jacentes resteraient plus contenues, dans un contexte de capacités excédentaires et de marché du travail peu tendu. Côté croissance, les effets positifs liés aux termes de l’échange et à l’investissement énergétique devront être juxtaposés à l’érosion du pouvoir d’achat des ménages, la confiance plus fragile et la compression des marges dans les secteurs à forte intensité énergétique.
Dans l’ensemble, cette nouvelle trajectoire des prix du pétrole suggère un resserrement de la politique monétaire canadienne en 2027 légèrement plus précoce que prévu précédemment, sans toutefois modifier de manière significative la trajectoire d’ensemble des taux directeurs à ce stade.
Nous présenterons une mise à jour complète de nos prévisions dans nos Prévisions économiques et financières la semaine prochaine, en intégrant les plus récents développements.
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