- Kari Norman
Économiste senior
Canada : le patrimoine des ménages progresse malgré des défis persistants en matière d’endettement
Faits saillants
- Les ménages canadiens se sont enrichis au quatrième trimestre de 2025, leur valeur nette ayant augmenté de 1,3 % d’un trimestre à l’autre (+230,2 G$ pour atteindre 18 594 G$) – une neuvième hausse trimestrielle consécutive. Ce gain provient en grande partie de l’augmentation des actifs financiers (+2,5 % ou +296,9 G$). Cette progression a toutefois été partiellement contrebalancée par une hausse des passifs des ménages, notamment l’endettement hypothécaire et non hypothécaire (+1,0 % ou +33,0 G$), ainsi que par une légère baisse de la valeur de l’immobilier résidentiel (-0,4 %).
- L’emprunt des ménages a ralenti à 36,2 G$ au quatrième trimestre. Dans le détail, la demande pour les hypothèques a atteint 28,7 G$, alors que la dette non hypothécaire – incluant le crédit à la consommation – a diminué à 7,5 G$, comparativement à 10,6 G$ au troisième trimestre.
- La dette des ménages sur les marchés du crédit a dépassé 3 221,9 G$ au quatrième trimestre. Par rapport au revenu disponible, le ratio d’endettement des ménages a progressé pour un cinquième trimestre consécutif, atteignant 177,2 %, tout en demeurant inférieur au sommet historique de 188,2 % enregistré au deuxième trimestre de 2022 (graphique 1). Les ménages canadiens continuent ainsi de se démarquer comme les plus endettés du G7.
- Le ratio du service de la dette des ménages – la part du revenu disponible consacrée aux paiements de dettes – a légèrement reculé à 14,57 %, demeurant toutefois proche du sommet de 15,1 % observé au premier trimestre de 2023. Les paiements de capital hypothécaire ont augmenté pour un septième trimestre d’affilée (+1,0 %), tandis que les paiements d’intérêts hypothécaires ont diminué (-0,6 %). Le ratio du service de la dette hypothécaire seulement a légèrement fléchi à 7,8 % au quatrième trimestre, sous son sommet record de 8,2 % au premier trimestre de 2023, mais demeure élevé (graphique 2).
Commentaires
Les gains boursiers ont perdu de leur élan au quatrième trimestre de 2025 : l’indice composé S&P/TSX a progressé de 5,6 %, tandis que le S&P 500 n’a augmenté que de 2,4 %. Pour l’ensemble de l’année, le S&P/TSX a affiché une hausse robuste de 28,2 % – sa plus forte progression annuelle depuis 2009 – alors que le S&P 500 a grimpé de 16,4 %. Ces gains ont profité de manière disproportionnée aux ménages les plus fortunés, le quintile supérieur détenant toujours près des deux tiers de l’ensemble des actifs financiers. La combinaison d’un affaiblissement des revenus de placement et d’une croissance plus modérée des revenus a contribué à la baisse du taux d’épargne Lien externe au site. au quatrième trimestre, qui est passé de 5,2 % à 4,4 %. Les dépenses des ménages Lien externe au site. ont augmenté au cours du trimestre, principalement en raison de la hausse des dépenses liées au logement et aux services.
Implications
La hausse des paiements hypothécaires lors des renouvellements demeure une préoccupation majeure pour de nombreux ménages dans les prochains trimestres. Elle devrait freiner les dépenses de consommation tout en soutenant un niveau d’épargne plus élevé à court terme. Malgré les pertes d’emplois Lien externe au site. observées au début de 2026, la croissance des salaires s’est renforcée et continue de surpasser l’inflation. Comme les prix du pétrole plus élevés Lien externe au site. devraient exercer de nouvelles pressions à la hausse sur l’inflation, les marchés financiers sont passés d’anticipations de baisses de taux à la possibilité de hausses de taux au Canada. Les rendements obligataires à long terme se sont légèrement accrus en conséquence, ce qui a entraîné une hausse des coûts d’emprunt. Cela dit, la faiblesse des données sur le marché du travail en début d’année pourrait réduire la pression sur la Banque du Canada (BdC) pour qu’elle réagisse de manière préventive à ce qui pourrait s’avérer un choc d’offre temporaire, quoique très incertain. La BdC doit également tenir compte des risques baissiers associés à l’examen prochain de l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique Lien externe au site. (ACEUM). Nous continuons donc de prévoir que les taux directeurs resteront stables pour l’avenir prévisible.
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