Implications sociales

Comment deux organismes aident des femmes au quotidien

3 décembre 2021

La période des Fêtes est un moment propice à la générosité et la solidarité. Alors que 2021 a été marquée par de nombreux cas de détresse psychologique et de féminicides, nous vous présentons deux organismes soutenus par le Fonds du Grand Mouvement qui contribuent à changer les choses pour les femmes dans le besoin. Entretien avec les responsables de Transit Secours et Vide ta sacoche.

La pandémie a exacerbé la violence faite aux femmes. Renata Militzer est bien placée pour constater le malheureux phénomène. Elle dirige la succursale montréalaise de Transit Secours, un organisme qui offre dans six villes canadiennes un service de déménagement et d’entreposage gratuit pour aider les femmes victimes de violence conjugale à quitter leur agresseur.

« Elles nous sont référées par des intervenants du milieu de la santé ou des maisons d’hébergement. Grâce à nos déménageurs bénévoles, les femmes et leurs enfants peuvent sortir d’un contexte de violence sans devoir tout laisser derrière. L’augmentation de la violence basée sur le genre s’est intensifiée à travers le monde depuis le début de la pandémie. Malgré le déconfinement, les taux n’ont pas baissé. C’est une réalité inquiétante que l’ONU qualifie de “pandémie fantôme”», explique Renata Militzer.

Fondé en 2016, Transit Secours est le seul organisme à offrir un service du genre. Depuis le début de la pandémie, il a enregistré une hausse de 66 % du nombre de déménagements à l’échelle du pays. « La majorité de nos clientes sont des femmes, mais on aide toute personne qui subit de la violence . Celle-ci est présente aussi dans les unions LGBTQ+ et ces communautés sont souvent invisibilisées lorsqu'on parle de violence basée sur le genre », souligne Mme Militzer. La succursale de Montréal, qui a débuté ses opérations en septembre 2020, effectue en moyenne 12 déménagements par mois.

Redonner le pouvoir aux survivant·e·s

Dans son approche, Transit Secours s’assure que la victime, qu’elle préfère appeler survivant·e·s, soit au centre des décisions en ce qui a trait à son déménagement. « Dans une relation abusive, la personne perd beaucoup de pouvoir sur plusieurs aspects de sa vie. C’est important pour nous de lui en redonner alors qu’elle essaie de bâtir sa nouvelle vie », soutient Mme Militzer.

Une équipe de bénévoles de Transit Secours se prépare à effectuer un déménagement.

Grâce à son service, Transit Secours contribue à réduire le stress financier lié au déménagement. « On essaie d’enlever des obstacles qui risquent de rendre encore plus difficile la décision de quitter un milieu toxique, dit Mme Militzer. En plus de l’impact financier de devoir laisser ses meubles et ses effets derrière, il y a l’impact émotif, notamment sur les enfants quand ils doivent laisser leurs jouets derrière eux. Nos équipes sont souvent accompagnées par des services de sécurité ou par la police, ce qui permet aux clientes d’aller chercher leurs effets de façon sécuritaire. Ceci est très important car c’est pendant la période de séparation, au moment où la femme décide de quitter son agresseur, qu’elle est le plus à risque de violence accrue pouvant aller jusqu’au féminicide. »

Un peu de douceur au milieu du chaos

De son côté, Vide ta sacoche s’est donné comme mission d’apporter un peu de douceur aux personnes vulnérables en leur faisant don d’un sac cadeau rempli de produits essentiels, comme du savon et du dentifrice, mais aussi des crèmes hydratantes et du maquillage.

« Il faut du courage pour sortir d’un milieu violent. Quand les femmes arrivent en maison d’hébergement, on veut leur démontrer notre soutien en leur offrant un peu de réconfort avec ces produits. Une façon de leur dire qu’elles ont le droit de prendre soin d’elles », explique Marie-Anik Shoiry, fondatrice et directrice générale de l’organisme.  


Marie-Anik Shoiry, fondatrice et directrice générale de Vide ta Sacoche
Crédit - Audet photo

Créé en 2018, Vide ta sacoche a été incorporé en OBNL au début de 2020. Axé sur l’économie circulaire, l’organisme sollicite fabricants et distributeurs pour récupérer les surplus d’inventaire. « On ne prend que les produits non utilisés qui autrement seraient mis à la poubelle ou laissés à l’abandon dans un entrepôt, précise Mme Shoiry. On récupère également les produits d’hygiène auprès de la population en plus de recevoir des dons en argent qui nous permettent d’acheter ce dont on a besoin pour compléter les sacs cadeaux. »

Demande et coûts d’opération en hausse

En plus de complexifier la distribution en maison d’hébergement en raison des règles sanitaires, la pandémie a aussi créé de nouveaux besoins à combler. « Au début de la crise sanitaire, la demande a augmenté pour la crème pour les mains en raison de l’utilisation accrue de désinfectant. On a alors lancé un appel à tous. La population pouvait déposer les produits dans un bac à l’extérieur des bureaux de l’organisme pour éviter les contacts. », raconte Mme Shoiry.

Transit Secours a dû pour sa part absorber une augmentation du coût des déménagements qui est passé de 200 $ à près de 300 $ en raison des frais supplémentaires pour la location du véhicule et l’entreposage. L’organisme finance ses activités par les dons en argent de particuliers et d’entreprises et aussi par des dons en nature sous forme de services de location de camions, d’espaces d’entreposage ou d’agences de sécurité.

Objectif : en faire encore plus

Les deux organismes caressent plusieurs projets de développement pour accroître leur aide aux femmes violentées. Grâce à l’appui de Desjardins, Vide ta sacoche s’apprête à acheter un véhicule qui servira d’unité mobile. « Cela va nous permettre de nous déplacer avec un inventaire de produits pour que les femmes puissent choisir ceux qui correspondent à leurs goûts et leurs besoins, explique Marie-Anik Shoiry. Dans une deuxième phase, cela nous permettrait aussi d’offrir des soins que ce soit de manucure ou de maquillage pour continuer de faire une différence positive dans la vie de ces femmes. »

Marie-Anik Shoiry et l’équipe de son conseil d’administration

La directrice générale aimerait également étendre la portée de l’organisme. En plus de la Capitale-Nationale, Vide ta sacoche dessert les régions de Chaudière-Appalaches, Mauricie, Montérégie, Montréal, etc. « On aimerait se déployer à la grandeur de la province, affirme Mme Shoiry. Il nous faudrait toutefois plus de ressources. Actuellement, on emploie une personne à temps partiel en plus de dizaines de bénévoles. » Sur un horizon plus court, l’organisme mène actuellement sa grande collecte annuelle qui devrait lui permettre de livrer 1 000 sacs cadeaux pour le temps des Fêtes.

Transit Secours souhaite aussi agrandir son territoire limité actuellement à la grande région métropolitaine. L’organisme veut également accroître le nombre de déménagements afin d’augmenter sa capacité d’intervention. « Actuellement, les client·e·s doivent attendre entre six à huit semaines pour obtenir nos services, explique Mme Militzer. On peut parfois les aider de façon plus rapide en situation d’urgence, mais on aimerait raccourcir les délais pour l’ensemble de nos client.e.s et pouvoir offrir des services à plus de personnes. Nous savons que nous ne répondons qu’à un petit pourcentage du besoin réel au Québec. »

Continuer malgré tout

Les deux dirigeantes ne se laissent pas abattre par l’ampleur des besoins liés au phénomène de la violence domestique. « J’aime à penser que chaque fois qu’on aide une femme et ses enfants à déménager, on vient d’aider une famille à se construire une vie meilleure, affirme Renata Militzer. Une personne à la fois, on apporte un morceau au casse-tête. »

Pour Marie-Anik Shoiry, ce sont les témoignages de femmes qui lui donnent le carburant nécessaire pour continuer. « Un qui m’a particulièrement touché, c’est celui d’une femme qui s’est mise à pleurer quand on lui a remis le sac de produits parce qu’elle n’avait jamais reçu de cadeau de sa vie. Savoir que l’on peut contribuer de façon positive à la démarche courageuse de ces femmes qui veulent reprendre le contrôle de leur vie, c’est notre paie », confie-t-elle.


À l’approche de 2022, que peut-on vous souhaiter ?

« Que l’on continue de parler de la violence basée sur le genre. On en parle plus depuis la pandémie et il faut poursuivre la discussion. Aussi que les gens se sentent motivés et inspirés de faire leur part. Parmi nos bénévoles, on compte plusieurs hommes. Eux aussi font partie de la solution à ce problème complexe. » - Renata Militzer

« Il faut qu’il y ait plus de ressources, tant pour les victimes que pour les hommes violents. L’éducation est aussi importante. Les jeunes doivent être sensibilisés à ce qui est acceptable ou non dans une relation de couple. Et tous, nous devrions apprendre à détecter les signes de violence et s’outiller pour intervenir avant l’irréparable, incluant dans les milieux de travail.1 » - Marie-Anik Shoiry


POUR APPROFONDIR LE SUJET


1Desjardins a récemment pris l’initiative d’endosser pleinement son rôle d’allié en s’associant avec le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale pour ainsi devenir le premier employeur au Québec à obtenir cette certification.