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Études régionales

Région administrative du Centre-du-Québec

4 juin 2026
Maëlle Boulais-Préseault
Économiste senior

Faits saillants

  • L’incertitude découlant du conflit commercial entre le Canada et les États‑Unis continue de freiner l’activité économique dans le Centre‑du‑Québec, en particulier dans le secteur manufacturier et les industries liées à la filière batterie.
  • Le marché du travail demeure relativement solide, avec un taux de chômage parmi les plus faibles au Québec, bien qu’un léger affaiblissement soit attendu à court terme en raison du ralentissement de certains secteurs.
  • Le secteur de l’habitation continue de bien performer dans la région, du côté tant de la construction résidentielle que de l’activité sur le marché de la revente. Le marché locatif reste toutefois tendu, caractérisé par un faible taux d’inoccupation et une croissance soutenue des loyers.
  • Après plusieurs années de forte progression, les investissements ont reculé en 2025, mais la présence de projets publics et privés d’envergure devrait soutenir l’activité économique et les perspectives de croissance à moyen terme.


Principaux indicateurs économiques



Enjeux régionaux et perspectives

  • L’incertitude économique entourant le conflit commercial entre le Canada et les États‑Unis continue de freiner l’activité dans la région. Le secteur manufacturier, de même que les nombreux investissements liés à la filière batterie, y sont particulièrement exposés. Toutefois, en raison de l’exemption accordée aux produits conformes à l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique (ACEUM), l’incidence globale des tarifs douaniers américains apparaît moins importante que prévu pour l’économie régionale. La révision de cet accord demeure néanmoins un facteur déterminant pour les décisions stratégiques des entreprises. Malgré ces protections, les tarifs sectoriels, qui offrent peu d’exemptions, touchent directement plusieurs produits fabriqués dans la région et fragilisent la résilience de l’économie régionale. En matière de vulnérabilité, le Centre‑du‑Québec se situe dans la moyenne provinciale. L’intensité des tarifs appliqués aux produits régionaux exportés vers les États‑Unis est comparable à celle observée ailleurs au Québec, bien qu’elle reste supérieure à celle des autres provinces canadiennes.
  • Le secteur manufacturier occupe une place centrale dans l’économie régionale, représentant plus du quart du PIB. Les tarifs visant les produits dérivés de l’acier et de l’aluminium ont par ailleurs des répercussions étendues sur plusieurs industries. Par exemple, une part de la machinerie exportée vers les États‑Unis utilise des intrants métalliques, les exposant indirectement au tarif de 25 % appliqués à ceux‑ci. Or, la fabrication de machines constitue un pilier important de l’économie du Centre‑du‑Québec. De plus, un décret présidentiel signé en avril 2026 risque d’accentuer ces pressions. Alors qu’auparavant, seuls les intrants métalliques étaient tarifés, un tarif de 25 % s’applique désormais à la valeur totale de certains produits exportés ayant une composition métallique. Cette mesure pourrait entraîner un recul plus marqué des exportations et toucher un plus grand nombre d’entreprises régionales. Malgré ces défis, l’économie du Centre‑du‑Québec fait preuve de résilience depuis le début du conflit et profite d’une bonne diversité au sein de ses sous‑secteurs manufacturiers. Sa croissance devrait donc demeurer supérieure à la moyenne provinciale.
  • Sur le plan du marché du travail, l’emploi total a progressé en 2025 dans la région, malgré la forte exposition au secteur manufacturier, qui regroupe près du quart des emplois. En revanche, l’emploi dans la construction a fortement reculé (graphique 3), notamment en raison de l’achèvement ou de la mise sur pause de certains projets industriels. Ce ralentissement devrait se poursuivre en 2026. La Commission de la construction du Québec anticipe une baisse d’environ 8 % des heures travaillées dans la région, en partie attribuable à la fin du chantier de l’usine de composantes de batteries d’Ultium CAM en 2025. Certains projets actuellement suspendus, comme celui de Nemaska Lithium, pourraient toutefois reprendre en cours d’année, ce qui stimulerait la demande de main‑d’œuvre. Par ailleurs, la vigueur de la construction résidentielle soutient toujours l’activité dans le secteur. Le taux de chômage demeure parmi les plus faibles au Québec, bien qu’une légère hausse soit attendue d’ici la fin de 2026, en raison d’un affaiblissement temporaire de la demande de main‑d’œuvre, particulièrement dans les entreprises dépendantes du marché américain.

  • Cette augmentation devrait toutefois être de courte durée. Le ralentissement démographique anticipé à partir de 2027 devrait exercer une pression à la baisse sur le taux de chômage, en raison d’un recul de la population active. Le vieillissement de la population, combiné à la diminution de l’immigration, réduit le bassin de travailleurs disponibles. Les mesures visant à limiter le nombre de résidents non permanents continueront également de freiner la croissance démographique (graphique 4). Cela dit, le Centre‑du‑Québec bénéficie d’un solde migratoire interrégional positif, ce qui atténue en partie ces pressions, sans toutefois éliminer les défis de recrutement, particulièrement pour les travailleurs spécialisés.

  • Par ailleurs, le développement de la filière batterie se poursuit dans la région, bien que ses perspectives soient assombries par l’incertitude entourant la demande de véhicules électriques en Amérique du Nord. Plusieurs projets ont été ralentis, suspendus ou annulés au cours de la dernière année en raison d’un contexte économique moins favorable. Certains investissements se poursuivent néanmoins, ce qui permet à la région de maintenir un niveau d’investissement supérieur à sa moyenne historique, contribuant ainsi à soutenir l’activité économique. Une hausse des prix de l’énergie ainsi que le retour de mesures incitatives à l’achat de véhicules électriques pourraient favoriser une reprise graduelle du secteur.
  • Le marché de l’habitation affiche également une performance robuste. Les mises en chantier ont bondi de plus de 20 % en 2025, notamment à Drummondville et à Victoriaville. Cette dynamique s’est maintenue au premier trimestre de 2026, avec une croissance supérieure à la moyenne provinciale, tendance qui devrait se poursuivre au cours de l’année (graphique 5). Le marché de la revente demeure également dynamique, avec une hausse soutenue des transactions et des prix au début de 2026. Le marché locatif reste cependant tendu. Bien qu’en légère hausse, le taux d’inoccupation demeure inférieur à 2 %. Les loyers continuent d’augmenter à un rythme plus rapide que la moyenne provinciale, pour une quatrième année consécutive (graphique 6). La multiplication des projets locatifs devrait contribuer à atténuer les pressions, même si les nouvelles unités se louent généralement à des prix plus élevés. Enfin, le ralentissement démographique prévu à court terme devrait modérer la demande et favoriser une stabilisation graduelle du marché.



Investissements

  • Les investissements dans le Centre‑du‑Québec ont reculé d’environ 17,8 % en 2025, après quatre années consécutives de forte croissance. Cette diminution s’explique principalement par un repli du secteur privé, en raison de nombreux projets interrompus ou reportés, notamment dans la filière batterie (graphique 7). Bien que les hausses observées au cours des années précédentes aient largement dépassé la moyenne provinciale, la contraction récente s’inscrit à contre-courant de celle‑ci (graphique 8). L’incertitude persistante entourant les relations commerciales entre le Canada et les États‑Unis pourrait continuer de peser sur les décisions d’investissement des entreprises à court terme.


  • Malgré ce ralentissement, plusieurs projets devraient soutenir la croissance économique régionale au cours des prochaines années. Le gouvernement du Québec prévoit notamment des investissements totalisant 288 M$ dans le réseau routier du Centre‑du‑Québec pour la période 2026‑2028. Ces travaux comprennent l’asphaltage de la route 116 à Plessisville, la reconstruction du pont de la route 265 au-dessus de la rivière Bécancour, à Notre‑Dame‑de‑Lourdes, ainsi que celle du pont du rang Saint‑Jacques au-dessus de la Petite rivière du Chêne, à Sainte‑Sophie-de‑Lévrard. Le projet d’élargissement et de réaménagement de l’autoroute 55 entre Bécancour et Sainte‑Eulalie se poursuivra également.
  • Par ailleurs, la Société immobilière Gentilly prévoit réaliser une série de projets totalisant 120 M$ sur trois ans. Ceux‑ci comprennent la construction d’une résidence pour aînés, d’un complexe d’hébergement corporatif, l’agrandissement du centre commercial existant ainsi que la construction de cinq immeubles résidentiels, tous situés à Bécancour. Enfin, le projet de nouvel hôpital de Drummondville a été inscrit au Plan québécois des infrastructures. Destiné à remplacer l’hôpital Sainte‑Croix, il en est encore à l’étape de l’élaboration du dossier d’opportunité. Les coûts totaux et l’échéancier de réalisation demeurent donc à préciser.


Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

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