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Études régionales

Région administrative de l’Outaouais

8 juillet 2026
Maëlle Boulais-Préseault
Économiste senior

Faits saillants

  • L’incertitude commerciale découlant de la situation avec les États‑Unis freine l’économie régionale, malgré une faible dépendance à l’industrie manufacturière. Toutefois, certaines municipalités régionales de comté (MRC) restent vulnérables, notamment en raison du poids de l’industrie forestière, affectée par les tarifs sectoriels.
  • La forte présence de la fonction publique fédérale soutient l’économie, mais les compressions budgétaires et les réductions d’effectifs ont déjà commencé à affaiblir le marché du travail et à peser sur la croissance régionale.
  • Le marché immobilier est en phase d’ajustement, avec un recul marqué des mises en chantier et une croissance plus modérée des prix en 2025. Les loyers montrent des signes de stabilisation en 2026, mais l’abordabilité demeure un enjeu clé pour l’attraction de la main-d’œuvre.
  • Les investissements ont fortement reculé en 2025, en raison de l’incertitude économique et des compressions budgétaires des gouvernements. Les projets publics et certaines initiatives structurantes devraient toutefois soutenir une reprise graduelle à moyen terme.


Principaux indicateurs économiques



Enjeux régionaux et perspectives

  • L’incertitude entourant la situation commerciale entre le Canada et les États‑Unis freine l’activité économique en Outaouais, en affectant les échanges, ainsi que la confiance des entreprises et des consommateurs. Néanmoins, le secteur manufacturier ne représente qu’une faible part de l’économie régionale. L’Outaouais se distingue d’ailleurs comme la région où la proportion de biens manufacturés exportés vers les États‑Unis est la plus faible, la majorité de ces exportations étant également exemptée de tarifs douaniers en vertu de l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique (ACEUM).
  • Il convient toutefois de souligner que l’industrie forestière occupe une place importante dans plusieurs MRC de l’Outaouais. Celles-ci pourraient donc subir les contrecoups des tarifs sectoriels imposés sur le bois d’œuvre et les produits du bois. Certaines scieries et d’autres acteurs de l’industrie forestière choisissent d’ailleurs de suspendre temporairement leurs activités en attendant un contexte économique plus favorable et prévisible.
  • De plus, l’importante présence de la fonction publique fédérale, avec plus du quart des emplois qui y sont concentrés, contribue habituellement à atténuer les ralentissements économiques dans la région et à protéger le marché du travail de l’Outaouais des cycles économiques. Toutefois, les compressions budgétaires et les réductions d’effectifs envisagées par le gouvernement fédéral commencent à fragiliser cet équilibre. En effet, le gouvernement fédéral a annoncé son intention de réduire ses dépenses au cours des prochaines années, ce qui devrait entraîner des suppressions de postes dans plusieurs ministères. Une part importante de ces réductions devrait se faire par attrition, c’est-à-dire par le non-remplacement des départs à la retraite. Les perspectives d’emploi pourraient néanmoins être moins favorables pour les nouveaux diplômés. Cette situation risque de peser davantage sur l’activité économique alors que la fonction publique représente près du tiers du PIB de l’Outaouais.
  • Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de constater que le nombre d’emplois a diminué dans la région en 2025 (graphique 3), tandis que le taux de chômage a augmenté, demeurant supérieur à celui observé à l’échelle provinciale. Dans un environnement marqué par le ralentissement économique, les embauches devraient rester modérées et le taux de chômage pourrait continuer de progresser d’ici la fin de 2026. Les perspectives d’emploi pour les prochaines années demeurent ainsi étroitement liées aux décisions du gouvernement fédéral en matière d’effectifs. La région de Gatineau–Ottawa cherche toutefois à diversifier son économie en misant sur des secteurs en émergence. Elle abrite déjà plus de 300 entreprises dans les domaines de la défense, de l’aérospatiale et de la sécurité, en plus du siège social du ministère de la Défense nationale. Elle dispose ainsi d’un fort potentiel pour se positionner comme un carrefour d’innovation en défense au Canada, ce qui pourrait attirer jusqu’à 3 G$ d’investissements dans la région.

  • Il sera donc primordial pour l’Outaouais d’attirer de nouveaux travailleurs qualifiés afin de combler les nouveaux besoins. Or, la croissance démographique devrait ralentir au cours de la prochaine année, notamment en raison de la diminution du nombre de résidents non permanents (graphique 4). La hausse des prix de l’immobilier, tant sur le marché locatif que sur celui de la propriété, contribue également à atténuer la migration interprovinciale, qui avait été particulièrement dynamique au cours des dernières années. Bien que le taux de chômage demeure supérieur à la moyenne provinciale et que l’embauche au sein de la fonction publique fédérale ralentisse, une faible croissance démographique n’est pas sans conséquence pour le marché du travail. Une reprise de l’activité économique pourrait rapidement raviver les difficultés de recrutement.

  • Pour ce qui est de l’habitation, malgré une certaine reprise depuis le début de 2026, le marché immobilier en Outaouais a progressé plus lentement que dans le reste du Québec en 2025. Les mises en chantier ont reculé de 42 % en 2025, freinées par les coûts de construction élevés. Les transactions et le prix moyen ont également connu une croissance plus modeste qu’ailleurs dans la province, ce qui s’est poursuivi lors du premier trimestre de 2026. Cette reprise devrait continuer tout au long de 2026, malgré le ralentissement démographique, en raison de la demande refoulée qui demeure fortement présente. Du côté des mises en chantier, plusieurs mesures sont actuellement mises en place par la Ville de Gatineau afin de stimuler la construction résidentielle. Une hausse sur l’ensemble de l’année est ainsi prévue, bien qu’elle soit limitée par des taux d’inoccupation déjà élevés (graphique 5).

  • Les loyers ont continué d’augmenter l’an dernier, notamment dans la ville de Gatineau, où leur croissance a eu tendance à dépasser celle d’Ottawa depuis 2020 (graphique 6). Cela dit, les niveaux des loyers demeurent toujours légèrement inférieurs à Gatineau, ce qui continue d’attirer des résidents en provenance de l’Ontario, malgré un ralentissement de la migration interprovinciale au cours des deux dernières années. Les données du début de 2026 pointent toutefois vers une légère baisse des loyers demandés pour les logements disponibles. Les unités neuves, en particulier, affichent des loyers plus élevés en raison des coûts de construction récents, mais la demande pour ces logements commence à s’essouffler. Une amélioration de l’abordabilité demeure essentielle pour attirer les talents nécessaires au développement économique de la région de l’Outaouais.

  • Malgré les difficultés auxquelles sont confrontées l’industrie forestière et la fonction publique, la croissance économique de l’Outaouais devrait dépasser la moyenne provinciale au cours des deux prochaines années. La plus faible présence du secteur manufacturier, et donc la moindre exposition aux tarifs douaniers, favorisera une croissance plus vigoureuse. L’incertitude liée à l’évolution de l’ACEUM demeure toutefois présente à l’échelle de la province et continue d’affecter les entreprises de la région.

Investissements

  • Les investissements en Outaouais devraient avoir diminué de 27 % en 2025, après une hausse de 6 % en 2024. Les investissements tant publics que privés ont reculé dans la région (graphique 7). À l’inverse, ceux à l’échelle du Québec ont légèrement progressé de 1,1 % en 2025 (graphique 8). Les investissements des entreprises sont vraisemblablement affectés par les niveaux élevés d’incertitude liés à la situation commerciale avec les États‑Unis. 


  • Du côté des investissements publics, plusieurs projets d’infrastructures sont toutefois en cours ou annoncés. Le gouvernement du Québec prévoit consacrer 195 M$ au réseau routier régional pour la période 2026‑2028. Ces travaux incluent notamment la construction d’une nouvelle bretelle et le réaménagement de l’échangeur de l’autoroute 50 et de la montée Paiement, à Gatineau, l’asphaltage d’une portion de la route 301 à Otter Lake, ainsi que des travaux de réfection de la chaussée sur la route 105 dans plusieurs municipalités, dont Kazabazua, Maniwaki, Bois‑Franc et Low.
  • Par ailleurs, la Ville de Gatineau investit également dans la modernisation de l’usine de production d’eau potable du secteur Gatineau. Ces travaux, évalués à 143 M$, ont débuté en 2025 et devraient se poursuivre jusqu’en 2027. Enfin, le projet de nouvel hôpital à Gatineau, envisagé sur le site du Centre Asticou, demeure à l’étape de planification.
  • À plus long terme, un projet structurant récemment annoncé est la revitalisation de la Place Cartier à Gatineau, représentant un investissement estimé à près de 1,3 G$. Bien que les échéanciers précis restent à déterminer, la première des deux phases devrait s’échelonner sur une période d’environ 15 ans.


Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

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