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Études régionales

Région administrative du Saguenay–Lac-Saint-Jean

23 juillet 2026
Maëlle Boulais-Préseault
Économiste senior

Faits saillants

  • L’économie régionale demeure vulnérable aux tensions commerciales avec les États‑Unis, en particulier en raison du poids de l’aluminium et de la première transformation des métaux. Malgré les exemptions prévues par l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique (ACEUM) et les efforts de diversification des marchés, les nouveaux tarifs américains continuent de représenter un risque pour les exportations et les investissements.
  • Le marché du travail demeure relativement vigoureux, avec un taux de chômage inférieur à la moyenne québécoise. Toutefois, le vieillissement de la population, le recul de la population active ainsi que les difficultés d’attraction et de rétention de la main-d’œuvre pourraient limiter la réalisation des nombreux projets attendus au cours des prochaines années.
  • Le secteur de la construction résidentielle montre des signes de reprise après un ralentissement en 2025, alors que les mises en chantier et les permis de construire progressent rapidement. Combinée à un marché immobilier encore dynamique et à un faible taux d’inoccupation des logements, cette tendance devrait soutenir l’activité économique à court terme, même si les pressions démographiques pourraient freiner la demande à plus long terme.


Principaux indicateurs économiques



Enjeux régionaux et perspectives

  • L’économie du Saguenay–Lac‑Saint‑Jean compte parmi les plus vulnérables aux tensions commerciales entre le Canada et les États‑Unis. Jusqu’à maintenant, les répercussions ont été moins graves qu’anticipé, notamment grâce aux nombreuses exemptions accordées aux produits canadiens conformes à l’ACEUM. Toutefois, plusieurs droits de douane sectoriels continuent de toucher directement des activités fortement implantées dans la région. Les fabricants de métaux primaires, en particulier les producteurs d’aluminium, ainsi que l’industrie des produits forestiers demeurent particulièrement vulnérables aux mesures protectionnistes américaines. La première transformation des métaux constitue d’ailleurs le principal sous-secteur manufacturier de la région sur le plan de la contribution économique, ce qui explique en grande partie cette vulnérabilité accrue.
  • Dans le cas de l’aluminium, les alumineries québécoises bénéficient d’un avantage relatif, les possibilités de substitution étant limitées pour les acheteurs américains. Malgré cela, le tarif effectif demeure élevé, avoisinant 50 %. Face à cette situation, plusieurs entreprises ont décidé de diversifier leurs marchés d’exportation, notamment vers l’Europe, afin d’accroître leur résilience. Cette stratégie demeure toutefois plus difficile à mettre en œuvre pour les petites entreprises, nombreuses dans le secteur, alors qu’elle est davantage à la portée des grands producteurs. L’évolution du conflit commercial continuera néanmoins de déterminer l’ampleur du choc économique subi par la région en 2026. À cet égard, les discussions entourant la révision de l’ACEUM, qui se poursuivent pour une autre année, devraient exercer une influence importante sur les décisions d’investissement et les stratégies d’affaires des entreprises régionales.
  • Les pressions pourraient aussi s’accentuer à la suite d’un décret présidentiel signé en avril 2026. Alors qu’auparavant, seuls les intrants métalliques étaient visés par les tarifs douaniers, une surtaxe de 25 % s’applique désormais à la valeur totale de certains produits exportés contenant du métal. Cette mesure risque d’entraîner un recul plus marqué des exportations et de toucher un plus grand nombre d’entreprises régionales. Malgré ce contexte incertain, plusieurs projets d’investissement majeurs demeurent en cours. C’est notamment le cas du déploiement de la technologie ELYSIS, soutenu par un investissement de plus de 500 M$ de Rio Tinto Alcan et du gouvernement fédéral, qui vise la production d’aluminium à faible empreinte carbone et à forte valeur ajoutée. Bien que ce projet évolue dans un environnement commercial plus incertain, les perspectives à long terme pour l’aluminium restent favorables. Les échanges commerciaux nord-américains liés à ce métal ont ralenti récemment, mais l’aluminium continue de jouer un rôle essentiel dans plusieurs secteurs stratégiques, dont la défense, l’aérospatiale et l’automobile. La demande devrait donc demeurer soutenue au cours des prochaines années.
  • Parallèlement, le secteur minier poursuit son expansion avec le développement de la mine Lac à Paul d’Arianne Phosphate et du projet de First Phosphate, reposant sur le gisement Bégin–Lamarche. L’émergence d’une filière régionale du phosphate constitue un important levier de diversification économique, à un moment où certains secteurs traditionnels éprouvent davantage de difficultés. C’est notamment le cas de l’industrie forestière, confrontée à une combinaison de défis liés aux tarifs douaniers, à la faiblesse de certains marchés et à un contexte opérationnel plus complexe. Plusieurs scieries et entreprises forestières ont d’ailleurs procédé à des fermetures temporaires ou à des réductions de production dans l’attente d’un contexte plus favorable, ce qui devrait freiner la croissance économique régionale en 2026. À l’inverse, l’industrie touristique poursuit sa progression. Des investissements de près de 6 M$, répartis entre plus de 30 projets, contribueront à bonifier l’offre touristique régionale et à renforcer l’attractivité du Saguenay–Lac‑Saint‑Jean auprès des visiteurs.
  • Sur le marché du travail, l’emploi a progressé sur l’ensemble de 2025, mais un recul a été observé au cours de la première moitié de 2026 par rapport à la même période un an plus tôt. À ce jour, les secteurs manufacturiers liés à la première transformation des métaux et à la transformation du bois ne présentent toutefois pas de pertes d’emplois significatives (graphique 3). Les heures travaillées dans l’industrie de la construction devraient néanmoins diminuer en 2026 en raison de l’achèvement de plusieurs chantiers d’envergure, notamment celui de l’usine AP60 de Rio Tinto Alcan à Jonquière ainsi que celui du nouveau bloc opératoire de l’hôpital de Dolbeau‑Mistassini. En l’absence de projets de construction d’une ampleur comparable à court terme, l’activité dans le secteur devrait temporairement ralentir. Le taux de chômage demeure inférieur à la moyenne québécoise, s’établissant à 4,0 % en juin 2026, comparativement à 4,5 % sur l’ensemble de l’année 2025. Cette situation devrait persister à moyen terme, compte tenu du recul de la population active amorcé en 2025 et appelé à se poursuivre au cours des prochaines années (graphique 4). Le vieillissement démographique, combiné à un ralentissement de l’immigration, contribue à réduire le bassin de travailleurs disponibles. Les difficultés à attirer et à retenir de nouveaux travailleurs accentuent également cette tendance. Les pénuries de main-d’œuvre touchent particulièrement les métiers spécialisés, ce qui pourrait limiter la réalisation de certains projets industriels et d’infrastructures.

  • Les besoins en main-d’œuvre devraient toutefois demeurer élevés au cours de la prochaine décennie. Outre le projet éolien d’Hydro‑Québec, dont les investissements pourraient atteindre près de 9 G$, plusieurs projets d’expansion et de modernisation sont prévus ou déjà en cours chez Rio Tinto. L’augmentation annoncée des dépenses militaires pourrait également générer des retombées économiques à la base de Bagotville. Dans ce contexte, l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre représenteront l’un des principaux défis de développement économique pour la région au cours des prochaines années.
  • Du côté du marché de l’habitation, les mises en chantier ont diminué en 2025, à contre-courant de la tendance observée à l’échelle provinciale. Toutefois, un rebond de plus de 100 % a été enregistré au premier trimestre de 2026, et la progression des permis de construction laisse entrevoir la poursuite de cette reprise (graphique 5). La Ville de Saguenay a d’ailleurs multiplié les initiatives visant à faciliter le développement résidentiel, notamment en accélérant le traitement des demandes de permis. Ces mesures devraient favoriser le maintien d’un rythme élevé de mises en chantier au cours des prochains mois. Le Saguenay–Lac‑Saint‑Jean se distingue également comme l’une des rares régions du Québec où le taux d’inoccupation des logements locatifs a reculé récemment, passant de 1,5 % en 2024 à 1,3 % en 2025. Le marché de la revente demeure dynamique, avec une croissance des transactions supérieure à la moyenne provinciale au premier trimestre de 2026. À plus long terme, toutefois, la baisse anticipée de la population pourrait modérer la demande résidentielle et entraîner un ralentissement graduel de l’activité immobilière.

  • Bien que les tensions commerciales avec les États‑Unis continuent de représenter un risque important pour plusieurs secteurs stratégiques, le Saguenay–Lac‑Saint‑Jean dispose de plusieurs moteurs de croissance susceptibles de soutenir son économie au cours des prochaines années. Les investissements dans les filières de l’aluminium, du phosphate et de l’énergie contribuent à diversifier l’activité économique et à renforcer les perspectives de développement. Toutefois, dans un contexte de vieillissement de la population et de recul de la population active, la capacité d’attirer et de retenir la main-d’œuvre nécessaire à la réalisation des nombreux projets annoncés demeurera un enjeu central. La croissance économique devrait donc être légèrement inférieure à la moyenne provinciale au cours des deux prochaines années.

Investissements

  • Les perspectives d’investissement pour 2026 demeurent plutôt favorables au Saguenay–Lac‑Saint‑Jean, bien qu’elles soient assombries par l’incertitude entourant les relations commerciales entre le Canada et les États‑Unis. Les tensions tarifaires et la révision de l’ACEUM pourraient inciter certaines entreprises à reporter ou à revoir leurs projets d’investissement, particulièrement dans les secteurs tournés vers les marchés d’exportation. La région bénéficie toutefois d’un important bassin de projets en développement qui devrait continuer de soutenir l’activité économique. Ce contexte fait suite à deux années de forte progression des investissements, dont une hausse estimée à 3,1 % en 2025, après un bond de 13,5 % en 2024 (graphique 6). Pour une deuxième année consécutive, la croissance des investissements dans la région aurait d’ailleurs surpassé celle observée à l’échelle du Québec (graphique 7).


  • Malgré ce contexte, plusieurs projets d’envergure sont susceptibles de soutenir l’investissement régional au cours des prochaines années. Un projet majeur d’environ 9 G$ lié au développement de l’énergie éolienne est actuellement à l’étude par Hydro‑Québec. S’il se concrétise, il pourrait générer d’importantes retombées économiques pour la région, même si sa réalisation s’échelonnerait sur plusieurs années. Dans le secteur minier, la construction de la mine du Lac à Paul d’Arianne Phosphate représenterait un investissement de plus de 2,3 G$. Bien que l’échéancier ne soit pas encore déterminé, le projet a obtenu les autorisations requises et est prêt à passer à l’étape de la construction. Le projet de First Phosphate constitue également un investissement potentiel important, évalué à environ 675 M$. Celui-ci demeure toutefois à l’étape de l’étude de faisabilité, dont l’achèvement est prévu en 2026.
  • Du côté des investissements publics, plusieurs projets d’infrastructures d’envergure sont en cours ou prévus dans la région. Le gouvernement du Québec prévoit investir 211 M$ dans le réseau routier du Saguenay–Lac‑Saint‑Jean au cours de la période 2026‑2028. Parmi les principaux chantiers figurent la réfection du pont de la route 169 au-dessus de la rivière Métabetchouane, à la hauteur de Desbiens et de Chambord, l’asphaltage de l’autoroute 70 entre les arrondissements de Chicoutimi et de La Baie, ainsi que la reconstruction de la chaussée de la rue du Quai à Sainte‑Rose‑du‑Nord. Ce dernier projet comprend également des travaux de réfection des réseaux d’aqueduc et d’égout réalisés en partenariat avec la municipalité.
  • À Saguenay, le développement de la zone industrialo-portuaire devrait également stimuler l’activité économique régionale. Plusieurs investissements sont attendus afin d’accroître la capacité d’accueil de nouvelles industries. Le Port de Saguenay prévoit notamment investir 175 M$ dans la construction d’un boulevard et l’aménagement de terrains industriels. Les travaux doivent débuter en 2026 et se poursuivre jusqu’à la fin de 2028. À terme, ces aménagements devraient renforcer l’attractivité de la région pour de nouveaux projets industriels et contribuer à diversifier davantage sa base économique.


Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

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