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Commentaire hebdomadaire

Le tourisme intérieur comme réponse au protectionnisme américain

31 juillet 2026
Sonny Scarfone
Économiste principal

Les chiffres du PIB publiés mardi Lien externe au site. montrent que l’économie québécoise a continué de progresser modestement en avril. Malgré cette légère hausse mensuelle de 0,1 %, le niveau de production demeure inférieur de 0,5 % au sommet atteint en janvier 2025. Le conflit commercial avec les États‑Unis, la baisse de la population et la modération des dépenses publiques continuent de peser sur la croissance de la province.

Ce portrait d’ensemble masque toutefois des réalités très différentes selon les industries. Tandis que les secteurs producteurs de biens demeurent généralement sous pression, plusieurs activités de services affichent une résilience appréciable. C’est notamment le cas de l’hébergement et de la restauration ainsi que des arts, spectacles et loisirs, dont le niveau d’activité dépasse de 4 % celui observé avant le ralentissement économique des derniers trimestres (graphique 1).


Cette vigueur n’est probablement pas étrangère à la bonne tenue du tourisme intérieur. Dans un contexte où plusieurs moteurs traditionnels de l’économie québécoise montrent des signes d’essoufflement, les dépenses touristiques continuent de soutenir l’activité économique dans bon nombre de régions. Les changements récents dans les habitudes de voyage des Québécois pourraient d’ailleurs faire en sorte que la contribution de ce secteur à l’économie soit encore plus visible lorsque l’on dressera le bilan de 2026.

Les dépenses touristiques traversent moins la frontière sud

Comme nous le montrions l’an dernier Lien externe au site., un séjour effectué au Québec profite directement aux entreprises, aux travailleurs et aux gouvernements de la province. Dans ce contexte, les changements observés dans les habitudes de voyage méritent une attention particulière, puisque les dépenses touristiques demeurent une source importante d’activité pour l’économie québécoise.

Le contexte géopolitique a considérablement changé depuis le retour de l’administration américaine actuelle, et les voyages des Canadiens vers les États‑Unis ont fortement reculé. En mai 2026, le nombre de résidents canadiens revenant des États‑Unis était inférieur de 25 % à celui observé deux ans plus tôt. Au Québec, le recul atteignait encore 33 %, comparativement à environ 23 % dans le reste du Canada, ce qui laisse croire que le phénomène est particulièrement marqué dans la province.

Cette baisse n’est pas entièrement compensée par une augmentation des voyages vers d’autres destinations étrangères. Certes, les déplacements vers les pays autres que les États‑Unis ont progressé depuis 2024, tant pour les Canadiens que pour les Québécois. Toutefois, cette hausse demeure insuffisante pour contrebalancer le recul observé au sud de la frontière. Au total, le nombre de voyages internationaux demeure inférieur aux niveaux observés avant les récentes tensions commerciales (graphique 2). Une partie des sommes qui auraient normalement été dépensées à l’étranger pourrait ainsi être réallouée à l’intérieur du pays, ce qui constitue un contexte généralement favorable aux destinations touristiques canadiennes.


Quand les vacanciers restent au Québec

Pour le Québec, cette tendance présente un intérêt économique évident. Nos estimations suggèrent qu’une réaffectation vers la province du tiers des dépenses habituellement effectuées aux États‑Unis pourrait générer près de 1 G$ d’activité économique additionnelle, soutenir plus de 10 000 emplois et accroître les revenus fiscaux des gouvernements. La popularité croissante des escapades régionales, des longs week-ends et des « microvacances » laisse croire que plusieurs voyageurs pourraient désormais demeurer beaucoup plus près de chez eux, ce qui concorde avec la vigueur observée récemment dans plusieurs secteurs liés au tourisme.

Pendant ce temps, les conséquences du recul de la clientèle canadienne deviennent visibles dans plusieurs régions américaines. Certaines estimations évaluent à plusieurs milliards de dollars américains les pertes de revenus touristiques associées à cette tendance. Des destinations frontalières comme le Maine et le Michigan continuent de rapporter des baisses marquées de l’achalandage canadien. Ces dollars pourraient ainsi profiter davantage aux destinations québécoises.

Le contexte touristique de 2026 est également particulier. Entre la Coupe du Monde de la FIFA au Canada et le long parcours du Canadien de Montréal en séries éliminatoires, les occasions de dépenser en loisirs n’ont pas manqué. Comme plusieurs observateurs l’avaient souligné avant la Coupe du Monde, les retombées économiques nettes des grands événements sportifs sont souvent difficiles à mesurer, puisqu’une partie de l’activité observée découle simplement d’un déplacement de dépenses qui auraient été effectuées autrement.

Bien sûr, il serait prématuré d’attribuer les résultats touristiques du Québec exclusivement à la baisse des voyages vers les États‑Unis. Le revenu disponible des ménages, les prix, les événements spéciaux et même la météo influencent les décisions de voyage.

Les premiers résultats disponibles dressent néanmoins un portrait encourageant. Alors que l’effet de la Coupe du Monde semble surtout s’être manifesté par une hausse des prix dans certaines villes hôtes, Montréal et Québec ont continué d’afficher une demande robuste. Les deux villes ont enregistré une progression de leur taux d’occupation, tandis que la capitale nationale s’est démarquée par des gains simultanés de son taux d’occupation, de son tarif quotidien moyen et de son revenu par chambre disponible. Le cas de Montréal est quant à lui révélateur. Certains craignaient que l’absence de matchs de la Coupe du Monde, conjuguée au devancement du Grand Prix au mois de mai, n’entraîne un déplacement de l’activité touristique et culturelle vers le début de la saison estivale. Les données observées jusqu’à présent ne confirment toutefois pas ce scénario. En juin, le taux d’occupation hôtelier de Montréal a atteint près de 79 %, en hausse de 7 points de pourcentage par rapport à l’an dernier.

Dans un contexte marqué par le protectionnisme américain et par une croissance économique québécoise toujours modeste, les choix de destination ont des conséquences économiques tout aussi réelles que les choix effectués à l’épicerie. Les saisons passent, les destinations changent parfois, mais une chose demeure : lorsque les dépenses touristiques restent au Québec, leurs retombées y restent aussi.

Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

La version française de cette publication sera disponible sous peu.

NOTE AUX LECTEURS : Pour respecter l’usage recommandé par l’Office québécois de la langue française, nous employons dans les textes, les graphiques et les tableaux les symboles k, M et G pour désigner respectivement les milliers, les millions et les milliards. MISE EN GARDE : Ce document s’appuie sur des informations publiques, obtenues de sources jugées fiables. Le Mouvement Desjardins ne garantit d’aucune manière que ces informations sont exactes ou complètes. Ce document est communiqué à titre informatif uniquement et ne constitue pas une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente. En aucun cas, il ne peut être considéré comme un engagement du Mouvement Desjardins et celui-ci n’est pas responsable des conséquences d’une quelconque décision prise à partir des renseignements contenus dans le présent document. Les prix et les taux présentés sont indicatifs seulement parce qu’ils peuvent varier en tout temps, en fonction des conditions de marché. Les rendements passés ne garantissent pas les performances futures, et les Études économiques du Mouvement Desjardins n’assument aucune prestation de conseil en matière d’investissement. Les opinions et les prévisions figurant dans le document sont, sauf indication contraire, celles des auteurs et ne représentent pas la position officielle du Mouvement Desjardins.