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Commentaire hebdomadaire

Situation budgétaire au Québec : une amélioration à court terme, sur fond de contraintes durables

19 juin 2026
Sonny Scarfone
Économiste principal

Les résultats préliminaires pour l’exercice 2025‑2026 montrent une amélioration notable de la situation financière du Québec. Le déficit comptable s’établirait à 4,9 G$, soit 2,8 G$ de moins que prévu lors de la publication du budget 2026-­2027 en mars dernier (graphique 1). Cette révision favorable tient à la fois à des revenus légèrement plus élevés et, surtout, à des dépenses inférieures aux attentes, en partie attribuables à des dépenses planifiées mais non réalisées.


À première vue, ces résultats témoignent d’une certaine résilience. Les détails appellent toutefois à la prudence, surtout dans un contexte où les fondements économiques du Québec demeurent fragiles, comme le suggèrent nos plus récentes Prévisions économiques et financières. Lien externe au site.

Une amélioration largement attribuable à des facteurs ponctuels

Une part importante de l’amélioration observée semble liée à des facteurs non récurrents. Du côté des revenus, certaines composantes ont été soutenues par des conditions particulières, notamment liées aux prix des matières premières, dont l’or, ainsi qu’à des effets de point de départ macroéconomiques. D’un point de vue arithmétique, si ces conditions se maintiennent, leur contribution à la croissance des revenus deviendrait nulle. À l’inverse, un retour vers des niveaux plus normaux impliquerait un certain recul.

Du côté des dépenses, l’écart provient en bonne partie de déboursés reportés plutôt que d’économies structurelles. Le rythme de réalisation plus lent des projets d’infrastructure explique une part importante de cette situation. À cela s’ajoutent des dépenses de fonctionnement plus faibles que prévu, notamment en ce qui concerne certains crédits d’impôt et programmes d’aide financière, ainsi qu’une utilisation partielle de certaines provisions et enveloppes budgétaires. Ensemble, ces éléments contribuent de manière significative à l’écart observé (voir le Rapport trimestriel Lien externe au site.).

Autrement dit, une portion non négligeable de l’amélioration budgétaire pourrait s’estomper dans les prochains exercices, à mesure que les dépenses seront engagées et que les conditions économiques se normaliseront. Les plus importantes économies proviennent de secteurs prioritaires, comme les Affaires municipales et Habitation, ou encore l’Économie, Innovation et Énergie, où ces sommes seront probablement dépensées plus tard, compte tenu des besoins. 

Ce constat est d’autant plus important que l’économie québécoise évolue dans un environnement peu porteur. Comme le soulignent nos prévisions, la croissance demeure limitée, la faiblesse du secteur des biens persiste et les exportations sont sous pression. À cela s’ajoutent des contraintes démographiques de plus en plus marquées, qui freinent le potentiel de croissance. Les plus récentes données de Statistique Canada indiquent que la population du Québec a diminué de 25 000 personnes entre avril 2025 et avril 2026. Selon l’Enquête sur la population active, la population en âge de travailler recule à un rythme jamais observé (graphique 2).


Il convient également de rappeler que le cadre financier s’appuyait sur des hypothèses prudentes quant à l’évolution des tensions commerciales, y compris des droits de douane effectifs relativement élevés. Dans les faits, les tarifs observés ont été, pendant une bonne partie de l’exercice, environ deux fois moins contraignants qu’anticipé, ce qui a contribué à soutenir les revenus. Cette prudence demeure justifiée dans le contexte et constitue une bonne pratique budgétaire. 

Des hausses de tarifs affectant le Québec sont toutefois survenues depuis, notamment sur les produits métalliques dès avril, portant le taux effectif moyen sur nos exportations près des 10 % retenus initialement par le ministère des Finances lors du dépôt du budget en mars 2025 (graphique 3).


Une part de l’amélioration récente reflète ainsi des conditions plus favorables que prévu, qui ne sont pas nécessairement appelées à se répéter. La révision de l’ACEUM ainsi que les décisions de l’administration américaine entourant les tarifs sectoriels joueront un rôle déterminant dans l’évolution à venir. On en retient donc qu’une part importante de la surprise favorable découle d’une conjoncture plus clémente qu’anticipé et ne devrait pas être extrapolée pour minimiser les défis structurels en cours. 

Des écarts à combler toujours significatifs

Au-delà du résultat de court terme, qui couvre un exercice désormais complété, les défis du cadre financier restent entiers. Le plan de retour à l’équilibre repose encore sur des mesures largement non identifiées. Selon nos analyses Lien externe au site. du budget 2026‑2027, seule une fraction des ajustements requis a été précisée à ce jour, soit environ 20 % des mesures nécessaires pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2030.

Dans un contexte où le Québec devrait continuer de sous‑performer par rapport à la moyenne canadienne Lien externe au site., l’atteinte des cibles budgétaires repose sur des hypothèses exigeantes. La croissance des revenus pourrait être freinée par la faiblesse de l’activité économique, tandis que les pressions sur les dépenses, notamment dans les services publics, demeurent importantes.

Ainsi, malgré l’amélioration conjoncturelle du solde au dernier exercice, qui offre un meilleur point de départ, des écarts importants persistent et rappellent le caractère essentiellement structurel de l’enjeu des finances publiques. De plus, les reports de projets ne pourront se prolonger indéfiniment, alors que le déficit de maintien des actifs demeure élevé et a longtemps constitué un angle mort dans cette évaluation. Celui-ci atteindrait maintenant 45 G$, illustrant le retard d’entretien des infrastructures publiques (graphique 4). Sans constituer une dette au sens comptable, il représente néanmoins un engagement économique réel, puisque les coûts devront être assumés ultérieurement, souvent à un niveau plus élevé (voir notre note Lien externe au site. sur le sujet).


Dans un contexte de croissance modérée et de contraintes budgétaires, ce passif exercera une pression sur les finances publiques à moyen et long terme. Non pas par les charges d’intérêt, mais plutôt par ses effets sur la qualité des services et la sécurité des infrastructures. À cela s’ajoute le fait que le report de l’entretien tend à faire augmenter les coûts au fil du temps.

En résumé

Les résultats préliminaires confirment une amélioration appréciable de la situation budgétaire à court terme. Celle ci repose toutefois en grande partie sur des facteurs ponctuels, dans un contexte où l’économie québécoise demeure fragile et moins dynamique que celle du reste du Canada, comme le suggèrent nos plus récentes prévisions.

Les défis fondamentaux restent donc inchangés : des ajustements importants demeurent à identifier et les pressions structurelles, tant économiques que budgétaires, continuent de peser sur la trajectoire des finances publiques du Québec.

Dans un contexte préélectoral, les résultats récents offrent un certain répit, mais ne modifient pas la nature des arbitrages à venir.

Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

La version française de cette publication sera disponible sous peu.

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