- Jimmy Jean • Randall Bartlett • Benoit P. Durocher • Royce Mendes • Mirza Shaheryar Baig • Marc-Antoine Dumont
Tiago Figueiredo • Francis Généreux • Sonny Scarfone • Oskar Stone • Hendrix Vachon • LJ Valencia
La croissance rebondit au Canada malgré les nombreux obstacles
Faits saillants
- Nos prévisions intègrent les tarifs douaniers actuellement en place, conformément à l'état des relations commerciales canado-américaines au moment de la publication. Étant donné l'évolution rapide des négociations en cours, nous réviserons nos hypothèses au fur et à mesure que les mesures seront officialisées et que leur calendrier de mise en œuvre sera précisé.
- Les prix du pétrole évoluent toujours au gré des nouvelles liées à la situation dans le golfe Persique alors que les espoirs d’un nouvel accord s’estompent et renaissent de façon périodique. Pendant ce temps, les navires qui parviennent à traverser le détroit d'Ormuz, ainsi que ceux qui empruntent les voies de contournement, représentent un peu plus de 50 % du trafic habituel. Le marché dépend aussi d’une forte utilisation des stocks, qui s’amenuisent de plus en plus, et d’une baisse de la demande de pétrole. Les prix du baril de pétrole oscillent autour de 80 $ US depuis la mi-juillet et pourraient diminuer un peu d’ici la fin de l’année. Les incertitudes causées par le conflit avec l’Iran et la remontée de l’inflation ont toutefois amené un ralentissement de la croissance des PIB réels de plusieurs économies au printemps, notamment en Chine, au Japon et au Royaume-Uni. Le PIB réel eurolandais s’est toutefois accéléré. Les récents niveaux des indices PMI ne suggèrent pas de renversement brusque de la croissance économique mondiale.
- Aux États-Unis, le PIB réel a ralenti au deuxième trimestre, avec un gain de seulement 1,5 % à rythme annualisé. Toutefois, la baisse de cadence est surtout venue d’une diminution des stocks des entreprises et d’une autre forte croissance des importations réelles. À l’inverse, la progression trimestrielle de la demande intérieure est demeurée élevée grâce à la consommation et à l’investissement. Cela dit, la remontée des prix de l’essence au cours de l’été, la nouvelle baisse de certains indices de confiance des ménages, la faiblesse de la création d’emplois en juin et en juillet ainsi que la contre-performance des ventes au détail le mois dernier sont de moins bon augure, mais on s’attend tout de même à une assez bonne croissance du PIB réel pour l’ensemble de l’été. Après avoir dépassé les 4 % en mai, l’inflation totale a ralenti à 3,4 % en juillet et pourrait diminuer de nouveau très graduellement au cours de l’automne.
- Beaucoup de choses ont changé depuis la publication de nos dernières prévisions économiques officielles pour le Canada en juin. Après une deuxième baisse consécutive du PIB réel au premier trimestre de 2026, les données recueillies tout au long du deuxième trimestre ont indiqué un net rebond de l’activité économique. Nous prévoyons maintenant une progression trimestrielle annualisée du PIB réel de 2,8 %, comparativement à notre prévision précédente de 1,5 %. Ce chiffre s’avère aussi légèrement supérieur à la dernière projection de la Banque du Canada. Nous maintenons notre point de vue selon lequel la croissance sera également forte au troisième trimestre, car l’augmentation des transferts de revenus fédéraux en juin et en juillet a probablement stimulé les dépenses de consommation. Ce vent favorable pourrait toutefois être compensé par des investissements plus faibles que prévu du côté des entreprises, car les nouvelles menaces tarifaires américaines ont rappelé une fois de plus que les tensions commerciales ne sont toujours pas résolues. Parallèlement, le gouvernement fédéral continue d’annoncer de nouvelles dépenses et de nouveaux investissements d’envergure, ce qui devrait favoriser la croissance.
- Au Québec, les révisions des données historiques ne changent pas le portrait économique depuis juin. La croissance du PIB réel au premier trimestre reposait sur une accumulation des stocks, alors que les indicateurs sous-jacents demeuraient moins dynamiques. Les données du début du deuxième trimestre suggèrent que l'économie québécoise a crû modestement. Du côté du marché du travail, la création d'emplois reste limitée. La contraction de la population en âge de travailler abaisse néanmoins le seuil de création d'emplois nécessaire à la stabilité du marché du travail, limitant les pressions à la hausse sur le taux de chômage. Les mesures budgétaires récentes annoncées aux niveaux fédéral et provincial devraient soutenir les dépenses des ménages au cours des prochains mois. Nous prévoyons une croissance du PIB réel de 0,4 % en 2026, puis de 1,4 % en 2027, à mesure que la demande intérieure se raffermira. L'incertitude entourant le commerce avec les États-Unis pourrait toutefois continuer de peser sur l'investissement.
Risques inhérents aux scénarios
La situation géopolitique globale reste compliquée. Le principal risque pour nos scénarios demeure un conflit qui se prolonge avec l’Iran ou qui s’étend à d’autres pays. Les prix de l’énergie pourraient être encore plus élevés que ceux que nous posons comme hypothèse centrale, et les chaînes d’approvisionnement pourraient être davantage perturbées. Cela pourrait entraîner une inflation nettement plus forte ainsi qu’une détérioration marquée de la confiance des ménages et des entreprises, ce qui pourrait amener une plus faible croissance économique, voire une récession globale. Outre la situation au Moyen-Orient, les tensions demeurent élevées alors que les relations diplomatiques et économiques entre les États-Unis et les autres pays avancés sont fragiles. La possibilité que de nouvelles mesures tarifaires soient adoptées garde les tensions vives, comme le démontrent les récentes mesures annoncées envers certaines importations en provenance du Canada. Les banques centrales pourraient devoir resserrer leurs politiques monétaires si l’inflation devait s’accélérer de manière notable sous l’effet d’une contagion des prix de l’énergie plus élevés, de nouveaux tarifs douaniers ou de difficultés dans les chaînes d’approvisionnement. L’attention est aussi tournée vers les discussions relatives au cadre de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) ainsi que les élections de mi-mandat, des facteurs qui pourraient perturber la conjoncture. L’érosion de piliers institutionnels aux États-Unis pourrait inciter certains investisseurs mondiaux à réduire leur exposition aux États-Unis à un rythme accéléré ou de façon désordonnée. Une importante correction des marchés boursiers, qui ont fortement bénéficié de l’engouement pour l’intelligence artificielle, pourrait ébranler la confiance et causer un choc d’effet de richesse. De façon plus générale, un resserrement des conditions financières, découlant d'une remontée des taux obligataires à long terme, d'une réévaluation des actifs de risque ou d'un retour de la volatilité du dollar, pourrait accentuer ces phénomènes et affaiblir les perspectives de croissance de l'économie mondiale.
Scénario financier
Puisque l’économie a montré des signes de reprise plus marqués et que l’incertitude commerciale s’est légèrement dissipée, nous avons devancé notre prévision pour la prochaine hausse de taux de la Banque du Canada (BdC) au premier trimestre de 2027. Dans l’ensemble, nous nous attendons toujours à ce que les dirigeants de la BdC ne procèdent qu’à un resserrement monétaire modeste. Au sud de la frontière, les indicateurs de l’inflation fondamentale semblent ralentir, ce qui appuie notre prévision selon laquelle la Réserve fédérale (Fed) maintiendra ses taux inchangés avant d’annoncer une seule baisse de taux plus tard en 2027, moment où les responsables pourraient intervenir pour réduire la taille ou la durée du bilan de la banque centrale. Nous prévoyons que les rendements des obligations à long terme pourraient diminuer légèrement en contexte de nouvelle amélioration de la dynamique de l’inflation aux États-Unis, mais qu’ils demeureront élevés en raison de l’émission d’une quantité importante de titres de créance à l’échelle mondiale.
Les actions nord-américaines ont continué de progresser grâce à des bénéfices records, à une activité économique vigoureuse aux États-Unis et au Canada, ainsi qu’à des perspectives de politique monétaire plus accommodantes de la part de la Fed. Les inquiétudes entourant les prix de l’énergie ont été largement neutralisées par une forte croissance des bénéfices, et c’est pourquoi nous avons relevé nos prévisions de fin d’année.
Une modération des données sur l’inflation et le marché du travail aux États-Unis a fait diminuer la probabilité que la Fed augmente ses taux. Nous nous attendons à ce que le dollar américain poursuive son récent affaiblissement. Par conséquent, le dollar canadien devrait terminer l’année 2026 autour de 1,38.
Tableaux de prévisions
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