- Laura Gu
Économiste senior
Ontario : la faiblesse économique persiste au cœur du Canada
Faits saillants
- L’économie de l’Ontario s’est contractée pour un deuxième trimestre consécutif au premier trimestre de 2026, le PIB réel ayant reculé de 0,6 % à rythme trimestriel annualisé, après une baisse de 1,1 % au quatrième trimestre de 2025. Ce repli est plus important que celui observé à l’échelle canadienne Lien externe au site. (-0,1 %). Le tableau 1 présente des détails supplémentaires.
- La demande intérieure s’est affaiblie, enregistrant une baisse de 1,0 % à rythme annualisé, tandis que les exportations nettes ont également pesé sur la croissance.
- Le PIB réel par industrie a diminué de 0,4 % à rythme trimestriel annualisé au premier trimestre, principalement en raison d’un recul de 5,5 % des industries productrices de biens. La progression de la production des industries de services (1,0 %) a partiellement compensé cette faiblesse. Le tableau 2 présente davantage de détails.
Commentaires
La baisse du PIB réel de l’Ontario au premier trimestre de 2026 s’explique principalement par une contribution fortement négative des exportations nettes (graphique 1). Cette faiblesse reflète une forte hausse des importations internationales, qui ont progressé de 9,8 % à rythme trimestriel annualisé, alors que les exportations internationales ont diminué de 3,1 %, vraisemblablement en raison d’un ralentissement des expéditions de véhicules automobiles dans le contexte des droits de douane américains. Les échanges interprovinciaux ont toutefois atténué une partie de cet effet négatif. Par ailleurs, le rebond des stocks des entreprises a plus que compensé la contribution défavorable du commerce extérieur.
Le portrait de la demande intérieure est plus nuancé. Les dépenses des ménages ontariens ont augmenté légèrement de 0,4 % à rythme trimestriel annualisé malgré une diminution annualisée de 1,35 % de la population. Cette progression a été soutenue par les dépenses en services et en biens non durables, tandis que les dépenses en biens durables ont reculé de 7,9 % et celles en biens semi-durables de 3,5 %.
L’investissement résidentiel est demeuré un frein important à la croissance, chutant de 14,5 % à rythme trimestriel annualisé. L’investissement non résidentiel a toutefois progressé légèrement (+5,9 %), grâce à des hausses des dépenses en machines et matériel (+14,1 %) et en produits de propriété intellectuelle (+13,6 %), qui ont été plus que suffisantes pour compenser la faiblesse persistante de l’investissement en structures non résidentielles (-5,6 %). Après une solide progression au quatrième trimestre de 2025, les dépenses gouvernementales ont reculé au premier trimestre, affichant une baisse de 3,2 %.
Les industries productrices de biens se sont de nouveau contractées, les secteurs de la fabrication et de la construction enregistrant les reculs les plus marqués (graphique 2). Du côté des services, les gains observés dans la finance et les assurances, le commerce de détail ainsi que le transport ont contrebalancé en partie la faiblesse de l’immobilier et des services professionnels.
Implications
Avec deux trimestres consécutifs de recul du PIB réel, l’Ontario se rapproche d’une situation de récession, sans toutefois que les éléments probants soient suffisamment concluants pour l’affirmer. Un indice de diffusion montre que près de la moitié des industries ont continué de croître au premier trimestre (graphique 3), ce qui suggère que le ralentissement demeure relativement concentré dans certains secteurs. La faiblesse est principalement attribuable aux industries productrices de biens, particulièrement la fabrication et la construction. D’autres indicateurs fondamentaux demeurent par ailleurs moins compatibles avec un contexte récessionniste, notamment la poursuite de la croissance des dépenses des ménages, de la rémunération des salariés et de l’excédent net d’exploitation des entreprises. L’Ontario traverse vraisemblablement une période de ralentissement modéré, mais pas encore une récession généralisée touchant l’ensemble de l’économie.
Nous prévoyons que l’économie ontarienne continuera d’évoluer à faible régime au cours des prochains trimestres, l’incertitude renouvelée entourant la politique commerciale américaine continuant de freiner les exportations et les investissements des entreprises. Par ailleurs, les pressions à la hausse sur les prix de l’énergie découlant du conflit entre les États‑Unis et l’Iran risquent d’éroder le pouvoir d’achat des ménages tout en augmentant les coûts de production des entreprises. Cela dit, la croissance devrait afficher davantage de vigueur au deuxième trimestre. L’Ontario a enregistré de solides créations d’emplois Lien externe au site. au cours de la période, représentant environ les trois quarts des gains d’emplois observés au Canada. Les premiers signes de reprise du marché de la revente résidentielle Lien externe au site. devraient également soutenir les activités liées à l’habitation. Enfin, le commerce extérieur Lien externe au site. pourrait contribuer positivement à la croissance, les exportations de véhicules automobiles et de pièces semblant se redresser après le creux du début d’année, en parallèle avec une accélération des exportations de biens de consommation.
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