- Francis Généreux
Économiste expert
États-Unis : les ventes au détail progressent encore vivement
Faits saillants
- Les ventes au détail ont augmenté de 0,9 % en mai, après des hausses de 0,4 % en avril et de 1,7 % en mars.
- Excluant les automobiles et l’essence, les ventes affichent une croissance de 0,5 %.
Commentaires
Décidément, les consommateurs américains n’ont pas trop changé leurs habitudes malgré la hausse des prix de l’énergie qui, au cours des derniers mois, a miné leurs revenus réels. Alors que l’on s’attendait à un ralentissement des ventes au détail en mai, elles ont plutôt enregistré une forte croissance de 0,9 %. Même si l’on exclut les effets de la hausse des prix de l’essence sur la valeur des ventes auprès des stations-service, le gain est de 0,7 %, en accélération par rapport au mois précédent (0,2 %). La confiance des consommateurs a peut-être diminué depuis février, mais les ventes excluant l’essence et les automobiles ont tout de même augmenté de près de 2 % pendant la même période.
Parmi les commerçants qui ont enregistré une hausse de leurs ventes au cours du mois dernier, on note les concessionnaires automobiles, qui ont mieux fait que ce que laissait supposer le nombre de véhicules neufs vendus publié au début du mois. Certaines catégories d’achats discrétionnaires ont aussi connu de bons résultats. C’est le cas des magasins de meubles et des boutiques de vêtements. À l’opposé, les magasins de produits électroniques, les grands magasins ainsi que la restauration ont connu des reculs.
Ajustées pour les fluctuations de prix, les ventes réelles affichent une nette accélération entre la stagnation d’avril (0,0 %) et le bond de mai (+0,7 %). C’est évidemment encourageant pour la consommation réelle en ce printemps. Celle-ci avait ralenti au premier trimestre pour afficher sa plus faible croissance en un an. À moins d’une détérioration imprévue en juin, elle promet maintenant de rebondir au deuxième trimestre.
Il en demeure néanmoins que la résilience des consommateurs est étonnante. La confiance des ménages est plutôt maussade depuis le début de la guerre avec l’Iran. Même avant, la situation n’était guère reluisante, bien que fortement divisée selon les allégeances politiques. Il semble donc que, pour le moment, les ménages américains ont fait fi de leurs inquiétudes et continuent de dépenser. Étant donné la faiblesse des revenus réels depuis quelques mois, cela se fait au détriment de leur épargne. Le taux d’épargne des ménages a d’ailleurs fortement diminué. Il faut maintenant voir si cette situation plutôt fragile peut perdurer. Heureusement, la baisse des prix du pétrole et des prix à la pompe que l’on observe depuis les sommets de la mi-mai pourrait appuyer le revenu réel à partir de juin. Les meilleurs gains de l’emploi observés de mars à mai sont aussi de bon augure.
Implications
La robustesse des ventes au détail en mai est une bonne nouvelle qui prouve, encore une fois, la forte résilience des consommateurs et de l’économie américaine en général. Il semble que, portée en partie par les dépenses des ménages, la croissance du PIB réel sera meilleure au deuxième trimestre qu’au premier. Il sera intéressant de voir comment les dirigeants de la Réserve fédérale, avec Kevin Warsh comme nouveau président, interpréteront cette conjoncture lors de leur réunion qui se conclut aujourd’hui.
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