- Francis Généreux
Économiste expert
États-Unis : le marché du travail poursuit son amélioration
Faits saillants
- L’enquête auprès des entreprises indique qu’il y a eu 172 000 embauches nettes en mai, après la création de 179 000 emplois (révisée de 115 000) en avril et de 214 000 emplois en mars (révisée de 185 000).
- Le salaire horaire moyen a augmenté de 0,3 % en mai. La variation annuelle est passée à 3,4 %.
- Le taux de chômage est demeuré stable à 4,3 %.
Commentaires
Le marché du travail américain continue sur sa bonne lancée récente. Après avoir évolué en dents de scie durant la majeure partie de l’année 2025 ainsi qu’au début de 2026, les embauches nettes cumulent maintenant les gains mensuels. En fait, c’est la première fois en un an qu’elles affichent trois mois consécutifs en territoire positif. De plus, les récentes révisions sont largement à la hausse, soit +29 000 pour mars et +64 000 pour avril. En dehors des révisions annuelles, il faut reculer à septembre 2024 pour observer des révisions mensuelles aussi fortes.
D’où viennent ce changement de tendance et ces récents bons résultats? On remarque que 54,4 % des 250 secteurs répertoriés ont enregistré une hausse du nombre de travailleurs en mai. C’est un peu plus fort que les 54,0 % enregistrés au cours des deux mois précédents et, surtout, ça se compare avantageusement à la moyenne de 48,6 % entre janvier 2025 et février 2026. En mai, on a pu observer de légers gains du côté de la construction et de la fabrication (malgré la perte de 10 000 travailleurs au sein du secteur automobile). Bien que nettement positive, la création d’emplois a été plus faible qu’en mars ou en avril au sein des services privés. Il y a même eu des pertes chez les grossistes, les détaillants, dans l’information ainsi que dans le secteur financier. Les services professionnels ont enregistré leur plus lente création d’emplois depuis février. Ces faiblesses ont été contrebalancées par une bonne croissance du côté des services privés de santé, par la meilleure progression de l’emploi dans la restauration depuis janvier 2023 ainsi que par les plus fortes embauches chez les gouvernements (essentiellement locaux) depuis juillet 2024.
Alors que le marché du travail était, il n’y a pas si longtemps, une source d’inquiétude, c’est beaucoup moins le cas présentement. Certains secteurs font néanmoins face à plusieurs défis. Les pertes d’emplois dans l’information et les services financiers ainsi que la faiblesse au sein des services professionnels témoignent probablement des ajustements provoqués par l’adoption plus généralisée de l’intelligence artificielle. La conjoncture relativement difficile pour les ménages se reflète dans les indices de confiance, mais aussi dans la faiblesse des embauches chez les commerçants, ainsi que dans la construction résidentielle. Toutefois, en général, on sent que le marché du travail prend du mieux après plusieurs mois de faiblesse, et ce, malgré un contexte géopolitique rempli d’incertitudes. Cela démontre, encore une fois, l’incroyable résilience de l’économie américaine.
Implications
L’économie américaine semble s’améliorer en ce deuxième trimestre de 2026, et ce, malgré les difficultés engendrées par la guerre en Iran avec, en avant-plan, l’augmentation des prix de l’énergie. La meilleure tenue du marché du travail permettra aux dirigeants de la Réserve fédérale (Fed) de se concentrer sur les risques posés par une inflation plus élevée. Cela pourrait compliquer la tâche du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, qui subira tôt ou tard, lui aussi, les pressions du président Trump, lequel voudra que la banque centrale diminue promptement ses taux directeurs alors que la conjoncture semble de plus en plus nécessiter le contraire. En attendant, nous tablons sur une poursuite du statu quo de la politique monétaire.
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