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Commentaire hebdomadaire

Une bagarre commerciale du vendredi soir?

21 août 2026
Randall Bartlett
Économiste en chef adjoint

Comme nous nous y attendions, tard mardi soir, le président américain, Donald Trump, a décidé de reporter l’application de droits de douane de 50 % Lien externe au site. sur environ 5 % des exportations canadiennes vers les États‑Unis, invoquant des progrès dans les négociations avec le Canada. Mais ce répit dans les tensions commerciales n’allait durer que trois jours. Ainsi, ce jeu de la surenchère pourrait se poursuivre ce soir, alors que les droits de douane doivent entrer en vigueur à 0 h 01, heure de l’Est, le 22 août 2026.

Toutefois, depuis le report des tarifs douaniers mardi, des détails sur un accord potentiel ont commencé à filtrer, bien qu’ils ne soient pas officiels. Par exemple, les premiers ministres provinciaux se sont montrés ouverts à la demande de remettre les alcools américains sur les tablettes des magasins. Quant à savoir s’ils le feront, c’est une autre question, car cela dépendra certainement de ce qu’ils recevront en retour. Des rumeurs faisant état de réductions des droits sur l’acier et l’aluminium, qui passeraient de 50 % à 25 %, ont circulé. Une diminution de 25 % à 15 % des droits de douane sur les automobiles ferait également l’objet de discussions. Les quotas et les droits de douane sur les produits laitiers demeureront sans doute un point de friction. Bien que le président Trump ait également revendiqué la victoire sur ce front, le gouvernement fédéral continue de défendre vigoureusement le système de gestion de l’offre du Canada. Dans cette optique, il est raisonnable de se poser les questions suivantes : les négociateurs canadiens auront-ils fait assez de concessions pour satisfaire le président et éviter les nouveaux droits de douane? Est-ce que ces concessions en vaudront la peine? Et seront-elles suffisantes pour prévenir de futures menaces d’imposition de droits de douane? Au moment d’écrire ces lignes, ces questions demeurent sans réponse (bien qu’elles aient été explorées plus en profondeur dans notre Commentaire hebdomadaire Lien externe au site. de la semaine dernière).

Ce que nous savons, c’est que l’incertitude commerciale persistante nuit à l’économie canadienne. La volatilité des données sur le commerce et les stocks a largement alimenté les récentes fluctuations de la croissance globale du PIB réel Lien externe au site. (graphique 1). Parallèlement, la croissance de la demande intérieure finale a été étonnamment résiliente dans le récent contexte d’incertitude économique découlant des actions américaines, tant aux États‑Unis qu’à l’international. Mais ces résultats sont fortement soutenus par d’importants transferts de revenus fédéraux Lien externe au site., qui stimulent la consommation, ainsi que par une hausse des dépenses publiques en santé Lien externe au site. et en défense Lien externe au site., lesquelles gonflent la contribution du gouvernement au PIB réel. Par conséquent, il n’est pas certain que la vigueur récente de l’économie canadienne soit véritablement le résultat d’une résilience sous-jacente ou plutôt de dépenses publiques financées par l’endettement. Dans ce dernier cas, l’économie pourrait connaître un regain éphémère, tandis que la dette contractée pour le financer pourrait subsister indéfiniment.


L’investissement des entreprises est la composante de la demande intérieure finale la moins altérée par l’augmentation des dépenses publiques. Bien entendu, les divers paliers de gouvernement font tout leur possible pour soutenir les secteurs les plus directement touchés par les tarifs douaniers, tels que l’acier, l’aluminium, l’automobile, le bois d’œuvre, etc. Toutefois, les mesures adoptées ont eu tendance à être assez ciblées jusqu’à présent. Des mesures plus larges axées sur l’offre, comme celles présentées dans le budget de 2025 Lien externe au site., contribuent sans doute également à soutenir l’investissement dans les structures, l’équipement et les logiciels qui améliorent la productivité. Le rythme effréné des annonces et des stratégies d’investissement au niveau fédéral attire également l’attention des investisseurs mondiaux, dont plusieurs se rendront à Toronto en septembre pour évaluer les occasions qui s’offrent à eux. Dans l’ensemble, c’est une bonne nouvelle pour l’investissement privé au Canada.

Cependant, malgré tout le soutien et les moyens déployés par les gouvernements au Canada, l’investissement des entreprises s’est fait très timide pendant une grande partie de la dernière année et demie. Et cette situation est peu susceptible de changer prochainement (consultez nos dernières Prévisions économiques et financières Lien externe au site.). Selon la plus récente Enquête sur les perspectives des entreprises de la Banque du Canada, les craintes liées au commerce qui ont fait chuter la confiance des entreprises au cours des six premiers mois de 2025 ont maintenant été supplantées par des inquiétudes concernant la hausse des coûts (graphique 2). Ces craintes sont en grande partie attribuables à la hausse des prix de l’énergie et précèdent les plus récentes turbulences commerciales, ce qui risque de plomber davantage la confiance des entreprises au troisième trimestre de 2026.


Bien sûr, comme nous l’avons régulièrement souligné Lien externe au site. par le passé, toutes les provinces n’ont pas été touchées de la même manière par les récents chocs commerciaux et énergétiques. L’Alberta et la Saskatchewan ont bénéficié de droits de douane préférentiels sur les importations américaines d’énergie et de potasse, tandis que la hausse récente des prix des matières premières a stimulé les revenus des entreprises et des gouvernements de ces provinces. Ces exemptions devraient également être maintenues, selon la dernière série de droits de douane proposés. En revanche, le Québec, l’Ontario et la Colombie‑Britannique ont subi plus pleinement les effets des tarifs douaniers américains, et cette situation risque de s’aggraver si les dernières menaces se concrétisent (graphique 3). Par conséquent, nous prévoyons que les investissements des entreprises au Canada évolueront à deux vitesses dans un avenir prévisible : ils seront soutenus dans les ouvrages non résidentiels liés aux secteurs minier et pétrolier et gazier, mais faibles dans la machinerie et l’équipement.


Il faut garder à l’esprit que ces perspectives sombres pour l’investissement des entreprises au Canada reposent sur l’hypothèse que les négociations commerciales entre le Canada et les États‑Unis donneront lieu à peu de progrès tangibles et réalisables. La conclusion d’une entente qui améliore de façon significative l’environnement commercial nord-américain serait le meilleur dénouement pour les deux pays. On espère toujours que cette bagarre commerciale du vendredi soir se terminera par un match nul et fera place à une amitié durable.

Lire la publication Indicateurs économiques de la semaine du 18 au 22 juillet 2022

Consultez l'étude complète en format PDF.

La version française de cette publication sera disponible sous peu.

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