- Jimmy Jean, vice-président, économiste en chef et stratège
Randall Bartlett, économiste en chef adjoint • LJ Valencia, économiste
Canada : nouvelle contraction du PIB réel au premier trimestre, mais il est prématuré de conclure à une récession
Faits saillants
- Le PIB réel a diminué à un taux annualisé de 0,1 % d’un trimestre à l’autre au premier trimestre de 2026. Ce résultat est inférieur aux attentes consensuelles des économistes ainsi qu’aux prévisions de la Banque du Canada (BdC), qui anticipait une croissance de 1,5 %. Le tableau présente davantage de détails sur les résultats.
- Sur une base mensuelle, le PIB réel a reculé en mars (-0,1 %), un résultat inférieur au consensus et à l’estimation provisoire de Statistique Canada (0,0 %). Sur une base trimestrielle, le PIB réel par industrie a toutefois progressé de 0,5 % en rythme annualisé au premier trimestre.
- Statistique Canada anticipe une hausse du PIB réel par industrie en avril 2026 (0,4 %), soutenue par des gains dans les secteurs de l’extraction des ressources, de la fabrication, ainsi que du transport et de l’entreposage. Ces avancées seraient en partie contrebalancées par un repli de l’activité dans l’agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse.
Commentaires
Le recul du PIB réel au premier trimestre de 2026 s’explique principalement par une contribution fortement négative des exportations nettes (graphique 1). Cette situation découle d’une forte progression des importations (12,0 %), largement attribuable à une hausse des achats de produits en or. Parallèlement, les exportations ont légèrement diminué (-0,5 %), reflétant un affaiblissement des expéditions de véhicules automobiles dans un contexte de droits de douane imposés par les États‑Unis. Cela dit, l’effet négatif du commerce extérieur a été plus que compensé par un rebond des stocks.
L’investissement réel s’est contracté (-4,3 %) au premier trimestre, en partie en raison d’un recul des investissements publics (-9,6 %) à la suite d’une forte hausse liée aux dépenses en défense à la fin de 2025. Par ailleurs, l’investissement résidentiel a contribué à la baisse du PIB (-7,9 %), dans un contexte de faiblesse persistante du marché de la revente et de ralentissement de l’activité de construction. L’investissement en structures non résidentielles a également diminué (-10,2 %), mais ces pertes ont été en partie atténuées par une augmentation des dépenses en machines et matériel (10,2 %) ainsi qu’en produits de propriété intellectuelle (13,8 %).
Du côté favorable, les dépenses réelles des ménages ont progressé au cours du trimestre (1,5 % en rythme annualisé), soutenues par une hausse des dépenses en services financiers et en alimentation. Néanmoins, la demande intérieure globale a affiché un léger recul (-0,4 %). Malgré cette faiblesse, le ralentissement de la croissance démographique a contribué à une hausse du PIB réel par habitant au cours du trimestre (graphique 2).
La rémunération des salariés s’est accélérée pour atteindre 4,8 % en rythme trimestriel annualisé au premier trimestre. Le taux d’épargne a diminué à 3,5 %, soit son plus bas niveau depuis le premier trimestre de 2024, le gain du revenu disponible ayant été contrebalancé par une hausse de la consommation. Enfin, les profits des entreprises (mesurés selon l’excédent net d’exploitation) ont progressé (9,6 %), principalement en raison d’une amélioration dans le secteur de l’énergie, alors que le conflit avec l’Iran a exercé des pressions à la hausse sur les prix du pétrole.
Implications
Compte tenu de la contraction du PIB réel observée au premier trimestre, nettement inférieure à la prévision de 1,5 % de la BdC, ce résultat vient renforcer notre scénario selon lequel la BdC devrait maintenir le statu quo. Cela ne signifie pas pour autant que l’économie canadienne est à l’abri des pressions inflationnistes. Bien que les prix du pétrole aient récemment reculé, ils demeurent élevés et risquent de se transmettre progressivement à l’inflation sous-jacente si cette situation perdure. Nos indicateurs préliminaires suggèrent par ailleurs que la croissance du PIB réel devrait rebondir pour atteindre environ 1,5 % au deuxième trimestre, soit une progression conforme aux prévisions présentées dans le Rapport sur la politique monétaire d’avril 2026 Lien externe au site.. Néanmoins, les risques à la baisse entourant l’inflation demeurent présents, comme en témoigne le repli de la demande intérieure au premier trimestre et la faiblesse observée sur le marché du travail. Enfin, l’incertitude entourant la révision conjointe de l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique (ACEUM) pourrait constituer un frein important à l’activité économique, en particulier si l’issue s’avérait défavorable pour le Canada.
Sommes-nous en récession?
Depuis la publication ce matin des données sur le PIB réel, les questions affluent sur la question de savoir si l’économie canadienne est en récession. Nous ne le pensons pas, du moins pas encore. Certes, le PIB réel s’est contracté pendant deux trimestres consécutifs. Mais il s’agit là d’une condition nécessaire pour parler de récession, mais pas d’une condition suffisante. En effet, la faiblesse de l’économie doit être matérielle et généralisée à l’ensemble des industries et des secteurs. Or, selon notre analyse, l’économie canadienne n’en est pas encore là (graphique 3). Plus de la moitié des industries au Canada ont connu une expansion au cours des six derniers mois, et les consommateurs ont continué d’augmenter leurs achats de biens et de services. Cela pourrait changer avec les révisions ultérieures des données et à mesure que de nouvelles données seront disponibles, et nous suivrons cela de près.
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