- Nom du rédacteur
- Mirza Shaheryar Baig
Stratège en devises étrangères
Le coût budgétaire des taux d’intérêt plus élevés
La charge d’intérêts d’un gouvernement augmente lorsque sa dette existante arrive à échéance et est refinancée à des taux plus élevés. Comme les États fixent généralement leurs coûts d’emprunt pour plusieurs années, seule une partie de l’encours de la dette est exposée aux taux du marché en vigueur chaque année. À mesure que la dette est renouvelée, la hausse des paiements se répercute graduellement sur la charge d’intérêts. La rapidité de l’ajustement dépend du profil d’échéance de la dette en cours et du rythme des nouveaux emprunts. En termes simples :
Variation de la charge d’intérêts ≈ variation des taux × (dette refinancée + nouveaux emprunts)
Ce cadre permet de comparer la sensibilité des budgets gouvernementaux aux taux d’intérêt dans les principales économies. Le graphique 1 estime l’incidence d’une augmentation de 100 points de base des coûts d’emprunt, tandis que le graphique 2 utilise la hausse moyenne des rendements obligataires depuis le début de l’année dans chaque pays ou territoire.
Nos calculs reposent sur l’encours de la dette des administrations publiques à la fin de 2025, les bons et obligations arrivant à échéance en 2026 ainsi que les projections de nouveaux emprunts pour 2026 établies par les organismes gouvernementaux concernés. Pour le graphique 3, le choc de taux correspond au point médian des hausses enregistrées depuis le début de l’année des rendements des obligations gouvernementales de 2 ans, de 5 ans et de 10 ans. Ces estimations ne tiennent compte que de l’incidence au cours de la première année. Elles excluent l’effet cumulatif qui apparaîtrait au fil du temps, à mesure qu’une part plus importante de la dette serait refinancée à des taux plus élevés.
Les résultats font ressortir des différences importantes sur le plan de la vulnérabilité budgétaire. Les États‑Unis semblent être le pays le plus exposé à la hausse des coûts de financement, suivi du Japon, de l’Italie et de la France. Aux États‑Unis, une augmentation de 100 points de base des coûts d’emprunt ferait croître les paiements d’intérêts annuels d’environ 85 G$ US au cours de la première année, soit l’équivalent de 1,4 % des recettes fiscales de 2025. Cela est digne de mention, puisque le gouvernement fédéral consacre déjà environ 20 % de ses recettes fiscales au paiement des intérêts. À l’autre extrémité du spectre, la Suède, l’Australie et l’Allemagne semblent relativement protégées de la hausse des coûts d’emprunt, ce qui reflète une combinaison d’endettement plus faible et de profils de dette plus favorables.
Le Canada se situe au milieu du spectre. Le tableau ci-dessous examine la sensibilité du gouvernement fédéral aux taux d’intérêt. Nous estimons les besoins de refinancement en utilisant le profil d’échéance des obligations du gouvernement du Canada en circulation. Nous supposons que la stratégie actuelle de gestion de la dette sera maintenue et que les déficits évolueront globalement selon les projections du budget de 2025. En ce qui concerne le choc de taux d’intérêt, nous supposons que la hausse des rendements obligataires depuis le début de l’année sera permanente.
Selon ces hypothèses, la charge d’intérêts du gouvernement fédéral augmenterait d’environ 1,6 G$ CA en 2026. L’incidence serait modeste au cours de la première année, car une partie du financement du gouvernement a été obtenue plus tôt cette année à des taux inférieurs. L’augmentation cumulative de la charge d’intérêts atteindra environ 11,2 G$ CA d’ici 2030, ce qui équivaut à environ 0,3 % du PIB de 2025. À notre avis, il est peu probable que cette hausse modifie de façon importante la trajectoire budgétaire du Canada.
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La version française de cette publication sera disponible sous peu.