- Laura Gu
Économiste senior
Canada : les gains d’emploi de juillet apportent un certain répit, mais la reprise demeure incomplète
Faits saillants
- L’emploi a progressé de 75 000 en juillet, surpassant largement les attentes qui tablaient sur une hausse de 20 000. Le taux de chômage a reculé de 0,1 point de pourcentage pour s’établir à 6,4 %.
- Le nombre total d’heures travaillées a augmenté de 0,6 % d’un mois à l’autre, mais n’affichait qu’une progression de 0,9 % sur un an. La croissance du salaire horaire moyen a ralenti à 2,8 % sur un an en juillet, comparativement à 3,3 % en juin. Le tableau présente un résumé des principaux indicateurs du marché du travail.
Commentaires
L’emploi a augmenté de 75 000 en juillet au Canada, prolongeant le modeste gain observé en juin et effaçant les pertes enregistrées plus tôt cette année. Le niveau de l’emploi se situe maintenant à 69 000 postes au-dessus de celui de décembre 2025 et à 197 000 postes au-dessus du niveau d’il y a un an. La progression sur douze mois s’explique principalement par les embauches dans le secteur privé (graphique 1).
La hausse observée en juillet s’apparente davantage à un rebond qu’à une réaccélération durable de la demande de main-d’œuvre. Le commerce de gros et de détail a mené la progression avec un gain de 21 000 emplois, ce qui ne représente toutefois qu’une récupération partielle des pertes précédentes. Des augmentations ont également été enregistrées dans les secteurs de la finance, des assurances, de l’immobilier et de la location et location à bail (+18 000), des services professionnels, scientifiques et techniques (+17 000) ainsi que de la construction (+16 000). Malgré ces gains, le niveau de l’emploi dans ces industries demeurait pratiquement inchangé par rapport à l’an dernier.
Le taux d’activité a légèrement progressé à 65,1 % en juillet, mais est demeuré inférieur à sa moyenne de 65,3 % observée depuis le début de 2025. Le taux de chômage a fléchi à 6,4 %, son plus bas niveau en deux ans. De son côté, le taux d’emploi a augmenté légèrement pour atteindre 60,9 %, tout en restant sous sa moyenne de 61,3 % enregistrée en 2024, avant les plus récentes perturbations liées au commerce international. Cela laisse croire que les gains de juillet constituent une amélioration, sans toutefois signaler un retour complet à la situation antérieure.
Les conditions d’embauche estivales se sont améliorées par rapport à l’an dernier, mais elles demeurent difficiles. Le taux de chômage chez les jeunes a reculé légèrement à 12,6 % en juillet, après avoir atteint un sommet de 14,3 % en avril. Il reste néanmoins nettement supérieur à sa moyenne prépandémique de 10,8 %. L’amélioration est surtout perceptible chez les étudiants et les jeunes adultes d’âge universitaire, alors que le taux de chômage des 20 à 24 ans a diminué de 2,4 points de pourcentage sur un an pour s’établir à 8,8 %, un niveau davantage conforme aux normes observées avant la pandémie. La situation demeure toutefois beaucoup plus difficile pour les plus jeunes. Le taux de chômage des 15 à 19 ans a atteint 20,5 % en juillet, bien au-dessus de sa moyenne prépandémique de 14,6 %, tandis que leur taux d’activité a fortement reculé (graphique 2).
La croissance des salaires a ralenti à 2,8 % sur un an en juillet, son rythme le plus faible depuis février 2022. Cette évolution est également largement cohérente avec l’inflation globale observée en juin (graphique 3), ce qui contribue à limiter les risques sous-jacents liés à l’inflation.
Implications
Les gains d’emploi enregistrés en juillet atténuent les inquiétudes à l’égard de la croissance économique à court terme, mais les conditions du marché du travail demeurent fragiles sous la surface. Dans son Rapport sur la politique monétaire de juillet, la Banque du Canada indiquait déjà que l’économie montrait certains signes d’amélioration après un début d’année difficile, tout en soulignant que l’incertitude restait élevée et que les pressions inflationnistes continuaient de s’atténuer graduellement. Les résultats de l’enquête sur l’emploi de juillet s’inscrivent dans cette perspective. Cela dit, la modération de la croissance des salaires, la faiblesse persistante de l’emploi chez les jeunes et le caractère inégal des gains selon les secteurs ne permettent pas de conclure à une surchauffe de l’économie. La politique commerciale américaine demeure le principal risque baissier. L’imposition de nouveaux tarifs douaniers pourrait compromettre la reprise en cours. Dans ce contexte, nous nous attendons à ce que la Banque du Canada maintienne son taux directeur inchangé jusqu’à la fin de l’année.
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