- Nom du rédacteur
- Randall Bartlett
Économiste en chef adjoint
La hausse des prix du pétrole a-t-elle donné au gouvernement fédéral la marge de manœuvre budgétaire nécessaire pour dépenser encore plus?
Le Canada a connu toute une semaine alors qu’un grand nombre d’investisseurs institutionnels parmi les plus importants au monde se sont rendus à Toronto pour le tout premier Sommet de l’investissement du premier ministre. Les faits rapportés dans les médias ont été majoritairement positifs, faisant état d’un intérêt accru pour le Canada en tant que destination internationale pour l’investissement dans les infrastructures, l’énergie, les mines, etc.
Avant le sommet, nous avons émis des réserves Lien externe au site. concernant le nombre, l’envergure et le rendement ajusté en fonction du risque des occasions d’investissement au pays. Par le passé, tous ces attributs nécessaires pour attirer les capitaux institutionnels au Canada ont fait défaut Lien externe au site.. Des documents ayant fait l’objet de fuites indiquent qu’au moins 167 projets nécessitant des capitaux ont été présentés aux investisseurs cette semaine, ce qui devrait, espérons-le, répondre à la première de ces préoccupations. Au moins certaines de ces occasions devraient également être d’une envergure suffisante pour attirer l’attention des investisseurs. Mais on peut faire bien davantage pour créer des occasions d’investissement à grande échelle dans les routes, les chemins de fer, les tours de télécommunication, les réseaux de transport d’électricité, les aéroports, les ports, les pipelines, et ainsi de suite. De fait, un rôle accru pour les investisseurs institutionnels est envisagé pour les grands aéroports détenus par le gouvernement fédéral et potentiellement pour d’autres actifs également.
Reste la question du rendement ajusté en fonction du risque des occasions présentées. Le monde est vaste, et le Canada rivalise avec tous les autres pays et territoires pour attirer les capitaux patients et à long terme des régimes de retraite, des sociétés d’assurance, des fonds souverains et d’autres investisseurs institutionnels. Les marchés émergents et les pays développés moins réglementés ont historiquement été des destinations plus attrayantes que le Canada. Qu’est-ce qui a réellement changé depuis la fin de l’année 2024?
Les infrastructures privées sont reconnues pour leur rendement élevé. Mais à mesure que les taux d’intérêt augmentent partout dans le monde, le coût du capital augmente également, ce qui érode la rentabilité. Heureusement, les infrastructures sont quelque peu protégées de ces forces, car la hausse des coûts, notamment celle attribuable à l’inflation, peut dans une certaine mesure être répercutée sur les consommateurs, bien que sous réserve d’importantes contraintes réglementaires. Et avec la hausse des coûts d’emprunt ajustés à l’inflation, les rendements réels doivent également augmenter pour permettre le maintien des marges de profit. Toutefois, compte tenu du déclin démographique actuel au Canada et de l’escalade des tensions commerciales avec les États‑Unis, qui constitue un vent contraire supplémentaire à la croissance du PIB réel, deux des composantes qui stimulent les rendements réels attendus des infrastructures demeurent limitées1.
C’est là que les gouvernements fédéral et provinciaux interviennent. Ils peuvent à tout le moins réduire le risque lié aux investissements en rendant les processus d’évaluation des projets plus rapides et en allégeant le fardeau administratif. Accélérer la diversification du commerce international par la conclusion d’accords commerciaux, tout en éliminant les barrières au commerce intérieur, aide également. C’est effectivement ce que les Canadiens et les Canadiennes ont constaté après le dépôt de la Loi visant à bâtir le Canada en juin 2025.
Les gouvernements du Canada ne peuvent pas garantir les rendements que procurent les investissements privés sur les marchés. Ils peuvent toutefois garantir un rendement minimal, prendre une participation sous forme de dette subordonnée ou de capitaux propres dans un projet d’investissement (de sorte qu’ils soient remboursés en dernier) ou assumer une grande part du risque lié à l’investissement initial en s’appuyant sur le bilan public. Ce faisant, une partie du risque d’un projet est transférée du secteur privé au secteur public, ce qui accroît le rendement ajusté en fonction du risque pour les investisseurs. Cette approche peut cependant faire retomber les coûts de ces projets sur la société s’ils ne se déroulent pas comme prévu. C’est, dans une certaine mesure, la raison d’être du Fonds pour un Canada fort Lien externe au site. proposé : tirer parti du bilan fédéral tout en veillant à ce que le risque assumé par les contribuables soit adéquatement rémunéré.
Le montant net des capitaux que les gouvernements au Canada devront engager pour attirer d’importants investissements internationaux demeure une grande inconnue. Cependant, le gouvernement fédéral dispose d’une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour mobiliser son bilan afin de réaliser d’importants investissements dans les infrastructures et d’autres actifs, tandis que les provinces sont soumises à des contraintes budgétaires plus importantes. Les prix élevés du pétrole signifient que les recettes affluent: la croissance du PIB nominal du Canada – la mesure la plus large de l’assiette fiscale – devrait être supérieure d’environ 1,5 point de pourcentage cette année à ce qui était prévu dans la Mise à jour économique du printemps Lien externe au site. (MÉP) de 2026 (graphique 1). Par la suite, la croissance du PIB nominal devrait demeurer globalement conforme aux perspectives du printemps. Ainsi, toutes choses étant égales par ailleurs, le niveau du déficit fédéral devrait être moindre, la dette devrait être plus faible et le PIB nominal devrait être plus élevé à court terme que dans la MÉP 2026 (graphique 2). Ensemble, ces facteurs exercent une pression à la baisse sur le ratio de la dette fédérale au PIB, en agissant à la fois sur le numérateur et le dénominateur.
Mais toutes choses ne sont pas égales par ailleurs. Le gouvernement fédéral a annoncé d’importantes mesures de dépenses supplémentaires depuis la MÉP 2026. Selon notre décompte le plus récent, les mesures non planifiées depuis le printemps s’élèvent à plus de 100 G$ au cours de la prochaine décennie, et certaines peuvent être liées à l’investissement en capital (c’est-à-dire un actif au bilan du gouvernement du Canada). Et même si ces nouvelles dépenses pourraient suffire à faire augmenter le ratio de la dette fédérale au PIB de 1 point de pourcentage d’ici 2035, cette hausse devrait être largement compensée par l’augmentation du PIB nominal et des recettes, de sorte que le ratio de la dette devrait être globalement conforme à celui prévu dans la MÉP 2026 dans dix ans (graphique 3).
Si les investissements espérés dans les infrastructures sont opportuns, bien ciblés et exécutés avec succès, ils pourraient soutenir l’activité économique à court terme et, surtout, accroître la capacité de production du Canada au fil du temps. Toute amélioration du PIB nominal et toute hausse connexe des recettes pourraient placer le ratio de la dette au PIB sur une trajectoire inférieure aux projections actuelles. Toutefois, l’ampleur de ces gains et le moment où ils se concrétiseront demeurent incertains et devraient être évalués en fonction des coûts de financement, d’exploitation et d’entretien de ces actifs. La décision d’affecter toute marge de manœuvre budgétaire ainsi dégagée à de nouveaux engagements devrait donc être rigoureusement appuyée par les retombées économiques et stratégiques attendues de chaque investissement.
1 Pour les actifs d’infrastructure fondés sur la demande, les rendements réels prévus sont souvent estimés en utilisant la croissance de la population comme indicateur de la croissance de la base d’utilisateurs potentiels, en plus d’hypothèses sur les taux d’adoption. La croissance du PIB réel par habitant sert également d’indicateur de la croissance des revenus par utilisateur corrigés de l’inflation.
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