- Nom du rédacteur
- Royce Mendes
Directeur général et chef de la stratégie macroéconomique
Banque du Canada : le point de bascule
Une inflation fondamentale modérée n’empêchera probablement pas la BdC de relever son taux directeur la semaine prochaine. De nombreux indicateurs suggèrent que les effets de second tour du choc des prix de l’énergie sont imminents. Les prix des matières premières, des produits industriels et du transport demeurent à des niveaux élevés. Les entreprises devront répercuter une plus grande partie de ces coûts sur leurs prix au cours des mois à venir.
Dans l’ensemble, l’Enquête sur les perspectives des entreprises du troisième trimestre de 2026 révèle que plus de 40 % de celles sondées par la BdC prévoient maintenant que l’inflation s’établira à plus de 3 % en moyenne au cours des deux prochaines années. Un tel résultat correspond davantage à une inflation fondamentale plus près de 3 % que de 2 %. Les entreprises fondent ces attentes en partie sur la proportion des récentes hausses de coûts qu’elles prévoient refiler aux consommateurs. Selon cette même enquête, elles s’attendent à ce que cette répercussion des coûts double presque au cours des 12 prochains mois.
Les attentes d’inflation des consommateurs ont également été revues à la hausse. Celles à plus long terme ont augmenté pour se rapprocher de celles à court terme, déjà élevées, qui se situent autour de 4 %. Avant la flambée des prix liée à la COVID‑19, les attentes inflationnistes sur un horizon de cinq ans avaient oscillé pour la dernière fois autour de 4 % lors du cycle de hausses de la BdC en 2017‑2018.
La BdC considère que des attentes inflationnistes à long terme ancrées sont essentielles pour maintenir la croissance des prix près de la cible. Comme les entreprises et les ménages commencent à intégrer des attentes inflationnistes plus élevées, il serait très difficile pour les banquiers centraux canadiens de maintenir les taux d’intérêt inchangés. La politique monétaire doit être prospective, et la BdC a un mandat unique en matière d’inflation. Par conséquent, les mesures prospectives montrant des pressions inquiétantes sur les prix l’emportent sur les données inflationnistes rétrospectives et ont fait pencher la balance en faveur d’une hausse des taux d’intérêt la semaine prochaine.
Un examen plus approfondi d’autres données rétrospectives suggère également que l’économie a mieux fait que ne le laissent entendre les chiffres globaux. Malgré les baisses d’emploi signalées en août et en septembre, les capacités excédentaires sur le marché du travail ne se sont pas accentuées de manière notable. La taille de la population active au Canada stagne depuis plus d’un an, et les données des deux derniers mois révèlent des contractions de la population en âge de travailler. Par conséquent, la baisse de près de 110 000 emplois au cours des deux derniers mois n’a entraîné qu’une augmentation d’un dixième de point du taux de chômage. Les sondages suggèrent également que le marché du travail se stabilise et que la croissance des salaires se raffermit.
La récente rupture des négociations commerciales avec les États‑Unis risque de provoquer une période de faiblesse économique. Toutefois, comme lors des précédentes vagues de droits de douane, les effets négatifs sur l’économie nationale devraient être temporaires et gérables, les entreprises et les consommateurs trouvant des moyens ingénieux de composer avec les difficultés. Cela est d’autant plus vrai que les perspectives d’investissement des entreprises sont plus optimistes. Les changements aux politiques gouvernementales et les prix élevés des matières premières ont entraîné une hausse des intentions d’investissement et amélioré la confiance des entreprises canadiennes.
Néanmoins, la BdC doit veiller à ne pas agir trop vigoureusement, car les risques de détérioration de la conjoncture demeurent bien présents. La situation actuelle est nettement plus nuancée que le scénario de prix élevés du pétrole exposé dans le Rapport sur la politique monétaire d’avril. Par conséquent, nous prévoyons une hausse supplémentaire en janvier 2027, une fois dissipée une partie de la faiblesse à court terme causée par les tensions commerciales, plutôt que plusieurs hausses consécutives, comme celles que les autorités avaient évoquées en réaction à leur scénario d’avril 2026 fondé sur des prix élevés du pétrole.
Même si le faible niveau initial de l’inflation fondamentale ne suffira pas à convaincre la BdC de maintenir le statu quo, il lui donne davantage de latitude pour accompagner sa décision de communications conciliantes. Le gouverneur Macklem pourrait à la fois relever les taux et laisser entendre que le nombre de hausses sera inférieur aux quatre hausses ou plus actuellement intégrées dans les anticipations des marchés. Des primes de terme élevées, des écarts de crédit plus importants et des cours boursiers plus volatils suggèrent que Tiff Macklem pourrait fort bien transmettre un message rassurant aux marchés, même s’il relève les taux pour maîtriser l’inflation.
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