- Royce Mendes
Directeur général et chef de la stratégie macroéconomique
Banque du Canada : tout, partout, tout à la fois
La Banque du Canada (BdC) se trouve en territoire inconnu. Ses dirigeants avaient préparé des plans de contingence pour faire face soit aux risques de hausse de l’inflation découlant de prix du pétrole plus élevés que prévu, soit aux risques baissiers pour la croissance résultant d’une intensification de la guerre commerciale. Des prix du pétrole durablement élevés entraîneraient des hausses de taux, tandis qu’une détérioration des relations commerciales avec les États‑Unis appellerait des baisses. Ce qu’ils n’avaient pas précisé, c’est comment la politique monétaire réagirait si ces deux risques se concrétisaient simultanément.
Les cours du pétrole Brent se maintiennent autour de 90 $ US le baril, bien au-dessus des 75 $ US prévus dans le Rapport sur la politique monétaire de juillet. Les marges de raffinage (soit l’écart entre la valeur des produits raffinés et le coût du pétrole brut) demeurent importantes, un problème distinct qui contribue lui aussi à maintenir les prix de l’essence élevés et à accroître les pressions sur les coûts en amont pour les entreprises.
Le point positif est que, dans l’ensemble, la hausse des prix mondiaux du pétrole soutient également l’économie canadienne. Il existe d’importantes disparités régionales, mais la BdC établit la politique monétaire pour l’économie canadienne dans son ensemble. L’activité dans le secteur pétrolier a augmenté, et l’industrie a manifesté un appétit accru pour l’investissement au cours des derniers mois, de sorte que le PIB des deuxième et troisième trimestres devrait dépasser les projections de juillet de la BdC.
Mais une nouvelle salve de tarifs douaniers américains a considérablement assombri les perspectives économiques. La dernière escalade du différend commercial entre les États‑Unis et le Canada découragera davantage l’investissement hors du secteur énergétique et fragilisera les dépenses des ménages. Si le conflit n’est pas résolu rapidement, les prévisions économiques des provinces non productrices de pétrole pourraient être revues à la baisse, entraînant avec elles les perspectives nationales. Et si les droits de douane devaient persister, même le soutien de 7,5 G$ pour les travailleurs et les entreprises annoncé par le gouvernement fédéral ne suffira pas à combler le manque à gagner. Parallèlement, les droits de représailles du Canada exerceront une pression supplémentaire à la hausse sur les prix à la consommation.
La BdC n’a pas récemment élaboré de stratégie pour faire face à la fois aux risques haussiers pour l’inflation et aux risques baissiers pour la croissance. À un moment où l’économie du pays est malmenée, on pourrait soutenir que la politique monétaire doit aller dans le même sens que la politique budgétaire. Mais si l’on prend un pas de recul, le mandat de la BdC en matière d’inflation exige que la politique monétaire réagisse aux pressions sur les prix en priorité lorsque celles-ci entrent en conflit avec les préoccupations liées à la croissance.
Ainsi, bien que les dirigeants signalent qu’ils sont prêts à assouplir leur politique si l’économie montre de graves signes de faiblesse, ils n’abaisseront pas les taux d’intérêt la semaine prochaine compte tenu des perspectives d’inflation. Le scénario le plus probable est le maintien du statu quo pour le reste de 2026. En 2027, il semble toujours que la BdC devra relever les taux plutôt que de les réduire.
Les pressions inflationnistes en amont provenant de l’énergie et des représailles tarifaires se répercuteront sur l’indice des prix à la consommation (IPC) total. De plus, la reprise de la croissance démographique et l’atténuation des vents contraires liés aux renouvellements hypothécaires devraient stimuler, au moins modestement, les dépenses de consommation et les marchés régionaux de l’habitation qui ont été sous pression. Ainsi, malgré les dernières tensions commerciales, les marchés ont raison de continuer à se préparer à des hausses de taux l’année prochaine. Le degré de resserrement pris en compte dans les rendements obligataires est toutefois trop marqué.
Les marchés présument maintenant que la BdC portera le taux directeur au-dessus de 3,00 %. Mais comme nous l’avons écrit précédemment, des tarifs douaniers durablement plus élevés réduiraient le taux de croissance potentiel de l’économie, exerçant ainsi une pression à la baisse sur le taux d’intérêt neutre. Malgré tous ces courants contraires, nous prévoyons toujours que la BdC portera le taux directeur à 2,75 % seulement en 2027. Par conséquent, les obligations ont encore un potentiel d’appréciation, même en l’absence de baisses de taux.
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