Le capital négatif : un « ballon » qui vous rebondira en pleine figure
Acheter une voiture, c’est s’offrir la liberté de se déplacer à sa guise, mais c’est également une question de commodité. Un véhicule peut vous permettre d’accéder à une foule d’occasions personnelles et professionnelles qui pourraient autrement vous filer entre les doigts. Les conducteurs canadiens et conductrices canadiennes remplacent leur voiture en moyenne tous les 10 ans, mais bien des personnes désirent changer plus vite! Quand on se procure une automobile plus spacieuse, plus confortable ou plus performante, et qui correspond à sa réalité financière, on peut tomber dans le piège du capital négatif, une pratique controversée qui peut mener au surendettement. En quoi consiste le capital négatif?
1. Qu’est-ce que le capital négatif?
Le capital négatif est un phénomène encore mal compris, mais c’est somme toute fort simple! Il s’agit de la différence entre le montant qu’il reste à payer sur le financement automobile et la valeur marchande du véhicule. Si le solde de votre prêt est supérieur à la valeur de votre voiture, vous êtes en situation de capital négatif, c’est-à-dire que vous devez plus que ce que vaut votre voiture actuellement. Maintenant, qu’est-ce qu’un « financement ballon »? Ce terme revient souvent lorsqu’il est question de capital négatif. Cela consiste à intégrer le solde impayé de votre ancien prêt dans le financement du nouveau véhicule. Votre nouveau prêt inclut donc non seulement le montant à payer pour votre nouveau véhicule, mais également la dette restante de votre ancien prêt. Cela peut sembler inoffensif, mais accumuler un capital négatif important peut être très dommageable pour votre crédit et affecter votre capacité d’emprunt dans le futur.
Voici un exemple qui vous permettra de mieux comprendre :
Serge s’est acheté une auto pour deux passagers à l’aide d’un prêt automobile de 20 000 $ après avoir rencontré Marie-Claude il y a trois ans. Il a négocié un terme de 60 mois et un taux d’intérêt de 8,99 %; ses paiements mensuels s’élèvent à 396 $. Avec l’arrivée de leur fils Gabriel dans leur vie, Serge est de retour chez le concessionnaire, car il souhaite faire l’achat d’un VUS quatre portes sous-compact pouvant transporter adéquatement le nouveau membre de la famille. Le modèle possédant les caractéristiques que Serge convoite est estimé à 35 559 $, taxes comprises. Or, il reste 9 500 $ à payer sur son prêt initial. Le marchand lui propose de reprendre son ancienne voiture contre un montant de 6 500 $ (selon l’évaluation du Canadian Black Booki) et de financer l’écart de 3 000 $. Ce montant, appelé ballon, sera ajouté au financement de son nouveau prêt. Serge doit donc financer 38 559 $ (35 559 $ + 9 500 $ - 6 500 $ = 38 559 $).
La dette de Serge est passée de 9 500 $ à 38 559 $, sans compter les intérêts du prêt. Bien que le taux offert à 7,99 % soit plus bas que celui de son financement précédent, son nouvel engagement financier total sera de 46 845 $ après le calcul des intérêts. Pour alléger ses paiements, Serge décide de répartir le remboursement sur la plus longue période possible, soit 96 mois, pour une mensualité de 488 $. Non seulement Serge aura à rembourser un montant d’argent plus élevé que la valeur de son bien, mais ce bien lui créera une dette dommageable. Son paiement mensuel, qu’il devra assumer pendant 8 ans, passe donc d’un montant de 396 $ à 488 $.
Il faut noter que la valeur de la voiture qu’il vient d’acheter diminuera dès qu’il la sortira du stationnement du concessionnaire et que cette dépréciation se poursuivra chaque année. Étant donné que le remboursement de son prêt est constant, Serge peut se retrouver en situation de capital négatif pendant longtemps.
2. Pourquoi n’est-ce pas souhaitable d’avoir un ballon dans le financement de sa voiture?
Le financement ballon vous permet d’acquérir le véhicule que vous désirez malgré une dette existante. Cette pratique paraît simple comme bonjour sur papier, mais méfiez-vous, car un ballon en entraîne souvent un autre! Une voiture perd de la valeur chaque année, mais votre dette ne diminue pas en conséquence.
Plusieurs risques accompagnent l’accumulation du capital négatif sur un bien. En voici quelques exemples :
Scénario 1
Serge doit faire des rénovations après un dégât d’eau au sous-sol de sa maison. Il devra vendre son VUS afin de s’acquitter de ces travaux sans créer un gouffre financier. Son véhicule, qui a souffert de dépréciation, connaîtra sur le marché une valeur plus faible que sa valeur initiale, et Serge aura probablement encore des dettes après la vente. Et il n’aura plus de véhicule!
Scénario 2
Serge a un accident avec le VUS en revenant de son quart de nuit à l’usine. N’ayant pas choisi l’option « valeur à neuf » sur sa police d’assurance automobile, son assureur lui remet un chèque au montant de 17 300 $, soit la valeur courante de son véhicule au moment de l’accident. Serge se retrouve donc avec un véhicule d’une valeur plus faible, malgré le fait qu’il lui reste près de 30 000 $ à payer sur son VUS accidenté. Au bout du compte, il aura payé une voiture standard au prix d’un VUS à cause de sa situation de capital négatif et d’un accident dont il n’était pas responsable.
Scénario 3
Serge n’aime pas son VUS sous-compact, car il n’a pas l’espace nécessaire pour y ranger ses outils, son équipement de hockey et les choses de Gabriel. Il veut un véhicule plus spacieux, donc plus cher. Étant déjà en situation de capital négatif, Serge devra financer sa dette existante en plus du prêt nécessaire à l’achat de son nouveau VUS, et se retrouvera avec une dette plus importante qui handicapera son accès au crédit dans le futur.
3. Le financement du capital négatif est-il légal?
Le financement du capital négatif est une pratique controversée et condamnée par plusieurs institutions, mais c’est une pratique légale. Le véhicule que vous payez appartient à l’institution financière jusqu’au paiement complet. Un marchand qui vous propose de financer votre dette sur un nouveau prêt doit cependant vous informer des implications en vertu de l’article 148.1 de la Loi sur la protection des consommateurs. Se retrouver en situation de capital négatif n’est pas nécessairement désastreux. Il se peut que vous ayez à le faire, comme dans l’exemple de Serge expliqué précédemment. Refinancer un prêt automobile avec un deuxième prêt plus élevé n’est pas une décision à prendre à la légère. Il est donc conseillé de bien réfléchir aux répercussions à long terme ainsi qu’à l’incidence que cela pourrait avoir sur d’autres achats que vous pourriez vouloir ou devoir faire.
4. Comment éviter le capital négatif?
Comment faire pour se protéger d’une situation de capital négatif?
- Ne déviez pas de votre budget. Si vous vous êtes fixé des mensualités de 475 $, faites un choix qui respecte cette limite. Par exemple, un véhicule de 24 000 $ financé sur 5 ans vous permettra non seulement de respecter votre budget, mais pourrait également vous permettre une marge supplémentaire afin d’accumuler les sommes nécessaires en cas d’imprévu.
- Effectuez des paiements supplémentaires lorsque vous en avez l’occasion. Cela vous permettra de raccourcir la durée de votre prêt et de réduire le montant des intérêts à payer.
- Faites preuve de patience. Malgré la dépréciation, chaque véhicule atteint éventuellement un point d’équité où sa valeur résiduelle est plus élevée que le solde restant du prêt. C’est à ce moment qu’il devient payant d’échanger votre voiture pour un nouveau véhicule.
- Vendez votre véhicule par vous-même. Souvent, vous obtiendrez un meilleur prix que chez le marchand, qui doit offrir une garantie et se garder une marge de profit.