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Le rôle grandissant des investisseurs particuliers sur les marchés : tourisme de masse ou transformation durable?

1 septembre 2026

Les marchés financiers n’évoluent pas seulement sous l’effet des fondamentaux économiques. Ils sont aussi influencés par des dynamiques comportementales, souvent invisibles, mais déterminantes. Dans notre processus d’investissement, bien comprendre ces dynamiques est essentiel. Ignorer le régime comportemental actuel serait une erreur coûteuse.

Démocratisation des marchés

L’arrivée des plateformes de courtage à escompte au milieu des années 1990 a révolutionné l’investissement en démocratisant l’accès aux marchés boursiers et en faisant chuter les coûts de transaction. En quelques années à peine, les plateformes en ligne les plus populaires sont passées de quelques centaines de milliers à plusieurs millions d’utilisateurs. La participation des particuliers au marché des actions a explosé; un phénomène que la Réserve fédérale américaine attribuait aux rendements récents plus élevés que la norme historique et à la révolution technologique en cours1.

Au cours de la décennie suivante, entre 2002 et 2013, malgré la démocratisation des marchés, une succession de chocs, dont l’éclatement de la bulle technologique, la crise financière mondiale et la crise de la dette souveraine européenne, a grandement refroidi l’appétit des ménages pour les actions.

Les 10 dernières années ont aussi été riches en perturbations macrofinancières : Brexit, pandémie mondiale, guerre commerciale et conflits armés majeurs, dont le plus récent a engendré un des plus importants chocs d’offre d’énergie de l’histoire récente. Mais, cette fois, rien n’ébranle la confiance des investisseurs (graphique 1).

Graphique 1 – On ne peut ignorer le régime comportemental actuel

Allocation en actions des investisseurs particuliers américains (en % des actifs financiers)

Sources : DGIA, American Association of Individual Investors, mai 2026

Description du graphique On ne peut ignorer le régime comportemental actuel

Ce graphique montre l’allocation en actions des investisseurs particuliers américains, en pourcentage de leurs actifs financiers, de 1989 à 2026.

Une échelle verticale représente le pourcentage des actifs financiers investis en actions, d’environ 35 % à 85 %.

La courbe verte illustre l’évolution de cette allocation au fil du temps. La ligne jaune indique la moyenne historique, autour de 62 %, tandis que les lignes pointillées grises représentent une zone de plus ou moins un écart-type.

Tendances générales observées

  • L’allocation en actions augmente significativement durant les années 1990 dans un contexte d’adoption des plateformes de courtage en ligne.
  • La courbe atteint un sommet avoisinant 75 % des actifs financiers à la fin des années 1990.
  • Durant les années 2000, l’exposition aux actions recule nettement et demeure plus volatile à la suite de l’éclatement de la bulle technologique.
  • La crise financière de 2008-2009 entraîne une chute de l’allocation en actions qui descend près de ses niveaux les plus faibles.
  • Depuis le milieu des années 2010, l’exposition aux actions est repartie en hausse et se maintient à des niveaux élevés malgré les chocs macrofinanciers récents.

Ce régime comportemental semble alimenté par un accès instantané aux marchés grâce aux applications mobiles, par un sentiment d’invincibilité dopé par les rendements récents, ainsi que par les réseaux sociaux, les influenceurs et la ludification (gamification) des marchés financiers.

Graphique 2 – Déprimés par la conjoncture, mais optimistes à l’égard des actions

Confiance des ménages vs optimisme envers les actions, É.-U. (% qui anticipe une hausse du marché sur 12 mois)

Sources : DGIA, Conference Board, Université du Michigan, LSEG, mai 2026

Description du graphique Déprimés par la conjoncture, mais optimistes à l’égard des actions

Ce graphique compare l’évolution de la confiance des ménages américains avec l’optimisme des investisseurs à l’égard du marché boursier.

La courbe verte représente la proportion des répondants qui anticipent une hausse du marché au cours des 12 prochains mois. La courbe bleue illustre l’indice de confiance des ménages, exprimé en cote-z.

Tendances générales observées

  • À la fin des années 1990, la confiance des ménages et l’optimisme envers les actions évoluent dans la même direction, atteignant tous deux des niveaux élevés autour de la bulle technologique.
  • Lors des périodes de crise ou de ralentissement économique, soit au début des années 2000 et pendant la crise financière de 2008-2009, les deux indicateurs reculent significativement.
  • Depuis le milieu des années 2010, l’optimisme envers les actions demeure élevé malgré des variations importantes de la confiance des ménages.
  • La période récente montre un contraste marqué : la confiance des ménages se situe à un niveau faible, alors que l’optimisme envers les actions atteint des niveaux élevés.

Une étude de JPMorgan Chase2 confirme que la démocratisation des marchés financiers a clairement atteint de nouveaux sommets. Au cours des dernières années, on a en effet assisté à une explosion du nombre de comptes de courtage et des flux monétaires dirigés dans ces comptes (graphique 3). Les flux d’investissement des particuliers ont augmenté de 50 % entre 2023 et 2025 et la proportion des gens âgés de 25 ans possédant un compte de courtage a été multipliée par 6 depuis 2015. Selon les données de l’étude, l’activité des investisseurs particuliers a culminé pendant la pandémie de COVID-19, s’est refroidie en 2022 et est repartie de plus belle en 2024 et 2025 pour atteindre des records.

Graphique 3 – Hausse de 250 % des investissements des particuliers entre 2015 et 2025

Part mensuelle des personnes qui investissent et montant moyen investi

Note : Le graphique indique la proportion des titulaires de comptes courants de l'échantillon qui effectuent des virements vers des comptes d'investissement, ainsi que le montant moyen transféré. On entend par « investisseurs » les personnes qui ont transféré, en valeur nette, plus de 2,5 % de leurs dépenses mensuelles vers des comptes d'investissement. Le montant moyen des investissements inclut les zéros correspondant à l'ensemble des personnes qui n'investissent pas.

Source : JPMorgan Chase Institute, août 2025

Description du graphique Hausse de 250 % des investissements des particuliers entre 2015 et 2025

Ce graphique présente l’évolution des investissements des particuliers entre 2015 et 2025 à partir de deux mesures : la proportion des personnes qui investissent et le montant moyen transféré vers des comptes d’investissement.

La courbe bleue représente la part des investisseurs dans l’échantillon, tandis que la courbe verte montre le montant moyen investi, en dollars réels de 2025. Le graphique met ainsi en parallèle la participation des particuliers aux marchés et l’ampleur des sommes investies.

Tendances générales observées

  • De 2015 à 2019, la proportion de personnes qui investissent et les montants moyens transférés progressent graduellement tout en demeurant relativement stables.
  • À partir de 2020, les deux courbes suivent une croissance fulgurante et atteignent un sommet marqué en 2021, période associée à une hausse importante de l’activité des investisseurs particuliers.
  • En 2022, l’activité ralentit tout en demeurant au-dessus des niveaux observés avant la pandémie.
  • En 2024 et 2025, les investissements repartent à la hausse et atteignent de nouveaux sommets, notamment pour le montant moyen investi.
  • Le graphique illustre une hausse importante de la participation et des flux d’investissement des particuliers sur la période, cohérente avec l’idée d’une démocratisation accrue des marchés financiers.

L’aspect social du jeu

La forte hausse observée durant la pandémie serait en partie attribuable à un effet de substitution, alors que les paris sportifs étaient impossibles et que les casinos étaient fermés345 . Le phénomène a été sans aucun doute amplifié par la facilité avec laquelle les joueurs et investisseurs pouvaient dorénavant transiger à l’aide de plateformes conviviales gratuites. Ajoutons à cela l’aspect social du jeu (formalisé par Keynes en 1936 et repris par Shiller en 2000) dopé par les réseaux sociaux dans un contexte pandémique où les investisseurs étaient en isolement et que les gouvernements envoyaient des chèques aux citoyens, même à ceux qui n’étaient pas dans le besoin.

Cette effervescence s’est calmée avec le retour à la normalité après la pandémie, mais a rapidement repris en 2024 et 2025. Et cette fois, ce sont la thématique de l’intelligence artificielle, les meme stocks poussés par les influenceurs, l’or, les cryptomonnaies et le momentum de nombreux actifs financiers qui ont attisé l’appétit pour le risque et le sentiment d’invincibilité des investisseurs.

Impact sur les actifs financiers

Les épisodes d’euphorie sur les marchés, particulièrement ceux alimentés par l’enthousiasme des petits investisseurs, mettent à rude épreuve les processus d’investissement des gestionnaires professionnels. La participation accrue des petits investisseurs et leurs mouvements de masse contribuent à pousser le prix de certains actifs bien au-delà de leur valeur fondamentale. À l’opposé, le mandat des gestionnaires repose sur des principes de gestion disciplinée fondés sur l’analyse fondamentale, la diversification et la gestion du risque; des approches robustes sur une longue période, mais mal adaptées au régime comportemental actuel.

Cette fois, c’est différent?

Est-ce que le monde de l’investissement a réellement et définitivement changé en raison de l’importance accrue des investisseurs particuliers sur les marchés boursiers? L’histoire de la pensée économique suggère que ce n’est pas le cas. Adam Smith décrivait déjà, en 1776, les excès d’overtrading liés à l’entrée de nouveaux acteurs attirés par des profits élevés. Un siècle plus tôt, Joseph de la Vega fit le même constat à propos des spéculateurs sur la Bourse d’Amsterdam. Keynes, en 1936, montrait comment la psychologie collective peut entraîner des dynamiques spéculatives détachées des fondamentaux. Dans les années 1960, le « culte des actions » a contribué à comprimer la perception du risque dans le public, préparant le terrain à l’envolée des valorisations des Nifty Fifty au début des années 1970. En 2000, Robert J. Shiller mentionne que les augmentations de prix stimulent l’enthousiasme des investisseurs, qui se diffuse par contagion psychologique d’un individu à l’autre, entraînant l’entrée d’un nombre toujours croissant d’investisseurs.

On peut aisément imaginer que les réseaux sociaux amplifient ce phénomène aujourd’hui. Les influenceurs agissent comme des vecteurs narratifs qui accélèrent l’effet de « contagion » sur les marchés, via un comportement de meute accru, une valorisation sociale de la prise de risque et la normalisation de stratégies de type « acheter à la baisse » (buy the dip).

Conclusion et implications

La montée en puissance des investisseurs particuliers est un symptôme classique des phases tardives de marché bien documenté depuis plus de 3 siècles. Ce qui distingue l’épisode actuel n’est pas la nature du phénomène, mais la vitesse à laquelle il se propage et l’ampleur des flux financiers qu’il génère. Les applications mobiles, les réseaux sociaux et les influenceurs n’ont pas changé la nature des cycles, mais ils en ont accéléré la cadence. Reste à savoir si cette accélération rendra les cycles plus persistants ou simplement plus rapides.

En attendant la réponse, une vigilance accrue à l’égard du sentiment des investisseurs s’impose. Un changement d’humeur ou de perception du risque de la part des particuliers pourrait avoir des répercussions importantes au moment où leur exposition aux actions en proportion de leurs actifs totaux atteint des niveaux records aux États-Unis. L’histoire suggère que l’entrée des particuliers dans le marché boursier est graduelle et fragmentée, mais que leur sortie tend à être plus synchronisée et réactive.

Graphique 4 – Jamais les ménages américains n’ont été aussi exposés aux actions

Actifs des ménages en actions – États-Unis (en % des actifs totaux)

Sources : DGIA, Réserve fédérale, mai 2026

Description du graphique Jamais les ménages américains n’ont été aussi exposés aux actions

Ce graphique présente l’évolution de la part des actifs des ménages américains investie en actions, en pourcentage de leurs actifs totaux, de 1961 à 2026.

La courbe verte montre que l’exposition aux actions a beaucoup varié au fil du temps, suivant les grands cycles de marché. Le graphique met aussi en évidence le sommet atteint autour de 2000, au moment de la bulle technologique, qui sert de point de comparaison avec la période actuelle.

Tendances générales observées

  • Dans les années 1960, la part des actions dans les actifs des ménages demeure relativement élevée, avant de reculer fortement durant les années 1970.
  • À partir des années 1980, l’exposition aux actions remonte graduellement, puis accélère fortement durant les années 1990.
  • Un sommet important est atteint autour de 2000, avant un recul marqué après l’éclatement de la bulle technologique.
  • Après la crise financière de 2008-2009, la part des actions repart à la hausse de façon soutenue.
  • La période récente se distingue par une exposition record aux actions, qui dépasse les niveaux observés lors du sommet de 2000.

Jean-Pierre Couture
Économiste et gestionnaire de portefeuille principal

Le présent document a été préparé par Desjardins Gestion internationale d’actifs inc. (DGIA) à titre informatif seulement. Les informations incluses dans ce document sont présentées à des fins d’illustrations et de discussion seulement. Les renseignements ont été obtenus de sources que DGIA croit fiables, mais ils ne sont pas garantis et peuvent être incomplets. Les informations sont à jour à la date indiquée dans le présent document. DGIA n’assume aucune obligation de mettre ces renseignements à jour ou de communiquer tout fait nouveau concernant les sujets, les titres ou stratégies évoqués.  

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La marque Desjardins est une marque de commerce de la Fédération des caisses Desjardins du Québec utilisée sous licence.  Sources : analyses de DGIA, LSEG, juin 2026. Tracy, J., et Schneider, H., Stocks in the household portfolio: A look back at the 1990s, Federal Reserve Bank of New York, 2001.Wheat, C., et Eckerd, G., A decade in the market: How retail investing behavior has shifted since 2015, JPMorgan Chase Institute, 2025.Chiah, M., Tian, X., et Zhong, A., Lockdown and retail trading in the equity market, Journal of Behavioral and Experimental Finance, 2022.Håkansson, A., Fernández-Aranda, F., et Jiménez-Murcia, S., Gambling-like day trading during the COVID-19 pandemic: Need for research on a pandemic-related risk of indebtedness and mental health impact, Frontiers in Psychiatry, 2021.Lyn, N. L. W., Yeo, H. Y., Startup, C. C., Koh, J. M. Y., Tran-Chi, V. L., Ho, C. S. H., et Chee, T. T., Stock and cryptocurrency trading and problem gambling behavior during early phases of the COVID-19 pandemic: A narrative literature review, Frontiers in Psychology, 2025.