Choisir vos paramètres

Choisir votre langue
Finances personnelles

Faut-il faire confiance à l’IA pour gérer ses finances?

23 juillet 2026

« Chaque fois que je vois le numéro de mon conseiller s’afficher sur mon téléphone, j’ai des sueurs froides. » Amina l’avoue d’emblée : elle déteste penser à ses finances et, par-dessus tout, en parler avec quelqu’un. Surtout que, reconnaît-elle du bout des lèvres, le vocabulaire de l’épargne, de l’investissement, de la planification financière et de l’immobilier lui semble parfois être une langue étrangère.

Les rares fois où elle s’est résolue à s’asseoir devant son conseiller, il lui a suffi de quelques minutes pour se sentir complètement dépassée. « Ça m’intimidait de parler d’argent avec quelqu’un qui s’y connaissait autant. J’écoutais le conseiller, mais je n’entendais presque rien de ce qu’il me disait. Tout ça me paralysait. » Quand les outils d’intelligence artificielle sont apparus, Amina y a vu une façon d’éviter ces conversations qui la rendaient mal à l’aise. « Je me suis lancée dans une grande discussion avec un robot conversationnel. Son ton convaincant et bienveillant m’a tout de suite mise en confiance. Je pouvais lui demander de m’expliquer des choses complexes comme si j’étais une enfant. »

Mais entre les exercices de vulgarisation et les analyses parfois pertinentes se sont aussi glissés des conseils moins adaptés à sa situation. « J’étais sur le point d’investir dans un fonds recommandé par l’IA. Finalement, j’ai trouvé le courage d’en parler à mon conseiller, qui connaissait ma réalité. Il m’a fait remarquer que les investissements que je détenais déjà avaient connu une meilleure performance que ceux recommandés par l’IA et qu’ils correspondaient davantage à mes valeurs. »

Quand l’IA remplace le conseiller

Soyons honnêtes : quand on a une question sur l’argent, plusieurs ont désormais le réflexe d’ouvrir une application d’IA avant même de penser à appeler leur conseiller. Pas besoin de prendre rendez-vous. Pas besoin d’attendre. Pas besoin non plus d’avouer qu’on ne comprend pas certains concepts de base. L’IA est rapide, accessible et souvent très douée pour expliquer simplement des notions qui peuvent sembler complexes. C’est d’ailleurs ce qui explique sa popularité grandissante. Mais est-ce que ça veut dire qu’on peut lui faire confiance les yeux fermés lorsqu’il est question de notre avenir financier?

Peut-être pas.

Pour mieux comprendre les possibilités – et les limites – de cette technologie, nous avons discuté avec Angela Iermieri, planificatrice financière*. Elle s’intéresse particulièrement au rôle que joue l’IA dans la gestion des finances personnelles et a testé plusieurs outils afin d’en évaluer le potentiel.

Les avantages de l’IA

« L’utilisation de l’IA peut être un bon point de départ pour faire des recherches, en apprendre davantage sur les finances personnelles, les placements ou les investissements », explique Angela Iermieri. Les outils d’IA peuvent notamment simplifier des concepts financiers parfois difficiles à comprendre, suggérer des modèles de budget, aider à structurer des objectifs financiers, alimenter certaines applications de suivi des dépenses et même soutenir des outils d’épargne automatisée. Bref, pour apprendre et gagner en confiance, l’IA peut être une excellente alliée. Angela Iermieri rappelle toutefois qu’il demeure essentiel de vérifier les sources utilisées par ces outils et de s’assurer que l’information obtenue est fiable et à jour.

Les angles morts de l’IA

Selon Angela Iermieri, l’un des principaux risques est que l’IA peut rarement dresser un portrait complet de notre situation. « L’IA répond à la question posée, mais elle n’a pas accès à l’ensemble du contexte financier de la personne qui la consulte. » Par exemple, elle fait valoir que si on demande à l’IA « Est-ce mieux de rembourser mes dettes ou d’investir? », la réponse pourrait sembler pertinente au premier abord, mais sera incomplète. Pourquoi? « Parce que l’outil ne connaît pas votre taux d’intérêt, votre horizon de placement, votre situation fiscale, votre besoin de flexibilité financière, votre tolérance au risque ou vos objectifs à long terme. »

Or, ce sont précisément ces éléments qui permettent de déterminer la meilleure stratégie.

« Et puisqu’une personne qui débute dans la gestion de ses finances personnelles ne peut pas savoir ce qu’elle ne sait pas encore, elle ne pourra pas deviner quelles questions spécifiques elle aurait intérêt à poser ou quel complément d’information elle devrait ajouter à sa requête. »

L’IA n’est donc pas aussi parfaite qu’elle en a l’air.

Angela Iermieri rappelle aussi que l’IA peut être influencée par les données sur lesquelles on l’a entraînée ou par la manière dont on l’a conçue. « Certaines informations sont validées et conformes. D’autres le sont beaucoup moins. C’est ce qui rend l’exercice du jugement critique à la fois essentiel et parfois difficile. » À cela s’ajoutent les enjeux de confidentialité. Certaines plateformes respectent des normes élevées de protection des données. D’autres offrent moins de garanties. Avant de divulguer des renseignements personnels ou financiers, il vaut donc mieux comprendre comment ceux-ci seront utilisés et conservés.

Que dit l’Autorité des marchés financiers sur l’usage de l’IA?

Au Québec, l’Autorité des marchés financiers (AMF) rappelle que les outils d’intelligence artificielle peuvent être utiles, mais qu’ils ne remplacent ni les vérifications de base ni les conseils adaptés à votre situation. Voici quelques précautions qu’elle recommande aux investisseurs.

  • Ne pas se fier uniquement aux outils d’IA : cette dernière peut aider à analyser certaines données, mais elle ne sait pas tout! Avant de prendre une décision d’investissement, mieux vaut recouper plusieurs sources d’information.
  • Se renseigner sur les placements : pour bien comprendre les risques qu’on prend en choisissant les placements ou les conseils de trading proposés, l’AMF suggère de creuser la question auprès de professionnels ou à l’aide d’autres sources d’information afin de savoir si l’investissement qu’on envisage correspond à nos besoins.
  • Se méfier des promesses de gains rapides : si une IA garantit un placement avec un rendement élevé et sans risque, il faut passer notre chemin : il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’une arnaque.
  • Choisir les sociétés autorisées : si une IA conseille de passer par une plateforme d’investissement plutôt qu’une autre, il faut s’assurer qu’il s’agit bien d’une société autorisée, sans oublier de se renseigner sur les risques liés au placement envisagé, sur les frais associés, etc.
  • Protéger nos données personnelles : il faut éviter de divulguer des informations sensibles à des IA dont on ne connaît pas le niveau de sécurité.

Intelligence artificielle et conseils humains : le meilleur des deux mondes

L’IA peut être une excellente copilote. En revanche, lui remettre complètement le volant quand il est question de notre avenir financier comporte des risques. « Elle peut fournir des réponses et des pistes de réflexion, mais le conseiller peut ensuite évaluer la pertinence des recommandations et voir comment elles s’appliquent réellement à votre situation », explique Angela Iermieri. L’avantage d’un conseiller, rappelle-t-elle, c’est sa capacité à comprendre l’ensemble de la réalité d’une personne. Il connaît ses objectifs, sa situation familiale, ses projets, son profil d’investisseur et sa tolérance au risque. Il peut poser les bonnes questions, écouter les nuances et élaborer une stratégie adaptée.

Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, les conseillers utilisent eux aussi l’IA. « Elle nous aide à accélérer certains calculs, à analyser des données plus rapidement et à modéliser différents scénarios. Ensuite, c’est notre expertise, notre expérience et notre jugement qui permettent d’en tirer des recommandations personnalisées. »

Pour Angela Iermieri, la meilleure approche est donc de combiner les forces des deux. « Commencez vos recherches avec l’IA. C’est une excellente façon d’apprivoiser les finances personnelles. Ensuite, prenez rendez-vous avec un conseiller afin de valider les informations obtenues et de voir comment elles s’appliquent à votre réalité. »

Les requêtes (ou prompts) : comment parler à l’IA

On peut utiliser l’IA pour mieux comprendre nos finances personnelles sans lui demander de prendre des décisions à notre place. Voici quelques exemples de requêtes pour bien l’orienter :

  1. « Explique-moi simplement la différence entre un CELI, un REER et un compte d’épargne. Donne-moi des exemples concrets et les avantages de chaque option. »
  2. « J’ai 25 ans, je veux commencer à investir 100 $ par mois et je ne connais rien à la Bourse. Quels concepts devrais-je comprendre avant de choisir un placement? »
  3. « Donne-moi un exemple de budget mensuel pour une personne qui gagne 60 000 $ par année. »
  4. « Donne-moi 10 questions à poser à mon conseiller à ma première rencontre. »
  5. « Explique-moi le concept d’intérêt composé comme si j’avais 12 ans. »
  6. « Pour un achat de 10 000 $, génère un tableau des paiements mensuels et intérêts totaux selon les choix de taux, durées et mises de fonds ».

L’objectif n’est pas d’obtenir une recommandation personnalisée, mais de mieux comprendre les notions de base avant de consulter un conseiller et de prendre une décision.

Ce qu'il faut retenir

C’est heureusement le réflexe qu’a eu Amina. Après s’être servie de l’IA pour mieux maîtriser les notions financières qui lui semblaient auparavant si intimidantes, elle a consulté son conseiller pour valider les recommandations et prendre une décision finale. Finalement, elle a fait des choix de placement à la hauteur de ses attentes et en accord avec elle-même, mais sans faire aveuglément confiance à un robot. Le meilleur des deux mondes.