Gérer sa dette d’études : des réponses à vos questions
Si terminer ses études signale un nouveau départ, pour beaucoup, ce jalon de vie marque aussi le début du remboursement d’une dette d’études. Au Québec, l’endettement moyen après un bac avoisine les 20 000 $*, et l’effet de cette dette peut se faire sentir longtemps après la diplomation. Pour vous aider à faire les premiers pas vers de bonnes décisions financières, voici les réponses à des questions les plus fréquemment soulevées en matière de dette d’études, élaborées avec l’aide d’une conseillère d’expérience.
1. « J’ai un prêt étudiant et une carte de crédit. Je suis en début de carrière et mon salaire n’est pas très élevé. Le montant de mes versements augmente et j’aimerais savoir où commencer pour reprendre le contrôle. »
Gérer ses dettes en début de carrière, ça peut être étourdissant. C'est pourquoi il est important de commencer par faire un état des lieux en identifiant les soldes de votre prêt étudiant et de votre carte de crédit, les taux d’intérêt applicables et les paiements minimums exigés. Une fois ce portrait brossé, Angela Iermieri** recommande de prioriser la dette la plus coûteuse et de continuer à effectuer les versements minimums sur toutes les autres dettes.
Si le poids de vos dettes vous accable et que vous avez besoin d’une petite victoire pour garder votre motivation, essayez la méthode de la boule de neige. Elle consiste à rembourser en priorité la dette au solde le plus petit, peu importe son taux d’intérêt, puis « faire rouler » ce montant vers la suivante. Même si elle s’avère plus dispendieuse, cette approche mise sur le sentiment d’accomplissement afin de maintenir la motivation.
Pour alléger à la fois ses dettes et sa charge mentale, la consolidation de dettes, soit le fait de regrouper plusieurs dettes à taux élevé sous un seul prêt à taux plus avantageux, peut aussi être une option à considérer. Cette solution peut simplifier la gestion et réduire les intérêts payés, mais elle ne s’attaque pas aux habitudes de remboursement et peut prolonger la période de remboursement.
2. « Le taux de mon prêt étudiant est relativement bas. Est-il plus rentable de rembourser mon prêt rapidement ou d’investir? »
Il n’existe pas de réponse universelle à cette question; il convient seulement de faire un choix éclairé selon la situation et votre niveau de confort face au risque. Mais il est vrai qu’un taux d’intérêt relativement bas peut vous offrir une certaine flexibilité, car alors il n’y a pas d’urgence à rembourser plus vite que prévu.
Le remboursement d’un prêt peut être considéré comme un rendement garanti, équivalent au taux d’intérêt évité, sans risque ni fluctuation, et il peut apporter une tranquillité d’esprit qui convient à plusieurs. Investir peut offrir un rendement plus élevé à long terme, mais ce rendement n’est pas garanti, car les marchés peuvent fluctuer et le capital peut perdre de la valeur à court terme.
Il est aussi possible de combiner les deux approches et d’investir tout en respectant les paiements du prêt. Mais avant d’investir, il est toutefois recommandé de vous constituer une épargne d’urgence pour éviter de recourir au crédit en cas d’imprévu.
3. « Comment savoir si ma dette d’études est trop élevée? »
Il n’existe pas de seuil universel qui détermine si votre dette d’études est trop élevée. Ce qui compte réellement, c’est le poids des remboursements par rapport au revenu dont vous disposez une fois vos études terminées. L’idéal est donc de mettre en place un budget en fonction de votre revenu et de vos projets, et de conclure une entente de remboursement adaptée à votre situation.
Si une part trop importante de votre budget doit être consacrée aux remboursements ou si vous avez de la difficulté à couvrir vos dépenses courantes, c’est un signe qu’il faut agir. Dans ce cas, revoir votre budget ou explorer des options d’allègement des paiements peut être une piste à considérer.
4. « Je priorise le remboursement de mon prêt étudiant, mais j’utilise davantage ma carte de crédit. Est-ce une bonne idée? »
Concentrer ses efforts sur le prêt étudiant tout en laissant croître le solde de sa carte de crédit revient à faire un pas en avant, deux pas en arrière. Le taux d’intérêt d’une carte de crédit dépasse généralement celui d’un prêt ou d’une marge étudiante, ce qui fait grimper le coût total plus vite que ce qu’on rembourse ailleurs.
Ainsi, on devrait généralement prioriser la dette dont le taux est le plus élevé, tout en continuant de verser les paiements minimums sur les autres. Réduire ou éviter l’utilisation de votre carte de crédit pendant cette période peut aussi aider à reprendre le contrôle. Au final, un plan de remboursement adapté à son budget, même progressif, reste préférable à un effort qui, en fin de compte, peut déséquilibrer le reste de ses finances.
5. « Je paie juste le minimum sur mon prêt étudiant pour me garder une marge de manœuvre en cas de besoin. Est-ce que je fais une erreur? »
Respecter ses paiements minimums signifie qu’on remplit ses obligations, et garder une marge de manœuvre pour les imprévus est une stratégie tout à fait légitime, surtout en début de carrière. Par contre, payer uniquement le minimum allonge la période de remboursement et augmente les intérêts au fil du temps. Lorsque la situation le permet, augmenter légèrement vos paiements peut être avantageux : par exemple, ajouter 20 à 30 $ par mois, selon votre budget, pourra réduire progressivement votre dette et les intérêts accumulés.
6. « Je n’arrive plus à gérer mes dettes. Quelles sont mes options? »
Sentir que les dettes nous dépassent peut être lourd à porter, mais le reconnaître à temps fait une grande différence en ouvrant la porte à des solutions avant que la situation ne s’aggrave. Un premier réflexe peut être de revoir son budget et de communiquer rapidement avec son institution financière. Ensuite, selon votre situation, des options plus formelles peuvent être mises en place. Une entente de paiement avec le prêteur peut alléger les mensualités, parfois en allongeant la période de remboursement. La consolidation de dettes, qui regroupe plusieurs prêts sous un seul taux, peut en simplifier la gestion, mais peut également prolonger la durée du remboursement.
D’autres solutions peuvent être offertes selon vos besoins. Nous vous encourageons à communiquer avec votre conseiller pour bénéficier d’un accompagnement personnalisé.
7. « Je viens de finir mes études, je gère bien mes finances… est-ce que je peux me permettre un voyage? »
Se faire plaisir n’est pas incompatible avec une bonne gestion financière. Après des années d’études, c’est normal de vouloir célébrer avec un voyage. Il ne s’agit pas de se priver indéfiniment, mais plutôt de bien planifier la dépense. Mais pour éviter de contracter une nouvelle dette coûteuse, l’idéal est de mettre de côté un montant dédié au voyage à l’avance plutôt que de payer celui-ci à crédit. Il faut aussi s’assurer que ce projet n’affecte pas vos priorités financières, comme le remboursement de vos dettes ou le maintien d’une épargne minimale. En intégrant ce projet à votre budget et en fixant un montant réaliste, vous pourrez en profiter pleinement sans compromettre votre équilibre financier.
8. « Est-ce que je devrais arrêter d’épargner pour rembourser ma dette plus vite? »
Rembourser ses dettes, surtout celles à taux d’intérêt élevé, reste une priorité importante. Mais arrêter complètement d’épargner pour y arriver peut vous laisser sans coussin pour les imprévus, et un simple pépin pourrait alors vous obliger à recourir de nouveau au crédit.
Plutôt que de choisir l’un ou l’autre, Angela Iermieri recommande d’avancer sur les deux fronts simultanément : continuer de rembourser activement la dette, tout en maintenant un minimum d’épargne pour les imprévus. Par exemple, viser un fonds d’urgence équivalent à quelques mois de dépenses pourra protéger votre stabilité financière. Cet équilibre peut vous aider à progresser dans le remboursement de votre dette sans fragiliser votre situation à court terme.
9. « Je viens de finir mes études et je n’ai pas encore d’emploi stable. Est-ce que je peux attendre avant de commencer à rembourser mon prêt étudiant? »
C’est normal de vouloir souffler un peu avant de commencer à rembourser son prêt. Pour un prêt étudiant avec garantie gouvernementale, une période d’exemption partielle de 6 mois*** est prévue à la fin des études. Pendant cette période, aucun versement n’est exigé, mais les intérêts continuent de s’accumuler. En cas de réelle difficulté financière, le Programme de remboursement différé peut permettre de réduire ou de suspendre temporairement les paiements. Durant cette période, le gouvernement paie les intérêts admissibles.
Pour en savoir plus : Gouvernement du Québec (2026), Aide financière aux études : remboursement différé
Le délai accordé avant de devoir commencer à rembourser le capital d’un prêt ou d’une marge étudiante varie selon l’institution financière (souvent entre 12 et 24 mois), mais ici aussi, les intérêts s’accumulent dès le départ. Si vos revenus vous le permettent, commencer à effectuer même de petits paiements peut aider à limiter le coût total et à amorcer le remboursement plus progressivement.
Ce qu'il faut retenir
Après ce tour d’horizon, quelques grands principes se dégagent. D’abord, comprendre ses dettes, ses soldes, les taux et les modalités reste le point de départ de toute stratégie. Ensuite, prioriser les dettes les plus coûteuses plutôt que les plus élevées permet d’économiser sur les intérêts. Finalement, automatiser certains paiements peut aussi réduire la charge mentale au quotidien. Mais au-delà de ces apprentissages, ce qui compte vraiment, c’est d’adopter un plan de remboursement adapté à votre situation. Et que votre situation soit simple ou complexe, l’accompagnement d’un conseiller ou d’une conseillère peut faire une réelle différence pour passer à l’action en toute confiance.
* Statistique Canada (2024), Dettes d’études de toutes sources, selon la province d’études et le niveau d’études.
** Planificatrice financière, représentante en épargne collective pour Desjardins Cabinet de services financiers inc.
*** Gouvernement du Québec (2026), Aide financière aux études : avantages des prêts et bourses.