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Finances personnelles

Acheter maintenant, payer plus tard : le piège des petits paiements

19 août 2026

C’est dimanche soir et vous faites défiler votre fil de réseaux sociaux. Une pub apparaît : le manteau que vous avez regardé trois fois cette semaine, en solde jusqu’à minuit. 360 $, c’est trop. Mais sous le prix, une option s’affiche : payez en quatre versements de 90 $; le premier ce soir, les trois autres aux deux semaines. Tout à coup, ça cadre avec votre budget.

C’est la tactique du Buy Now Pay Later (BNPL) ou « achetez maintenant, payez plus tard », un service qui s’est glissé dans le quotidien financier de toute une génération au cours des dernières années.

Le principe n’est pas nouveau : vos parents ou grands-parents ont probablement déjà acheté un réfrigérateur ou une piscine en 12 versements mensuels sans intérêt chez un grand détaillant. Mais aujourd’hui, la pratique ne se limite plus aux gros achats planifiés. Les fournisseurs d’options BNPL se sont intégrés directement aux modes de paiement de milliers de détaillants en ligne. Selon Paiements Canada, 26 % des Canadiens ont utilisé un tel service en 2025, dont la majorité ont entre 18 et 34 ans.

Sur les réseaux sociaux, des influenceurs présentent le BNPL comme une façon intelligente de gérer son budget. Mais derrière la promesse de flexibilité, quelques angles morts valent la peine d’être éclairés.

Un outil pratique, mais une vigilance est de mise

Pour Florence*, 30 ans, infirmière aux études et mère de deux enfants, le BNPL répond à un besoin concret : gérer de gros achats, comme habiller les enfants pour l’hiver, sans avoir à débourser une grosse somme d’un coup ni payer d’intérêt sur sa carte de crédit. « Ce type de service me permet de faire les achats nécessaires sans avoir à m’endetter davantage », explique-t-elle.

Or, si elle réussit à maintenir ses remboursements mensuels à un niveau raisonnable, entre 120 et 200 $, c’est le comportement d’achat qui l’inquiète davantage : elle admet dépenser malgré tout plus qu’elle ne le devrait en raison de ce service. La gestion des paiements reste par ailleurs plus complexe qu’elle ne le voudrait. Elle s’appuie beaucoup sur son conjoint, qui est du type « économiser avant d’acheter », pour garder le contrôle de son budget. Cette dépendance envers une aide extérieure l’amène à réfléchir plus largement sur ses propres bases financières : « Je réalise qu’utiliser ce système demande, en plus d’une bonne discipline, une certaine littératie financière, ce que je n’avais pas nécessairement d’emblée », avoue-t-elle. Le BNPL n’incite pas non plus à l’épargne, affirme-t-elle en admettant qu’il lui arrive d’augmenter ses heures de travail pour rembourser ses achats plutôt que pour mettre de l’argent de côté.

Le BNPL, comment ça fonctionne exactement?

Le BNPL, en somme, est un prêt à court terme. Vous achetez maintenant et remboursez le montant en deux, trois ou quatre versements automatiques prélevés sur votre carte de débit ou de crédit, généralement aux deux semaines. Contrairement à une carte de crédit traditionnelle, la plupart des options BNPL n’imposent pas d’intérêt, du moins pas si vous payez à temps. Mais au-delà de cette ressemblance, les deux produits n’ont toutefois pas grand-chose en commun.

Le BNPL se présente comme une solution de rechange sans frais aux cartes de crédit, alors qu’en réalité les conditions varient considérablement d’un fournisseur à l’autre. Par exemple, certains fournisseurs peuvent facturer un taux d’intérêt allant jusqu’à 30 % selon votre profil de crédit. D’autres imposent des frais de retard ou peuvent faire inscrire un défaut de paiement à votre dossier de crédit, selon leurs pratiques.

Ce flou dans la présentation de ce type de produit est précisément ce qui peut rendre le BNPL hasardeux. Plusieurs risques méritent d’être mentionnés. D’abord, la multiplication des versements : jongler avec trois ou quatre plans de remboursement simultanés rend difficile de suivre ce qu’on dépense réellement. Ensuite, le potentiel de surconsommation : fractionner un achat le fait paraître plus accessible qu’il ne l’est et donc plus acceptable sur le plan psychologique. Enfin, les frais cachés : un retard de paiement peut entraîner des frais, parfois imposés aussi bien par le fournisseur BNPL que par votre institution financière.

Quand le BNPL devient un engrenage

Pour Olivia*, 28 ans, le BNPL a très tôt joué dans une zone sensible. Celle qui se tourne parfois vers la consommation pour se remonter le moral a été séduite par la possibilité de fractionner en quatre versements des achats de vêtements totalisant entre 350 et 400 $. Mais l’enthousiasme est de courte durée : « une fois le high de la nouveauté disparu, je commence à moins suivre mes paiements », avoue-t-elle.

La jeune femme s’est rapidement prise dans un engrenage : entre les vêtements et quelques petites gâteries, ses paiements ont parfois grimpé jusqu’à 300 $ par mois. Un paiement manqué lui coûte finalement l’accès à l’un de ces services. « Pas de frais démesurés, mais un signal d’alarme », dit-elle.

Cette mésaventure a changé sa relation avec le BNPL. Elle l’emploie aujourd’hui surtout pour de gros achats réfléchis et durables plutôt que pour des gâteries. Les versements passent directement sur sa carte de crédit, qu’elle garde à jour, et ses paiements, quand il y en a, dépassent rarement 50 $. Elle admet toutefois que la tentation ne disparaît pas complètement : « Je trouve difficile de ne pas recourir à cette méthode de paiement, mais maintenant, je ne l’utilise plus sur le coup de l’émotion. J’attends 24 heures avant d’acheter pour voir si c’est vraiment un achat nécessaire », précise-t-elle.

Il est possible d’utiliser le BNPL de manière responsable, mais il faut une certaine rigueur. Voici huit questions à vous poser avant de fractionner le montant de votre prochain achat :

  • Serais-je capable de payer l’article au complet aujourd’hui?
  • Quels sont la fréquence et le nombre de paiements proposés?
  • S’agit-il d’une dépense courante ou d’un achat exceptionnel?
  • Quels sont les frais et les pénalités si je rate un versement?
  • Les versements proposés s’insèrent-ils facilement dans mon budget?
  • Combien de plans BNPL ai-je en cours et jusqu’à quand?
  • Quel pourcentage de mon revenu mensuel part déjà en remboursements divers?
  • Est-ce que mon dossier de crédit sera interrogé?

Votre dossier de crédit démystifié

Qu’est-ce que le dossier de crédit?

Un dossier de crédit est un rapport détaillé de vos antécédents financiers qui sert principalement aux prêteurs pour déterminer votre fiabilité (niveau de risque). Il contient des renseignements personnels et financiers qui reflètent, entre autres, votre historique de paiements, votre historique de crédit, votre pourcentage d’utilisation du crédit et le montant de vos dettes. Le Canada compte deux agences d’évaluation du crédit : Equifax et TransUnion. Ce sont elles qui recueillent les renseignements alimentant votre dossier de crédit.

Qu’est-ce qu’une cote de crédit?

Votre dossier de crédit indique aussi votre cote de crédit. Il s’agit d’un score qui varie généralement entre 300 et 900 : plus le chiffre est élevé, plus votre dossier est bon. Chaque agence d’évaluation du crédit calcule la cote selon sa propre méthode, mais en se basant sur des facteurs comparables. C’est pourquoi une personne peut avoir une cote de crédit différente chez Equifax et TransUnion.

Comment vérifier son dossier de crédit?

La section Mon dossier de crédit dans Services mobiles et en ligne Desjardins (AccèsD) permet de consulter votre dossier de crédit auprès d’Equifax et de TransUnion gratuitement et en tout temps.

Vous pouvez aussi vous rendre directement sur les sites web d’Equifax et de TransUnion :

Ce qui aide la cote

Pour vous bâtir un bon dossier de crédit et maintenir une cote de crédit favorable, il importe d’adopter des habitudes financières saines et d’utiliser le crédit de façon responsable. Entre autres pratiques :

  • Respectez les échéances de paiement de vos factures et de remboursement de vos dettes. Au besoin, prévoyez des versements automatiques ou ajoutez des rappels à votre calendrier.
  • Limitez les demandes de crédit ou les demandes d’augmentation de crédit.
  • Maintenez un taux d’utilisation du crédit inférieur à 30 %. Par exemple, si la limite de votre carte de crédit est de 1 500 $, essayez de maintenir votre solde mensuel sous la barre des 500 $.
  • Vérifiez régulièrement votre dossier de crédit. Au besoin, faites corriger toute information inexacte.

Ce qui nuit à la cote

Certains comportements peuvent nuire à votre cote de crédit et sont à éviter, notamment :

  • Payer vos factures ou vos dettes en retard ou, pire, ne pas effectuer le paiement requis.
  • Multiplier les demandes de crédit ou les demandes d’augmentation de crédit, surtout sur une courte période.
  • Utiliser la totalité de votre crédit disponible ou maintenir régulièrement un solde près de la limite autorisée.
  • Laisser une dette être transférée à une agence de recouvrement à la suite d’un défaut de paiement.
  • Déclarer faillite ou faire une proposition de consommateur.

Pour plus d'informations sur le dossier de crédit, consultez la page Votre dossier de crédit : éléments clés à connaître.

Ce qu'il faut retenir

Entre Florence, qui se sert du BNPL avec prudence tout en reconnaissant ses limites, et Olivia, qui a dû reprendre le contrôle après y avoir perdu pied, le portrait qui se dessine est le même : ce service n’est ni un outil miracle ni un piège inévitable, mais un produit conçu pour rendre le crédit simple, rapide et presque invisible. Cette invisibilité en fait la force pour les détaillants et le danger pour les consommateurs. Quand un achat de 360 $ se transforme en quatre paiements de 90 $, on se demande naturellement : « Est-ce que je peux me permettre ces versements? » Mais c’est là une question incomplète. Il faut plutôt se dire : « Est-ce que j’achèterais cet article si je devais le payer en entier aujourd’hui? » Si la réponse est non, ce n’est peut-être pas le fractionnement qu’il faut reconsidérer, mais l’achat lui-même.


* Chaque témoignage a été recueilli avec le consentement préalable de son autrice.