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Commentaire hebdomadaire

Est-ce que les élections américaines de mi-mandat pourraient changer la conjoncture?

4 novembre 2022

Francis Généreux
Économiste principal

Les élections de mi-mandat auront lieu aux États‑Unis le 8 novembre. Dans quelques jours, les électeurs américains devront choisir les 435 membres de la Chambre des représentants et 35 des 100 sénateurs. Nous avons publié cette semaine un Point de vue économique portant sur les enjeux économiques de cette élection.

Comme indiqué dans notre document et selon les plus récents sondages, le Parti démocrate du président Joe Biden pourrait perdre sa majorité à la Chambre des représentants. L’équilibre actuel au Sénat pourrait aussi se rompre en faveur des républicains. Dans ces circonstances, le président Biden ferait dorénavant face à un Congrès qui s’opposerait à la plupart de ses politiques. La hausse du coût de la vie a particulièrement fait mal aux espoirs des démocrates au cours de cette campagne et a éclipsé les sujets plus sociaux. De toute façon, il est généralement difficile pour le parti du président de faire des gains lors des élections de mi-mandat.

Quelles seraient les conséquences économiques d’un gouvernement divisé de cette façon? On peut avant tout supposer une certaine sclérose, voire une paralysie, des politiques économiques fédérales. Alors qu’une récession se pointe probablement à l’horizon, doit-on s’inquiéter d’une incapacité du gouvernement à réagir? La réponse est oui et non.

D’un côté, le caractère particulier de la conjoncture et du ralentissement économique que l’on prévoit fait en sorte que des actions du gouvernement fédéral américain pour éviter ou se sortir rapidement de la récession ne sont pas souhaitables. Si la Réserve fédérale augmente autant ses taux directeurs, c’est qu’il faut que l’économie américaine passe par un processus qui permettra de rééquilibrer l’offre et la demande ce qui amènera à son tour une croissance des prix plus près de la cible de 2 %. Malheureusement, cela implique un marché du travail moins vigoureux, une diminution de l’activité au sein du secteur immobilier et des contre-performances du cours des actifs. Si le gouvernement tente d’empêcher ces processus, il ne fera que compliquer la tâche de la Réserve fédérale qui devra pousser plus loin son resserrement monétaire.

En fait, le gouvernement a déjà passablement bien agi. Certaines des mesures adoptées par l’administration Biden et le Congrès devraient tôt ou tard appuyer l’offre au sein de l’économie américaine. On peut penser au programme d’infrastructures signé en 2021 (Infrastructure Investment and Jobs Act), au programme d’investissement adopté cet été, l’Inflation Reduction Act ou au programme de soutien de l’investissement dans la production de semiconducteurs (CHIPS and Science Act) signé en août. Ces programmes n’auront pas d’effet immédiat sur l’inflation et leur portée est de plusieurs années, mais ils montrent bien que le gouvernement peut influer sur l’offre et soutenir l’économie à long terme sans exacerber la demande et l’inflation à court terme. Ils montrent aussi que des compromis sont possibles au Congrès alors que le programme d’infrastructures et celui sur les semiconducteurs ont été adoptés avec des votes de membres des deux partis.

Cela dit, le gouvernement pourrait aussi jouer un rôle si le revers de la conjoncture se montre plus prononcé que prévu. Dans le cas où l’économie américaine subit plusieurs trimestres de graves contractions qui seraient accompagnées d’une forte hausse du chômage et, surtout, d’une chute rapide de l’inflation, l’État pourrait revenir à la charge en même temps que la Réserve fédérale ferait marche arrière en diminuant ces taux directeurs. Les exemples de 2008 et de 2020 suggèrent que la Maison‑Blanche et le Congrès peuvent travailler ensemble quand les circonstances le demandent. Cela semble cependant plus facile lorsqu’un président républicain doit négocier avec un Congrès à majorité démocrate.

Ce qui serait davantage dommageable, c’est si la paralysie fédérale amenée par un gouvernement divisé empirait la situation. La confiance des ménages est présentement très basse aux États‑Unis et les marchés sont déjà fragiles. Des crises économiques et financières provoquées artificiellement à Washington et portant sur le financement du gouvernement fédéral ou le plafond légal de la dette ne seraient vraiment pas de bon augure et nuiraient à la conjoncture. Espérons que les républicains et les démocrates du Congrès ainsi que la Maison‑Blanche sauront éviter ces écueils.

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