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Maryse Turcotte

Maryse Turcotte

Moral d'acier : rencontre avec Maryse Turcotte

Connais-tu Maryse Turcotte? Elle est une des haltérophiles canadiennes les plus récompensées et un modèle pour tous les jeunes qui cherchent à réussir dans le sport – et dans la vie. Voici ce qu'elle nous a raconté.

Salut Maryse. Peux-tu nous dire comment tu as débuté en haltérophilie?
J'avais 15 ans et j'étais en secondaire 4. J'ai découvert ce sport en devenant bénévole pour un championnat provincial d'haltérophilie qui avait lieu dans mon école. Avant ça, je ne savais même pas qu'il y avait un club d'haltérophilie! C'était un sport nouveau pour moi, j'étais curieuse. Comme je suis une fille sportive (soccer, volley-ball, bicyclette, patinage artistique, etc.), ça m'a donné envie d'essayer.

Qu'est-ce qui t'a « accrochée » dans ce sport?
J'ai été attirée par les deux aspects de l'haltérophilie : le côté individuel, l'idée d'être en compétition avec moi-même pour m'améliorer, et le côté social de l'entraînement en équipe.

Quelles sont les qualités nécessaires pour réussir en haltérophilie?
Je dirais que c'est un mélange d'habiletés physiques et mentales. À la base, on n'a pas besoin d'être fort ou très bâti, mais on doit avoir la capacité de travailler pour acquérir cette force. Mentalement, il faut être persévérant, résistant au stress et avoir une bonne capacité de concentration et la volonté de repousser ses limites. Les compétitions, ça aide à développer ces aptitudes.

C'est certain, tout le monde ne peut pas atteindre le niveau international, mais, dans ce sport, on peut se fixer des objectifs d'accomplissement personnel qui sont réalistes, et les entraîneurs sont là pour ça.

Au début, combien de temps accordais-tu à ton entraînement?
À mes débuts, je m'entraînais une heure ou une heure et demie, trois fois par semaine. Les premières années, on apprend surtout la technique, à faire correctement les différents mouvements. L'important, ce n'est pas de lever une charge la plus lourde possible, mais plus de le faire correctement. La force, ça vient graduellement.

Quel genre d'adolescente étais-tu?
J'étais une fille plutôt timide et assez solitaire à l'école. Dans mes cours, j'étais bien calme, mais de retour à la maison, j'avais beaucoup d'énergie à dépenser. Je faisais alors beaucoup de sport pour canaliser cette énergie.

Grâce à l'haltérophilie, j'ai eu une adolescence agréable. Mes professeurs et les jeunes de mon école m'ont aussi beaucoup encouragée. Quand j'ai commencé à avoir de bons résultats et que les journaux régionaux ont publié des articles sur moi, je me suis sentie très fière.

Tu as déjà participé aux Jeux du Québec. Parle-nous de ton expérience.
J'ai participé plusieurs fois aux Jeux du Québec! Avec mon équipe de soccer en 1987, puis en haltérophilie en 1991 et en 1993. C'était la première fois que je participais à des compétitions d'une telle importance, et j'ai adoré! Représenter sa région, s'encourager, partager l'esprit d'équipe… presque des mini-Jeux olympiques! Et puis, j'ai rencontré plein de monde dans une ambiance super. C'est une expérience que je souhaite à tous les jeunes!

Qu'est-ce que la pratique de ce sport t'apporte et quelles sont tes motivations?
C'est certain que l'haltérophilie est un sport qu'on peut définir comme sérieux, qui demande de se concentrer et de forcer. On ne s'amuse pas à lever des poids comme on s'amuse à jouer au volley-ball par exemple.

J'apprécie le fait de bouger et de me mettre en forme. J'aime l'ambiance des compétitions et pouvoir me dépasser. J'aime ressentir une fierté après un entraînement. Par-dessus tout, j'aime m'entraîner avec les gens du club, rire et avoir du plaisir avec eux.

Quel est l'âge idéal pour commencer?
Idéalement, c'est vers 12 ans parce que c'est le moment où on peut apprendre rapidement la technique, et où on est très flexible et souple. Moi, j'ai commencé à 15 ans et j'étais déjà moins flexible… et je m'étais déjà foulé une vingtaine de fois les chevilles au soccer! Ç'a été plus difficile pour moi, c'est probablement pour ça que ç'a été très long avant que j'atteigne un certain niveau de performances. J'ai dû travailler fort... ce que je fais encore aujourd'hui d'ailleurs.

Jusqu'à quel âge peut-on pratiquer ce sport?
On peut le pratiquer toute notre vie! Certains athlètes font encore des compétitions à 70 et 75 ans. Par contre, pour performer au niveau élite en compétition, l'âge idéal est de 33 ou 34 ans. Avant cet âge, on a encore beaucoup d'apprentissage à faire, et après, notre force diminue.

Personnellement, je prévois continuer encore longtemps à m'entraîner. J'ai 29 ans et j'estime qu'il me reste encore au maximum deux à quatre années pour performer dans les compétitions au niveau international. Mais je pense bien que je vais poursuivre l'entraînement toute ma vie pour me tenir en forme.

Est-ce que l'haltérophilie est un sport dispendieux?
C'est un sport qui coûte très peu de sous : on n'a besoin que d'un short et d'une paire d'espadrilles!

L'équipement et le matériel nécessaire appartiennent au club d'haltérophilie, là où se fait l'entraînement. On doit être membre de la fédération (environ 35 $ par an) pour avoir le droit de s'entraîner dans les clubs, lesquels se trouvent souvent dans les écoles secondaires. L'haltérophilie est un sport plus accessible du fait que les entraîneurs sont des bénévoles qui s'impliquent par intérêt. Les athlètes n'ont donc pas besoin de payer pour un entraîneur privé. C'est sûr qu'au niveau de la compétition internationale, tout devient plus cher parce qu'on doit payer nos frais de déplacement dans les autres pays.

Combien de temps et d'efforts ça prend pour se rendre au niveau supérieur? ...pour se rendre aux Jeux olympiques?
Avec du talent et beaucoup d'entraînement, je dirais entre 8 et 10 ans. Ç'a été mon cas.

Est-ce que c'est un sport dangereux?
Pas tellement, à condition de respecter la technique et certaines règles de base élémentaires. Le taux de blessure est très faible lorsque le sport est pratiqué dans un club d'haltérophilie avec un bon entraîneur.

Ce sont souvent les débutants, qui sont plus téméraires, et qui tentent parfois de lever des poids trop lourds, sans maîtriser la technique. Le rôle de l'entraîneur est d'encadrer les athlètes et de fixer des limites sécuritaires. Quand on s'entraîne depuis longtemps, on connaît assez notre force pour ne pas se blesser.

Est-ce que tu t'es déjà blessée en pratiquant ce sport?
Trois ans après avoir commencé à m'entraîner, lors d'une compétition, je n'ai pas respecté une des règles de base de l'haltérophilie: j'avais mal agrippé la barre et j'aurais dû la lâcher sans forcer. Je me suis alors étiré des ligaments dans un coude. Si ça avait été plus tard dans ma carrière, ça aurait été plus grave parce que j'aurais alors eu plus de poids sur la barre. Mais je peux dire que j'ai appris de cette expérience!

As-tu poursuivi tes études en plus de tes entraînements et des compétitions?
J'aime beaucoup étudier, alors j'ai profité de ma carrière en haltérophilie pour continuer des études. J'ai fait une technique en diététique au Cégep de Maisonneuve, ensuite un baccalauréat en administration. Je viens de terminer une maîtrise en administration de la santé en juin.

Je me considère bonne à l'école, mais je n'ai pas de talent inné : je dois travailler fort pour performer. J'ai une bonne discipline et une bonne technique de travail, il faut dire que la pratique du sport m'a bien aidée!

Je trouve que c'est difficile, quand on est jeune, de choisir ce qu'on va faire plus tard. Moi, j'ai toujours étudié en fonction de mes intérêts.

Comment arrivais-tu à t'acquitter de tes obligations financières?
Quand on pratique un sport et qu'on souhaite poursuivre ses études, ça ne laisse pas beaucoup de temps pour le travail à temps partiel.

J'ai commencé à gagner de l'argent dans mon sport en obtenant ma première bourse importante en 1997 alors que j'étais étudiante au cégep. Je m'entraînais environ 20 heures par semaine et je me débrouillais, comme plusieurs étudiants, avec des prêts et bourses.

Quels sont tes prochains défis et objectifs?
Après les Jeux olympiques d'Athènes, j'ai pris la décision de prendre deux mois de repos. C'était la première fois que je prenais d'aussi longues vacances d'entraînement depuis 14 ans. Même si je n'avais pas de blessure, l'entraînement cause tout de même certaines douleurs physiques. C'est aussi exigeant mentalement. Mais j'avoue qu'à la fin de mes deux mois de repos, j'avais hâte de recommencer!

Les deux prochaines compétitions importantes pour moi en 2005 seront le championnat canadien, au mois de mai, et le championnat du monde, au mois de septembre.

En terminant, quel est ton plus beau souvenir sportif?
Lorsque j'ai gagné la médaille de bronze au Championnat du monde de Vancouver en 2003, j'ai réalisé une excellente performance et j'ai vraiment été dans les meilleures lors de la compétition. Mais surtout, j'ai remporté cette médaille alors que personne ne croyait en mes chances réelles de gagner, pas même moi!

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