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Francis Lavallée

Francis Lavallée

Profession : planchiste!

La planche, c'est beaucoup plus qu'un loisir pour Francis Lavallée, champion de Freestyle skateboarding. Chrome l'a rencontré et voici ce qu'il nous a raconté.

vidéo de démonstration

Bonjour Francis, peux-tu nous expliquer ce qu'est le Freestyle skateboarding?
C'est un style qui se fait sur terrain plat, sans module ni rampe. C'est un des premiers styles qui a émergé du skateboard, mais qui a connu une baisse de popularité dans les années 80 quand le Street est né. Depuis quelques années, l'intérêt pour le Freestyle renaît, surtout aux États-Unis, au Brésil et au Japon.

Comme son nom l'indique, il s'agit d'un style libre, c'est-à-dire que l'on peut exécuter n'importe quel mouvement et qu'il n'existe aucune règle. Le but est d'enchaîner le plus de trucs possible pour en faire un genre de chorégraphie.

À quel niveau de compétition es-tu rendu aujourd'hui?
Les Championnats mondiaux sont ce qu'il y a de plus « haut » dans le milieu. J'y ai participé et je me suis classé 7e dans la catégorie « professionnel » et 1er dans la catégorie « amateur ».

J'ai également participé aux Championnats américains où j'ai terminé 4e au niveau « professionnel » et 1er dans « amateur ».

Comment as-tu commencé à faire de la planche à roulettes?
J'étais en secondaire 3 lorsque j'ai vu un gars qui en faisait dans la cour d'école. Il exécutait un kick flip, un mouvement de base assez facile, et ça m'a vraiment impressionné. J'ai tout de suite demandé une planche à mes parents. Ma première planche était en plastique et valait à peine une vingtaine de dollars. C'est au début de mon secondaire 4 que je me suis acheté un modèle plus performant dans une boutique de sport et c'est à ce moment que j'ai vraiment commencé à faire des trucs avec ma planche.

J'avais presque 17 ans quand j'ai réellement commencé. À l'école, j'apportais toujours ma planche et j'en faisais dès que j'en avais l'occasion.

À cette époque, je faisais plutôt du Street, et puis j'ai découvert le Freestyle à la suite d'une blessure à la cheville. En attendant que ma blessure guérisse, je ne pouvais plus faire de planche comme avant alors je faisais des petits trucs sur le sol. C'est comme ça que j'ai découvert que j'apprenais vite dans ce domaine et j'ai ensuite décidé de mettre mes efforts en ce sens.

Qu'est-ce qui t'a attiré dans ce sport?
Ce que j'aime le plus du Freestyle, – et ce pourquoi j'ai choisi ce style – c'est qu'il est impossible que quelqu'un puisse être comme toi et copier ton style. Le style est propre à chacun et est en lien avec la personnalité. On peut même nous reconnaître selon nos mouvements.

Comment as-tu fait tes débuts au niveau « professionnel »?
Au début, je passais tous mes temps libres pour m'exercer et m'entraîner. J'en faisais de façon très intense : plus de six heures par jour. À ce moment, c'était encore et surtout un loisir, quelque chose le fun que je ne prenais pas trop au sérieux. J'étais surtout motivé par l'idée de me dépasser. J'étais un peu meilleur que les autres et un skateshop a accepté de me commanditer. Puis, un de mes amis m'a convaincu de faire une vidéo que j'ai envoyée à deux compagnies américaines. Elles m'ont rappelé pour me commanditer. C'est à ce moment que j'ai compris que ça devenait sérieux.

Lorsque je me suis inscrit à ma première compétition (les Championnats américains), je n'avais aucune idée si j'étais bon. Je le pensais, mais je n'avais pas de références. J'avais peur de ne pas être à ma place. Ça prenait beaucoup de confiance en moi pour m'y présenter.

J'ai été très motivé par mes résultats lors de cette première compétition : 4e professionnel et 1er amateur. Ça m'a aidé à me faire connaître dans le monde du Freestyle aux États-Unis.

Combien de temps accordes-tu à ton entraînement?
Maintenant que j'ai un vrai travail (je travaille à Postes Canada), je ne m'entraîne plus autant qu'avant. Je fais entre 1 et 2 heures de skate par jour alors qu'avant je pouvais facilement m'entraîner de 6 à 7 heures.

Pendant l'été, à moins qu'il pleuve, je n'ai aucune excuse pour ne pas en faire. J'ai tout le temps ma planche avec moi.

Et l'hiver, comment t'entraînes-tu?
C'est plus difficile l'hiver. Je dois absolument trouver des stationnements intérieurs pour m'entraîner. Cependant dès qu'il y a un peu d'asphalte sec, je me dépêche d'en profiter. Vers la fin de l'hiver, j'ai vraiment hâte que la neige fonde.

Je fais aussi de la planche à neige depuis un peu plus longtemps que la planche à roulettes. J'aime ça, mais pas autant que le skate : ce n'est pas la même diversité, ça enlève beaucoup de possibilités de mouvement, de création et c'est difficile d'en faire tous les jours.

Est-ce que tu t'entraînes seul ou en groupe?
La planche est souvent perçue comme un sport de groupe, mais moi je m'entraîne toujours seul, avec mon baladeur. Je suis très concentré, dans ma bulle, dans mon monde.

Par contre, je suis très sociable et j'aime parler aux jeunes qui s'intéressent au skate, j'aime leur montrer des trucs ou faire des démonstrations. Je suis timide mais j'aime beaucoup quand les gens viennent me parler ou me demander des trucs.

Est-ce que la planche est un sport dispendieux?
Ce n'est pas vraiment le matériel qui coûte cher mais plutôt la durée de vie du matériel. Contrairement à d'autres sports où l'équipement peut facilement coûter très cher, il est possible de s'équiper convenablement avec un budget de 200 $.

Toutefois au niveau où je suis rendu, j'use une paire de souliers aux deux semaines et une planche par mois. Ça devient plutôt dispendieux. Heureusement que j'ai des commanditaires pour mes souliers et mes planches, sinon je n'arriverais pas financièrement, c'est clair!

Comment arrives-tu à acquitter tes frais d'entraînement et de compétition?
J'ai un travail et j'ai des commanditaires comme Food qui m'aident pour les dépenses reliées à l'équipement, à l'habillement et aux compétitions.

Je donne également des cours de skate et je fais souvent des démonstrations dans divers festivals et événements.

De plus, je toucherai des redevances sur mon promodèle, une planche avec mon nom et une illustration de mon choix en dessous (dessinée par mon meilleur ami), qui sera produit prochainement par une compagnie américaine.

Est-ce que tu pourrais vivre de ton sport?
Ça pourrait être possible de vivre de mon sport, il suffit d'être au bon endroit au bon moment. Je mets tous les efforts possibles afin de pouvoir en vivre, mais j'ai aussi d'autres intérêts.

Mais c'est sûr que je serais heureux de côtoyer toute ma vie quelque chose qui a rapport à la planche. Peut-être que je fonderai un jour une compagnie dans ce domaine...

Quel genre d'adolescent étais-tu?
J'étais plutôt solitaire et j'ai toujours aimé les sports individuels.

Je n'aimais pas tellement l'école pendant que j'y étais, mais maintenant je réalise que c'était une des plus belles périodes de ma vie.

Je préférais être dehors avec ma planche que passer toutes mes journées à l'intérieur à jouer à des jeux vidéo. La planche, c'était pour moi à la fois un moyen de transport, un plaisir et un passe-temps.

Quels talents ou qualités sont nécessaires pour réussir dans cette discipline?
L'ambition et le talent, ce n'est pas tout : ce sont les efforts que l'on met qui est le plus important.

Évidemment, on doit commencer par apprendre des trucs de base. À partir de là, on peut décider de continuer comme ça ou d'inventer de nouveaux trucs. Moi, j'ai déjà inventé quatre nouveaux trucs de Freestyle que j'ai nommés moi-même. J'invente maintenant mes propres mouvements et ça demande beaucoup d'entraînement et d'essais et erreurs.

Est-ce que tu t'es déjà blessé en pratiquant ce sport?
Je me suis souvent blessé pendant l'entraînement. J'ai eu des maux de dos, je me suis fait des foulures, des entorses, des coupures, des dislocations, etc. Mais rien de très grave : je suis toujours très prudent lorsque j'exécute des mouvements que je ne maîtrise pas encore.

En terminant, quels sont tes prochains défis et objectifs?
Récemment, je suis déménagé à Vancouver parce que le milieu du skate est plus développé ici. Il fait aussi beaucoup moins froid, donc c'est plus facile de pratiquer à l'extérieur en hiver! J'aimerais bien finir par travailler dans le domaine du skate ici, dans l'Ouest.

Je tourne également le Frank Show, dans lequel je donne des trucs et fais des démos. L'émission est accessible à partir du site Web d'Amnesia.

 

Tu veux en savoir plus sur Francis, lui poser des questions ou lui demander des trucs de skate?
Tu peux lui écrire par courriel.

Food