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Profil biographique de Dorimène Desjardins, cofondatrice des caisses populaires

Dorimène Roy-Desjardins

Épouse et fidèle collaboratrice d'Alphonse Desjardins, Dorimène, fille de Joseph Roy-Desjardins et de Rosalie Mailhot, est née à Sorel le 17 septembre 18581. Issue d'une famille durement éprouvée par la maladie, elle reçoit une bonne éducation, à Lévis, grâce au soutien d'un oncle et d'une tante à qui elle est confiée dès 1861. C'est dans cette ville qu'elle rencontre Alphonse Desjardins avec qui elle se marie le 2 septembre 1879. Cette union, ponctuée de joies et de peines, donnera dix enfants. La vie du couple sera aussi profondément marquée par le projet de caisses populaires auquel Dorimène Desjardins apportera une contribution à ce point déterminante qu'on la considère maintenant comme cofondatrice du Mouvement des caisses Desjardins.

À l'occasion du 150e anniversaire de naissance de Dorimène Desjardins, le Mouvement des caisses Desjardins a publié l'ouvrage Dorimène Desjardins (1858-1932), cofondatrice des caisses populaires Desjardins. Signée par l'historien Guy Bélanger, cette biographie de 104 pages sera vendue 16,50 $. Pour commander ce livre : écrivez-nous aux Éditions Dorimène.

Une coopératrice

Partageant l'idéal coopératif de son mari et douée pour la gestion et la comptabilité – Alphonse Desjardins l'appelait son « ministre des finances » – elle s'implique très rapidement dans les activités quotidiennes de la Caisse populaire de Lévis, fondée le 6 décembre 1900. Gestionnaire prudente et à l'écoute des membres qu'elle accueille souvent dans la résidence familiale, elle fait preuve d'une grande vigilance à l'époque où l'institution naissante ne bénéficie d'aucune reconnaissance légale. Son implication concrète et son intérêt constant pour le développement des caisses Desjardins feront de Dorimène Desjardins une interlocutrice reconnue et influente auprès des dirigeants des caisses après le décès d'Alphonse Desjardins, survenu en 1920. Elle sera, entre autres, au cœur des discussions entourant le projet de créer une caisse centrale. Elle se souciera aussi de conserver et de transmettre les papiers personnels de son mari sur lesquels repose aujourd'hui une partie de la mémoire du Mouvement Desjardins.

Une pionnière

Le dévouement exemplaire de Dorimène Desjardins a été imité par de nombreuses autres femmes qui se sont retrouvées aux commandes d'une caisse populaire à une époque où les affaires financières demeuraient l'apanage des hommes. Ainsi, Dorimène Desjardins a tracé la voie à une foule de « travailleuses de l'ombre » qui ont rempli le rôle de gérante à la place de leur mari. Cet apport des femmes est particulier et remarquable dans le développement du Mouvement des caisses Desjardins.

Reconnaissances

Les administrateurs de la Caisse populaire de Lévis ont exprimé leur reconnaissance « pour l'intelligence remarquable, l'habileté et le zèle éclairés et constants2 » déployés par Dorimène Desjardins dans les tâches de gérance. Sa contribution discrète, mais néanmoins déterminante, fut reconnue publiquement de son vivant, lorsqu'en 1914, une publication du Département fédéral de l'Agriculture à Ottawa la qualifia de « très compétente », et lorsqu'elle fut nommée « membre honoraire » de l'Union régionale des caisses populaires Desjardins de Québec, en 1923. Les honneurs viendront toutefois après son décès, survenu le 14 juin 1932. Le jour même de sa mort, un journal de Québec écrit que son décès est « un deuil pour le Canada français, car elle aura été assurément l'une des femmes les plus au courant de la question économique considérée du point de vue social ». Et on ajoute : « Sans elle, reconnaissons-le, les caisses populaires Desjardins n'existeraient probablement pas3 ».

Ce coup de chapeau ne sera pas le dernier. Dans leur Histoire des femmes au Québec, Micheline Dumont, Michèle Jean, Marie Lavigne et Jennifer Stoddart présentent Dorimène Desjardins comme une « entrepreneure exemplaire » dont la vie révèle « qu'elle a réellement été la cofondatrice du Mouvement Desjardins4 ». Saluée à l'occasion du 50e anniversaire du Mouvement des caisses Desjardins, Dorimène Desjardins le sera encore davantage lors du 100e, en 2000. Soulignons, entre autres, l'émission d'un timbre par le gouvernement canadien, où elle apparaît en compagnie de son époux, l'érection du monument commémoratif « Au seuil d'un siècle », à Lévis, et la désignation d'une rue de Lévis à son nom. En 2000, Alphonse et Dorimène Desjardins ont aussi été choisis comme Grands Québécois du siècle lors d'un concours organisé par la Chambre de commerce et d'industrie du Québec métropolitain et la Commission de la capitale nationale. Par la suite, un buste en bronze de Dorimène Desjardins fut dévoilé à Sorel-Tracy et des expositions ont souligné sa contribution à Montréal et dans la région de Victoriaville.

1. La Revue Desjardins a publié des textes sur Dorimène Desjardins et sa contribution au développement des caisses Desjardins. Parmi ces articles, notons : Guy Bélanger, « Alphonse, Dorimène et leurs ancêtres », La Revue Desjardins, 70, 1 (2004); Guy Bélanger, « Dorimène Adrienne, Albertine et les autres », La Revue Desjardins, 56, 6 (1990); Guy Bélanger, « Le rôle de Dorimène Desjardins dans la fondation des caisses populaires », La Revue Desjardins, 52, 2 (1986). Quant à son implication dans la gestion quotidienne de la Caisse populaire de Lévis et à son influence à la suite du décès de son mari voir : Guy Bélanger avec la collaboration de Claude Genest, La Caisse populaire de Lévis 1900-2000. Là où tout a commencé, Lévis et Sainte-Foy, Les Éditions Dorimène et Éditions MultiMondes, 2000, 322 p.

2. Caisse populaire de Lévis, Procès-verbaux du conseil d'administration, 25 septembre 1904.

3. L'Action catholique, 14 juin 1932, p. 10.

4. Micheline Dumont, Michèle Jean, Marie Lavigne et Jennifer Stoddart, L'histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles. Montréal, Le Jour Éditeur, 1992, p. 327.