Contexte de fondation

Conditions de vie

À la fin du XIXe siècle, le Québec compte 1,6 million d'habitants. La grande majorité de cette population est francophone et rurale.

Les agriculteurs vivent une situation difficile. Les dernières décennies ont été marquées par une série de mauvaises récoltes; les approvisionnements coûtent cher et les revenus sont maigres. Plusieurs d'entre eux ont accumulé de lourdes dettes.

En raison du fort taux de natalité, les paroisses rurales de la vallée du Saint-Laurent sont surpeuplées et les nouvelles zones de colonisation ne suffisent pas à absorber le surplus de main-d'oeuvre, qui fuit vers les villes ou la Nouvelle-Angleterre.

Dans les usines, les conditions ne sont pas meilleures. Les salaires sont bas et le travail, incertain. Les ouvriers habitent pour la plupart des logements insalubres. Montréal est alors l'une des villes les plus malsaines du monde et affiche un taux de mortalité infantile très élevé.

Accès difficile à l'épargne et au crédit

Les banques ne faisant affaire qu'avec les commerçants, les industriels et les familles fortunées, les gens du peuple n'ont guère accès à l'épargne et au crédit. Beaucoup sont victimes de prêteurs usuraires qui, libres de toute contrainte, finissent souvent par mettre la main sur les biens de leurs malheureux clients.

Sténographe français à la Chambre des communes, Alphonse Desjardins est sensibilisé à ce phénomène au cours d'un débat : un député fait état d'un cas où les intérêts ont atteint 3 000 % ! Scandalisé par tant d'injustice, Alphonse Desjardins décide de se documenter sur les moyens pris ailleurs dans le monde pour contrer ces pratiques. Nous sommes en avril 1897.

Projet de coopérative!

Ses recherches lui font découvrir le livre People's Banks, de Henry W. Wolff, consacré aux banques populaires et aux caisses rurales existant en Europe. Il écrit à l'auteur, qui le met alors en relation avec les dirigeants de ces institutions.

Au fil de ces échanges s'élabore le projet d'un nouveau modèle de coopérative d'épargne et de crédit, qui permettra à la classe laborieuse de devenir son propre banquier! Desjardins entend ainsi combattre l'usure et donner à sa communauté un instrument d'organisation économique.

À son domicile de Lévis, il réunit un petit groupe de concitoyens, auxquels il expose son idée et avec qui il définira les statuts de la future caisse populaire. Elle sera fondée le 6 décembre 1900.

Le fondateur poursuit plusieurs objectifs intimement liés :

  • généraliser l'épargne pour parer aux effets du chômage, de la maladie et autres imprévus de la vie
  • constituer à même cette épargne un système de crédit populaire, accessible aux ouvriers, aux cultivateurs et à toute personne honnête et travailleuse
  • favoriser la consolidation des entreprises familiales et artisanales
  • enrayer les ravages de l'usure
  • initier les leaders de la communauté à l'organisation économique et aux affaires
  • améliorer les conditions matérielles des classes laborieuses et ainsi contribuer au progrès du Canada français

Cent ans plus tard, cet idéal anime toujours le vaste réseau des caisses : offrir des services financiers populaires sur la base de l'épargne populaire!

Conjuguer avoirs et êtres

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