Québec, le mardi 29 janvier 2008
Mesdames,
Messieurs,
C'est un plaisir d'être des vôtres aujourd'hui et j'aimerais vous remercier de votre invitation.
Me sachant en présence de personnes convaincues et particulièrement engagées en matière de philanthropie, je ne vais donc pas tenter de prêcher à des convertis. Aussi, après avoir évoqué quelques-uns des enjeux qui me semblent aujourd'hui se dessiner en la matière, j'aimerais vous entretenir de la philosophie et des mécanismes qui encadrent chez Desjardins les activités de nature philanthropique.
Tout comme vous, j'estime qu'il est important, par des dons ou une implication bénévole, de donner en retour à la société une partie de ce qu'elle nous a elle-même donné. Cela s'impose d'autant plus lorsque nous avons pu bénéficier de toutes les chances nécessaires à la réussite.
Les entreprises sont également redevables à la société qui les entoure. Quoi que puissent en dire certains, elles ne peuvent se contenter de faire de l'argent, d'enrichir leurs propriétaires ou leurs actionnaires sans égard aux retombées plus larges de leurs activités. Toutes ont une responsabilité à l'égard de la collectivité dans laquelle elles s'insèrent.
Des besoins qui se multiplient, des moyens qui se concentrent
Nous observons aujourd'hui une réelle multiplication des besoins. Et considérant les pressions qui se feront sur l'État dans un contexte de vieillissement de la population, il serait étonnant que la tendance s'inverse dans les années à venir. La diminution des recettes fiscales qui sera concomitante à la croissance des besoins en santé, en hébergement et en services sociaux ne va certainement pas faciliter les choses, de sorte que si les différents acteurs de la sphère économique n'apportent pas de contribution à la réponse aux besoins collectifs, il y a fort à parier que certains problèmes en viendront à prendre une grande ampleur dans le futur.
On ne peut ignorer non plus toute la question environnementale qui, tout en appelant une adaptation de la part des entreprises et des changements importants dans les mentalités et les façons de faire, vient aujourd'hui décupler la demande et augmenter d'autant la concurrence entre les organismes qui sont à la recherche de fonds pour mener leurs activités.
Alors même que l'on assiste à une explosion des besoins, la concentration des actifs qui a cours dans le monde économique – et qui se manifeste notamment dans le phénomène des fusions et des acquisitions – entraîne pour sa part la disparition de sièges sociaux ainsi qu'une baisse du nombre de donateurs potentiels. Lorsqu'il ne reste plus qu'un siège social là où il y en avait deux ou trois auparavant, il y a des chances que le processus d'attribution des dons et des commandites ait fait l'objet d'une rationalisation et qu'il soit devenu plus difficile pour les organismes de continuer à obtenir les sommes sur lesquelles ils pouvaient compter jusque-là.
C'est encore plus vrai lorsqu'une grande entreprise d'ici est acquise par une entreprise étrangère. Comme l'a déjà fait valoir Jacques Ménard, président du conseil de BMO Nesbitt Burns, « c'est plus difficile d'aller défendre une demande de don pour un hôpital québécois devant un conseil d'administration qui siège à New York, à Dallas ou à San Francisco, que ce l'était à Montréal ».
Cette tendance à la concentration s'observe également du côté des philanthropes, avec l'apparition de fondations privées disposant de moyens très importants. Un rapport publié en France estimait par exemple qu'en 2006, les grandes fondations privées américaines ont octroyé des financements internationaux équivalant au budget dont disposait pour sa part l'État français pour l'aide publique au développement.
L'enjeu qui se dessine ici est que le pouvoir de l'argent risque ainsi d'infléchir les politiques sociales qui reposent quant à elles sur des institutions démocratiques animées par des élus. Les très grands donateurs ont désormais les moyens de dicter au monde leurs priorités par le choix des causes qu'ils défendent. Si nous ne voulons pas que les grands équilibres soient ainsi remis en cause, il faudra trouver le moyen de faire en sorte que la charité privée vienne compléter l'action publique plutôt que de la concurrencer.
Nous pouvons ajouter à cela le fait que les grandes fondations – et même celles au cercle d'action plus modeste – utilisent aujourd'hui les outils modernes de gestion, que leurs activités se professionnalisent. Elles élaborent de véritables plans stratégiques, procèdent par objectifs bien ciblés et quantifiés et en mesurent la progression pour s'assurer de maximiser les retombées des projets qu'elles soutiennent et le retour sur leur investissement.
Bref, que ce soit comme philanthropes, donateurs, ou comme personnes dévouées à une cause et impliquées dans la recherche de fonds, nous oeuvrons désormais dans un monde où règne une concurrence de plus en plus forte – un monde qui emprunte à l'économie de marché plusieurs de ses méthodes et de ses procédés.
Desjardins : une mission économique et sociale
Desjardins est un joueur important dans le monde québécois de la philanthropie et il s'affirme également de plus en plus en ce domaine au Canada. En 2006 seulement, il a distribué au Québec quelque 64 millions de dollars en commandites, en dons et en bourses d'études. Bien que les chiffres pour 2007 ne seront rendu publics que dans quelques semaines, on peut présumer qu'ils seront assez semblables à ceux de 2006, voire un peu supérieurs. De 2000 à 2006, soit sur une période de 7 ans, c'est un total de 317 millions de dollars qui ont ainsi été redistribués à la collectivité par le Mouvement Desjardins.
Ce qui paraîtrait hors de proportion pour la plupart des entreprises ne l'est pas pour Desjardins parce que sa responsabilité sociale est inscrite dans sa mission même, qui l'enjoint explicitement à « contribuer au mieux-être économique et social des personnes et des collectivités ».
C'est ainsi que chaque année, les excédents réalisés par les caisses et le Mouvement sont en grande partie redistribués, d'une part aux membres sur une base individuelle et d'autre part à la collectivité. Ce sont d'ailleurs les membres de caisse réunis en assemblée générale qui décident de la répartition des excédents. Une fois qu'a été alimentée la réserve générale de la caisse (qui constitue pour elle un coussin de capital réglementaire garantissant sa solidité), les membres, sur recommandation du conseil d'administration de la caisse, décident ainsi quelle proportion des excédents sera versée en ristournes individuelles. Ils décident également quelle autre part des excédents sera versée au fonds d'aide au développement du milieu, lequel servira ensuite à appuyer des projets de la communauté.
La moitié des excédents réalisés par Desjardins pour les années 2000 à 2006 – ce qui correspond à près de 3 milliards de dollars sur un total de près de 6 milliards d'excédents – a ainsi été redistribuée aux membres et à la collectivité.
Les commandites et les dons font partie de l'ensemble des moyens à la disposition du Mouvement Desjardins pour réaliser sa mission et pour répondre à toute la gamme des besoins, des plus petits aux plus grands. Ils s'ajoutent aux services financiers proprement dits, ainsi qu'aux produits de solidarité tels le microcrédit, qui sont pour leur part conçus pour répondre à des besoins plus spécifiques ne pouvant trouver satisfaction par la voie des services usuels.
En fait, l'activité philanthropique de Desjardins s'inscrit dans un large spectre d'activités et d'attitudes qui se rattachent au concept de responsabilité sociale de l'entreprise.
Pour emprunter la définition du Conference Board, la responsabilité sociale peut en effet être vue comme « la capacité de l'entreprise à adopter de hauts standards en matière de gouvernance, de gestion des ressources humaines, d'investissement, d'engagement dans la communauté, d'environnement, de santé et de sécurité au travail et de droits humains ».
Desjardins se préoccupe de l'ensemble de ces dimensions et n'hésite pas, bien qu'il n'y soit pas légalement tenu, à adopter les standards les plus exigeants en ces diverses matières. Nous en rendons d'ailleurs compte, depuis près de 25 ans maintenant, dans un rapport de responsabilité sociale. Ce dernier fait l'objet depuis plusieurs années d'une publication séparée passablement détaillée, qui fait état de nos réalisations et de nos diverses interventions dans la collectivité.
Et comme nous sommes désireux d'adopter les meilleures pratiques de reddition de compte en cette matière, nous avons convenu d'introduire dès cette année, dans un nouveau rapport de responsabilité sociale et coopératif, l'utilisation des critères de performance de la Global Reporting Initiative (GRI).
La GRI est une institution indépendante dont les lignes directrices, sur la scène internationale, sont en train de devenir, pour la responsabilité sociale des entreprises, ce que les « principes comptables généralement reconnus » sont aux rapports financiers. En adoptant ses critères, qui font systématiquement appel à des éléments de mesure, Desjardins pourra ainsi être comparé aux autres institutions ayant adopté les mêmes lignes directrices. Il pourra aussi suivre l'évolution de ses résultats au fil des ans.
Je dirais également de l'exercice de notre responsabilité sociale qu'elle s'inscrit dans une perspective de développement durable, que l'on définit comme un développement qui cherche à concilier l'économique, le social, l'éthique et la protection de l'environnement. Dès lors que nous souhaitons que nos milieux humains et notre environnement naturel permettent aux nouvelles générations de s'épanouir à leur tour et qu'elles puissent jouir d'une qualité de vie à l'égal de la nôtre, nous ne pouvons pas faire comme s'il n'existait pas de lien entre toutes ces dimensions.
Décentralisation et coordination
Chez Desjardins, nous pouvons compter, pour l'administration de l'octroi plus spécifique des commandites et des dons, sur une organisation qui sait profiter du meilleur de deux mondes, soit une action locale fortement enracinée et une bonne coordination aux niveaux régional et national.
Au niveau local, les caisses gèrent leur propre enveloppe, à partir de laquelle elles appuient les causes de leur choix et s'impliquent dans des projets qui mobilisent leur collectivité. Plusieurs d'entre elles ont, pour débattre des choix qui doivent être faits dans l'attribution des commandites et des dons, mis sur pied un comité composé de dirigeants élus et de membres de la caisse. De tels mécanismes démocratiques nous assurent que nos interventions collent réellement aux besoins des membres et du milieu.
C'est ainsi que de nombreuses caisses s'engagent auprès d'organismes communautaires qui viennent en aide aux plus démunis, soit par des services de consultation budgétaire, soit par l'offre de repas à prix modique, soit encore par l'opération de centres de dépannage.
D'autres caisses appuient pour leur part des projets visant à pourvoir des écoles, ou encore des centres hospitaliers, d'équipements qui améliorent les services dispensés à la population.
Déjà fortement impliquées dans le développement économique à titre d'intermédiaires financiers, les caisses le sont également par des participations multiples au capital et aux activités de nombreux fonds de développement local, d'incubateurs d'entreprises, de parcs industriels ou de fonds d'aide à la création d'emploi.
Les conseils des représentants (qui regroupent les caisses d'une même région) disposent quant à eux d'une enveloppe pour l'attribution de commandites et de dons aux organismes, aux institutions, ou aux projets qui ont une envergure régionale.
À l'échelle nationale, la Fédération des caisses est responsable de la gestion des enveloppes destinées aux grandes institutions – les grandes fondations notamment – actives dans les domaines prioritaires que sont pour nous la santé et l'éducation. Ce sont d'ailleurs là que sont concentrés les plus grands enjeux ainsi que les campagnes de financement les plus importantes.
Les secteurs du développement économique, des arts et de la culture, des loisirs et des sports, sans oublier l'aide humanitaire ne sont pas négligés pour autant.
Un engagement de longue date à l'international
J'ajouterais ici que l'aide internationale est un autre volet important de la mission de Desjardins en matière d'aide aux collectivités – c'est peut-être d'ailleurs le plus méconnu de tous.
Cela fait aujourd'hui plus de 35 ans que notre filiale Développement international Desjardins (DID) assiste et outille des collectivités des pays les moins favorisés.
Grâce aux interventions de DID, des collectivités du monde entier ont pu se doter de leurs propres institutions financières et elles peuvent aujourd'hui compter sur des outils efficaces pour prendre en main leur développement socio-économique. Au cours des 35 dernières années, nous estimons ainsi avoir appuyé l'émergence et le développement de dizaines de réseaux de coopératives d'épargne et de crédit dans plus d'une cinquantaine de pays en développement.
Plutôt que représenter une aide extérieure ponctuelle et possiblement sans lendemain, les activités de DID ont un impact d'autant plus précieux qu'elles mènent à la constitution et au renforcement d'institutions financières durables, administrées par les populations concernées, et pour cette raison capables de prendre le leadership dans la lutte à la pauvreté et le développement des communautés.
DID poursuit aujourd'hui son action dans une vingtaine de pays. Cela va par exemple de l'assistance à la réforme du secteur financier populaire au Mexique à l'introduction, dans une demi-douzaine de pays africains, d'applications informatiques mobiles permettant d'offrir des services financiers fiables et sécuritaires aux habitants de villages éloignés des grands centres. DID soutient également la reconstruction du réseau de coopératives financières sri-lankais SANASA qui a été durement touché par le tsunami de décembre 2004.
Nous sommes en outre très fiers d'avoir récemment réussi à intéresser la Fondation Bill et Melinda Gates aux activités de notre filiale en développement international. La Fondation Gates a en effet accepté d'investir 9,1 millions de dollars dans un projet de 3 ans au sein duquel DID travaillera à développer l'inter-connectivité de coopératives financières en Afrique de l'Ouest, en Haïti et au Vietnam.
Des composantes du Mouvement également impliquées
Soulignons également qu'au Québec et au Canada, les sociétés filiales des caisses apportent aussi leur soutien à certaines causes, reliées à leur secteur d'activité principal.
Par exemple, Desjardins Groupe d'assurances générales, notre filiale d'assurance de dommages, apporte son appui à la Croix-Rouge, en même temps qu'elle s'associe étroitement à la prévention de la conduite en état d'ébriété en étant partenaire du service de raccompagnement Opération Nez rouge.
Desjardins Sécurité financière, notre société d'assurances de personnes, appuie pour sa part particulièrement les causes qui ont un lien avec la santé et le bien-être des personnes. Elle apporte ainsi un soutien financier à des organismes telles l'Association canadienne de la santé mentale ou encore la Fondation des maladies du cœur du Canada, pour ne nommer que ceux-là.
De son côté, la Fondation Desjardins, qui est capitalisée par les caisses et qui est aujourd'hui la fondation privée offrant le plus de bourses en milieu universitaire au Québec, a jusqu'à maintenant versé plus de 10 millions de dollars à quelque 8000 jeunes.
Voilà quelques exemples qui illustrent le caractère multiforme de l'implication des diverses composantes du Mouvement Desjardins dans le milieu.
Des avantages multiples à la décentralisation
Les antennes que constituent les caisses partout sur le territoire permettent à Desjardins d'être à l'écoute des besoins et en réponse à ceux-ci, d'innover, de créer de nouveaux partenariats, d'appuyer plus à fond certaines causes.
C'est ainsi, par exemple, qu'à l'instigation des gens de la Caisse populaire Desjardins du Centre-ville de Québec, une entente vient d'être conclue avec la Fondation communautaire du Grand Québec. Dans le cadre de cette entente, que nous venons tout juste d'officialiser, les caisses proposeront à leurs membres intéressés par la philanthropie de s'adresser à la Fondation communautaire pour la mise sur pied d'un fonds de dotation permanent grâce auquel ils pourront soutenir la cause qui leur tient à cœur.
Pendant que le capital provenant des membres sera géré par les experts de la Gestion privée Desjardins, c'est la Fondation communautaire qui assurera l'atteinte des objectifs du fonds et qui veillera à la distribution de son usufruit aux organismes bénéficiaires du domaine choisi par le membre.
Nous sommes actuellement en discussion avec les autres fondations communautaires du Québec pour étendre cette offre à l'ensemble du territoire et des caisses de notre réseau.
C'est souvent ainsi que l'innovation se produit dans Desjardins : l'initiative d'une caisse ou d'un groupe de caisses, une fois bien établie ou après avoir été soumise à l'expérience, est ensuite étendue à l'ensemble du Mouvement.
Philanthropie et bonne gestion
Cela dit, l'attribution des commandites et des dons par le Mouvement Desjardins ne se fait pas à l'aveuglette. Nos interventions sont structurées, encadrées par une politique et liées de près à nos orientations stratégiques et à nos plans d'affaires. Je parlais plus tôt de la professionnalisation qui a cours dans le domaine, nous en sommes partie prenante.
Nos intervenants sont invités à faire usage de l'effet de levier des commandites et des dons, à les envisager comme un complément à l'investissement et au financement accordés par les diverses composantes du Mouvement.
Notre politique enjoint en outre nos divers intervenants à rechercher la réciprocité d'affaires auprès des organismes qui sollicitent notre appui. Notre aide est habituellement bonifiée dans les cas où ces organismes font affaire avec Desjardins ou s'y engagent.
Nous mettons aussi en œuvre les moyens nécessaires pour obtenir la visibilité voulue en retour de notre implication dans telle ou telle cause ou événement. Ce faisant, nous permettons aux membres de savoir que l'action de leur caisse et du Mouvement Desjardins est bien souvent un prolongement de leur propre volonté d'agir dans le milieu et de le bonifier.
Et bien que le Mouvement Desjardins soit largement présent en région et qu'une part importante de ses activités philanthropiques soit décentralisée, un système informatisé nous permet d'exercer un suivi rigoureux des commandites et des dons octroyés à tous les niveaux, d'assurer la cohérence des interventions et d'éviter les dédoublements.
Les besoins collectifs à combler sont si importants qu'ils méritent d'être traités avec sérieux, rigueur et constance dans le temps. Les ressources impliquées, tant humaines que financières, sont souvent si importantes qu'il importe que des conventions balisent clairement les responsabilités respectives des partenaires.
Tout cela pour dire que si Desjardins entend continuer à jouer un rôle majeur en matière de redistribution de la richesse dans le Québec et le Canada de demain, il continuera aussi, dans un souci de bonne gestion, à s'assurer que ses engagements aient par ailleurs des retombées concrètes en termes de développement d'affaires et de notoriété.
Comme sa performance financière ne pourra en retour que bénéficier de telles retombées, c'est la capacité d'agir à long terme du Mouvement Desjardins qui s'en trouvera renforcée. Cela lui permettra ainsi, pour les années et les décennies à venir, de continuer à « contribuer au développement économique et social des personnes et des collectivités ».
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